Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Du 6 mars 2026 - 8 DH - N° 1228
PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC
Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli
Bourse L'importance du temps long
Spécial 8 mars HOMMAGE À NOS FEMMES MINISTRES P.13 à 27
P. 10/11
P. 28/29
Créances en souffrance Le marché secondaire enfin formalisé
Conflit en Iran
Une pression persistante Pouvoir d’achat
Quels effets sur l’attractivité touristique du Maroc ?
P. 8
P. 33
P. 34/35
Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma
SOMMAIRE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 6 MARS 2026
ECONOMIE
Voyons voir : Iran : Le Moyen-Orient au bord d’un basculement géopolitique 4 ACTUALITÉ
Editorial
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Guerre au Moyen-Orient : Le Maroc face à un nouveau test de résilience Entretien avec Dr Hajar El Haddaoui : Transformation digitale, «La révolution numérique modifie profondément les pratiques diplomatiques» Pouvoir d’achat : Une pression persistante Entretien avec Zoubir Bouhoute : Conflit au Moyen- Orient, Quels effets sur l’attractivité touristique du Maroc ? Renouvellement du cheptel : Le long chemin vers l’accalmie des prix Entretien avec Abderrahmane Mejdoubi : Viandes rouges, «Le marché est en voie de retrouver son équilibre» Poisson : La loi du marché s’invite à la table du ftour
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BOURSE & FINANCES
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Bourse : BTP, mines et banques tirent la croissance des revenus en 2025 Créances en souffrance : Le Maroc formalise enfin son marché secondaire Bourse de Casablanca : L’épreuve des nerfs Axa Afrique Atlantique : Une première année de structuration
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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication
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a Bourse n’aime pas l’incertitude. Et lorsque la géopolitique s’emballe, elle réagit souvent plus vite que l’économie réelle. La récente correction du MASI, qui a perdu près de 10% en deux séances dans le sillage de l’escalade militaire au Moyen-Orient, illustre cette mécanique bien connue des marchés financiers : le réflexe immédiat face au risque. Mais derrière la nervosité des écrans et la succession de séances agitées, une réalité plus nuancée apparaît. La volatilité boursière traduit avant tout un ajustement rapide des anticipations, non un effondrement des fondamentaux. C’est pourquoi la Bourse de Casablanca n’a pas échappé au mouvement global de revalorisation du risque. Le marché marocain sortait d’ailleurs d’une longue phase de progression. L’indice MASI avait atteint des sommets historiques après plusieurs années de hausse alimentée par les bons résultats des entreprises, l’arrivée de nouvelles introductions en Bourse et l’élargissement de la base d’investisseurs par- ticuliers. Une correction après un tel parcours n’a donc rien d’anormal. La mémoire financière marocaine montre que ces épisodes de turbulence ne sont pas nouveaux. La crise financière mondiale de 2008, les tensions régionales du début des années 2010, la crise sanitaire de 2020 ou encore le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine ont tous eu pour conséquences des secousses sur la place casablan- caise. Pourtant, à chaque fois, la tendance de long terme a fini par se rétablir. Il faut dire que les investisseurs ont intégré plusieurs facteurs simultanément, notamment l’extension du conflit entre l’Iran, Israël et les Etats-Unis, la menace sur les grandes routes maritimes et, surtout, le contournement du canal de Suez et la fermeture du détroit d’Ormuz. Ce passage maritime concentre à lui seul environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde. Lorsqu’il est paralysé, le système énergétique international se retrouve immédiatement sous tension. Raison pour laquelle le cours du baril de pétrole s’est emballé, s’établissant désormais autour de 85 dollars. L Guerre, pétrole et secousses boursières Et c’est justement par le canal énergétique que l’économie nationale risque de ressentir les effets de la guerre au Moyen-Orient. Le Maroc demeure fortement dépendant des importations d’hydrocarbures pour couvrir ses besoins. Lorsque les prix du pétrole et du gaz augmentent brutalement, la facture énergétique s’alourdit mécaniquement. Cette hausse se répercute sur la balance commerciale, les coûts de production des entreprises et, à terme, sur l’inflation. Un choc énergétique prolongé aurait ainsi plusieurs répercussions : inflation importée, pression sur les finances publiques et ralentissement potentiel de la croissance. Pour autant, le Maroc aborde cette nouvelle turbulence avec certains atouts. Les réserves de change offrent un coussin de sécurité face aux chocs externes. La diversification progressive du mix énergétique, notamment grâce aux énergies renouvelables, réduit progressivement la dépendance aux combustibles fossiles. De plus, les grands programmes d’investissement, notamment dans les infrastruc- tures, continuent d’alimenter l’activité économique. Bref, entre la nervosité des marchés et la réalité des fondamentaux, il y a souvent un décalage. Et c’est précisément dans cet intervalle que se mesure la capacité de résilience de l’économie nationale. u
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HOMMAGE À NOS FEMMES MINISTRES : Gouverner au féminin Nadia Fettah Alaoui : La gardienne des équilibres macroéconomiques Fatim-Zahra Ammor : Une vision au service d’un tourisme conquérant Leïla Benali : L’architecte d’une transition énergétique maîtrisée Naima Ben Yahia : Au cœur de la consolidation de l’État social Fatima Ezzahra El Mansouri : Le pari d’une gouver- nance urbaine modernisée Amal El Fallah Seghrouchni : La rigueur scientifique au profit de l’État digital Aawatif Hayar : Du savoir académique à l’efficacité publique Ghita Mezzour : La scientifique face à la machine administrative 13 14 16 18 20 22 24 26 27 SPÉCIAL 8 MARS
39 TRIBUNE LIBRE
Les BAT sectorielles : La clé technologique pour transformer la contrainte MACF en avantage com- pétitif marocain
40 L'UNIVERS DES TPME
Entretien avec Bahaâ Kenfaoui : Koon, «Aujourd’hui, nous passons d’une logique curative à une logique préventive et systémique»
42 HIGH-TECH
Intelligence artificielle : La face cachée d’une révolution énergivore
• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal
• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL
• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021
• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com
VOYONS VOIR
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Iran Le Moyen-Orient au bord d’un basculement géopolitique
Par D. William L a guerre en l’Iran marque une rupture nette dans l’histoire stratégique du Moyen- Orient. Pendant des années, l’affronte- ment entre Téhéran et Israël s’est déroulé dans l’ombre, avec notamment des sabo- tages industriels, des cyberattaques ou encore des assassinats ciblés de scienti- fiques. Chacun testait les limites de l’autre sans franchir le seuil d’une confrontation directe. Ce temps est révolu. Les frappes massives, les salves de mis- siles et l’implication plus visible des Etats- Unis ont transformé une guerre indirecte en face-à-face militaire. Ce conflit est devenu un bras de fer stratégique entre deux visions du Moyen-Orient.
majeur. La doctrine israélienne repose donc sur un principe simple : empêcher l’irréversible. Dans cette logique, les frappes contre les installations nucléaires ou les infrastruc- tures militaires iraniennes visent à retar- der l’émergence d’une capacité nucléaire opérationnelle. L’Iran, de son côté, ne cherche pas néces- sairement une confrontation frontale avec Israël ou les Etats-Unis. Incapable de rivaliser sur le plan conventionnel avec les armées occidentales, Téhéran mise sur d’autres leviers, notamment les missiles balistiques, drones, milices alliées dans plusieurs pays de la région et sa capacité de perturbation économique, notamment autour du détroit d’Ormuz. Un affrontement stratégique régional Pour autant, cette guerre ne doit pas être uniquement appréhendée comme une rivalité entre deux Etats. Elle s’inscrit dans un affrontement beaucoup plus large qui
redessine progressivement le paysage politique du Moyen-Orient. En effet, depuis deux décennies, l’Iran a construit un réseau d’alliances et d’influences très étendu. Le Hezbollah au Liban, certaines milices en Irak, des groupes armés en Syrie et les Houthis au Yémen constituent les différentes com- posantes de cet ensemble. Pour Téhéran, ce réseau représente un instrument de dissuasion. Pour ses adversaires, il s’agit d’un dispositif militaire destiné à projeter la puissance iranienne bien au-delà de ses frontières. Face à cette stratégie, Israël a progressi- vement renforcé ses relations avec plu- sieurs pays arabes, notamment dans le Golfe. Ces rapprochements, amorcés ces dernières années, traduisent une évolution importante : la perception de l’Iran comme une menace commune. Ainsi se dessine une configuration inédite dans la région. D’un côté, un axe informel regroupant Israël et plusieurs Etats arabes soutenus par les Etats-Unis. De l’autre, un bloc structuré autour de l’Iran et de ses partenaires. Cette polarisation transforme le Moyen- Orient en un espace où chaque crise locale peut rapidement acquérir une dimension régionale. La guerre qui a eu lieu à Gaza, les ten- sions en mer Rouge ou encore les frappes actuelles au Liban sont ainsi les diffé- rentes manifestations d’un même rapport de force stratégique. Cela dit, la réalité militaire impose de se poser quelques questions : qui sor- tira vainqueur de ce conflit ? Combien de temps durera-t-il ? Le régime des Mollahs tombera-t-il ? En tout cas, l’enjeu dépasse largement la question nucléaire ou les frappes mili- taires. Ce qui se joue en Iran, c’est la configuration du Moyen-Orient pour les prochaines décennies. Une configura- tion qui pourrait déboucher sur un ordre régional dominé par une alliance straté- gique entre Israël et plusieurs puissances arabes, sous l’ombrelle américaine. ◆
D’un côté, Israël et ses alliés cherchent à empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire capable de modifier l’équilibre régional. De l’autre, Téhéran veut préser- ver sa capacité de dissuasion et maintenir son influence dans un espace où il se considère comme un acteur incontour- nable. Le cœur de cette confrontation reste le programme nucléaire iranien. Depuis des années, Israël affirme que l’Iran se rap- proche dangereusement du seuil techno- logique qui permettrait la fabrication d’une arme nucléaire. Pour l’Etat hébreu, laisser ce processus se poursuivre reviendrait à accepter un bouleversement stratégique
Le Moyen-Orient en devenu un espace où chaque crise locale peut rapidement acquérir une dimension régionale.
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Bourse BTP, mines et banques tirent la croissance des revenus en 2025
L Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont enregistré en 2025 une croissance notable de leurs revenus, confirmant la vigueur de plusieurs secteurs clés dans un contexte de reprise économique nationale. es sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont enregistré en 2025 un chiffre d’affaires global de 360,45 milliards de dirhams, en progression de 9,95% par rap- port à 2024 (327,81 Mds de DH), soit près de 32,6 milliards de dirhams additionnels. notamment dans la perspective de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030. Le secteur minier suit avec une hausse de 5,4 milliards de dirhams (+51,9%), profitant de la progression des cours des métaux précieux. Managem a notamment contribué à hauteur de +4,8 milliards de dirhams, soit une croissance de 54,6%. Par Y . Seddik
Selon la synthèse publiée par M.S.IN, cette évolution s’inscrit dans un contexte de croissance économique nationale estimée à 4,7% en 2025, portée notamment par la reprise agricole, la dyna- mique des activités non agricoles et l’accélération des investisse- ments en infrastructures. En termes de contribution à la hausse du chiffre d’affaires global (2025 vs 2024), le secteur du BTP arrive en première position avec +11,7 milliards de dirhams, soit une progression de 28,2%. Cette performance est liée à l’accélé- ration des chantiers structurants,
de 2,2 milliards de dirhams (+8,7%), soutenues notamment par Wafa Assurance (+10,9%) et AtlantaSanad (+15%). Progressions marquées dans la santé et l’industrie Le secteur de la santé affiche une contribution sectorielle de 1,7 milliard de dirhams, en hausse de 45%. Cette évolution est notam- ment portée par Akdital (+49,4%) et Vicenne (+29,5%), selon les données sectorielles détaillées. Dans l’industrie pharmaceutique, les revenus progressent de 14%,
tandis que les matériaux, logi- ciels et services informatiques affichent une croissance de 14,8%. À l’inverse, le secteur pétrole et gaz recule de 5,5%, impacté par la baisse d’activité de certains opérateurs. Au total, la dynamique observée en 2025 confirme la poursuite de la croissance des revenus des sociétés cotées, soutenue prin- cipalement par le BTP, les mines et le secteur bancaire, dans un environnement marqué par une inflation contenue et une reprise de l’investissement. ◆
Le secteur bancaire occupe la troisième position avec une contribution additionnelle de 4,8 milliards de dirhams (+5,3%). La progression est principalement portée par Bank of Africa (+1,63 Md de DH, +8,7%), BCP (+1,40 Md de DH, +5,5%) et CIH (+683 MDH, +14,4%). Les distributeurs enregistrent, pour leur part, un chiffre d’af- faires additionnel de 4,3 milliards de dirhams (+15,8%), tandis que les assurances progressent
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texte concerne le transfert auto- matique des sûretés. La cession emporte de plein droit transfert des accessoires et garanties, y compris les hypothèques. Le rang hypothé- caire est conservé et les formalités foncières sont simplifiées. «La question des sûretés était centrale pour les investisseurs», explique-t-il, ajoutant que «le main- tien du rang hypothécaire et la sim- plification des formalités foncières changent la perception du risque juridique. Sans cela, les décotes auraient été dissuasives pour les banques». Ce point était attendu. Sans sécurité sur les garanties, aucun marché secondaire ne peut fonctionner durablement. Le texte précise que la cession ne nécessite pas l’accord du débi- teur, sauf stipulation contractuelle contraire. Elle ne lui devient oppo- sable qu’après notification régu- lière. Le débiteur est valablement libéré s’il paie de bonne foi avant notification, tandis que les règles de protection du consommateur continuent de s’appliquer dans la relation avec le cessionnaire. Par ailleurs, le cédant n’est pas garant de la solvabilité du débiteur. Le risque économique est transféré intégralement à l’acquéreur, ce qui constitue la contrepartie logique de la décote consentie. Pour notre expert, la réussite dépendra de l’écosystème. «Ce texte est une étape structurante, mais il ne suffira pas à lui seul. Il faudra des data rooms solides, des services spécialisés et une coordi- nation étroite avec Bank Al-Maghrib pour que le marché fonctionne réel- lement et éviter un marché théo- rique sans transactions effectives. Sinon, le risque est d’avoir un cadre juridique sans activité significative», conclut-il. Le Maroc pose donc la première brique d’un dispositif attendu depuis plusieurs années. Si le texte est adopté, il alignera le Royaume sur les pratiques observées dans d’autres juridictions ayant struc- turé un marché secondaire des NPL (Non-Performing Loans). Reste désormais à voir si la place s’en sai- sira pour transformer ce cadre juri- dique en véritable marché liquide, capable d’alléger durablement les bilans bancaires. ◆
Le projet de loi vise à poser les bases d’un véritable marché secondaire des dettes bancaires dégradées.
Créances en souffrance Le Maroc formalise enfin son marché secondaire L Le Secrétariat général du gouvernement a mis en consultation publique un projet de loi relatif à la cession directe des créances en souffrance des établissements de crédit et organismes assimilés. L’objectif est de structurer juridiquement un marché secondaire des créances dégradées et offrir aux banques un outil opérationnel pour alléger leurs bilans. Par Y. Seddik
e contexte est pour le moins connu. Les créances en souffrance avoi- sinent désormais les 102 milliards de DH, soit un taux de sinistra- lité d’un peu plus de 8%. Un stock conséquent qui s’est accumulé au fil des cycles économiques et qui pèse mécaniquement sur les ratios prudentiels, la liquidité et la capacité de distribution du crédit. «Aujourd’hui, le sujet n’est plus seulement comptable, il est pru- dentiel» , nous confie un ancien DGA en charge des risques d’une banque de la place. «Les créances en souffrance mobilisent du capital réglementaire, pèsent sur le coût du risque et ralentissent la rota- tion du bilan. Un marché secon- daire crédible permettrait d’optimi- ser l’allocation des fonds propres sans attendre des cycles judiciaires interminables» , ajoute-t-il.
Le projet définit la créance en souf- france comme toute créance liti- gieuse ou dont le recouvrement apparaît incertain en raison de la dégradation de la capacité de rem- boursement du débiteur. Le soin est laissé à Bank Al-Maghrib d’en préciser les critères par circulaire, ce qui garantit une cohérence avec l’approche prudentielle et laisse une marge d’adaptation aux évolutions du cycle. En parallèle, la cession peut porter sur tout ou partie d’une ou plu- sieurs créances monétaires issues d’opérations de crédit ou assimi- lées. Cette flexibilité permettra aux établissements de constituer des portefeuilles structurés selon le profil de risque, la maturité ou la nature des sûretés. Le changement majeur tient à l’ouverture du mar- ché, puisque par dérogation aux
restrictions existantes, toute per- sonne peut acquérir une ou plu- sieurs créances en souffrance. Le marché ne serait donc plus réservé aux seuls établissements régulés. « L’ouverture à des investisseurs non bancaires est indispensable si l’on veut créer de la profondeur. Mais le pricing sera déterminant. Les banques marocaines devront accepter une logique de marché, avec des décotes parfois signifi- catives, surtout sur les dossiers corporate», estime notre expert. Autrement dit, le cadre juridique ne suffira pas. Le succès dépen- dra de la capacité des vendeurs et des acquéreurs à converger sur des valorisations réalistes. Sûretés transférées de plein droit L’un des apports structurants du
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C’est d’ailleurs l’une des idées mises en avant par notre interlo- cuteur : « d’abord, cette correc- tion intervient après une phase de forte progression du marché marocain. Le MASI avait atteint un niveau historique d’environ 20.340 points en août 2025, ce qui reflétait la dynamique positive des entreprises cotées et l’intérêt des investisseurs pour le marché marocain ». Il faut dire que pour beaucoup de primo-investisseurs, la période 2024-2025 a été une découverte: des IPO en série, des plus-values rapides, une dynamique de mar- ché euphorique. L’idée qu’un marché puisse aussi corriger sans s’effondrer est nouvelle pour eux. Ce moment de tension psycholo- gique est donc fondateur, puisqu’il apprend la distance émotionnelle, réinstalle la discipline de gestion, et surtout rétablit la différence entre prix et valeur. Un investis- seur qui comprend que la Bourse respire (qu’elle monte, qu’elle cor- rige, qu’elle consolide) entre dans une phase de maturité. Ce n’est donc plus un spéculateur de cycle, c’est un acteur de long terme. Une correction n’est pas un verdict Le repli actuel renvoie d’abord à un repricing du risque exogène : énergie, logistique, shipping, et incertitude sur la durée du conflit. Ce sont des canaux qui peuvent peser sur les anticipations d’infla- tion et sur la perception des taux, donc sur les multiples de valo- risation. Mais ce mécanisme de marché ne signifie pas, à lui seul, un changement structurel du scé- nario domestique. C’est précisément dans ces phases que l’écart se creuse entre le bruit (rumeurs, commentaires minute par minute) et le signal (bénéfices, bilans, trajectoire macro, visibilité sectorielle). Dans la même veine, notre profes- sionnel insiste sur le fait que «les fondamentaux des entreprises restent globalement solides. Les résultats des sociétés cotées ont progressé et les perspectives de croissance des bénéfices sur les prochains mois sont estimées autour de +20%, un niveau net-
En deux séances, la place de Casablanca a cédé près de 10%, emportée par le vent de panique géopolitique au Moyen-Orient.
Bourse de Casablanca L’épreuve des nerfs
L En Bourse, l’essentiel se joue rarement en une séance. Le décrochage récent du MASI, sur fond de tensions géopolitiques, rappelle surtout qu'un marché évolue par cycles, avec des phases de hausse, de consolidation et de correction. Comprendre cette mécanique et la charge émotionnelle qui l’accompagne est souvent la première condition pour garder le cap lorsque la volatilité s’invite. Par Y. Seddik
es séances de baisse marquées attirent toujours les comparaisons et les commentaires à chaud. En deux séances, le MASI a perdu près de 10%, sur fond d’esca- lade militaire entre Washington et Téhéran. Or, ce mouvement rap- pelle qu’une correction peut être violente sans que les perspectives de moyen terme soient automati- quement remises en cause. Sur ce point, un profession- nel de la gestion d’actifs nous rappelle d’abord la vitesse de réaction des marchés : «la pre- mière chose à rappeler est que les marchés financiers réagissent très rapidement aux chocs géo- politiques, souvent de manière amplifiée à court terme» . Il ajoute
que «ces derniers jours, la Bourse de Casablanca a effectivement connu une correction marquée: le MASI a perdu près de 10% en seulement deux séances, avec notamment une baisse de 4,21%, puis 5,6%, dans le sillage des ten- sions militaires impliquant l’Iran et leurs conséquences potentielles sur les marchés énergétiques et la croissance mondiale». Mais, insiste-t-il, «il est important de replacer ce mouvement dans une perspective plus large». La Bourse de Casablanca a déjà traversé des zones de turbulence autrement plus lourdes, où les chocs avaient une dimension éco- nomique et financière plus pro- fonde. La crise financière mon- diale de 2007-2008, les tensions régionales de 2011, l’épisode du boycott de 2018, la crise sanitaire de 2020 avec un MASI en repli de
plus de 20% en quelques séances, puis le choc Ukraine en 2022, marqué par l’inflation importée et le resserrement monétaire global. Ces épisodes, d’origine structu- relle, exogène ou mondiale, ont provoqué de véritables phases de contraction économique et ont ouvert la voie à des bear markets marqués, à l’exception de 2018, dont l’impact était plus localisé et psychologique. Pour autant, rien de compa- rable aujourd’hui. Les entreprises cotées restent bénéficiaires, les taux stables, les flux institution- nels constants. Plus largement, ce que rappelle la mémoire du marché, c’est que les corrections font partie du cycle boursier et que la patience finit presque tou- jours par être récompensée. Les crises passent, les fondamentaux demeurent.
Les entreprises cotées restent bénéficiaires, les taux stables, les flux institutionnels constants.
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a prouvé sa résilience», tout en revendiquant une posture de pré- paration : «en responsabilité, nous avons le plan d’action qu’il faut». Les drivers de croissance ne dis- paraissent pas D’un autre côté, les moteurs domestiques restent identifiables avec un cycle d’investissement structurant, des besoins en infrastructures, des programmes publics (reconstruction, loge- ment), une dynamique BTP, et des perspectives sectorielles qui continuent d’alimenter la visibilité de plusieurs compartiments de la cote. Dans ce contexte, la ques- tion centrale n’est pas de nier la volatilité, mais de la remettre à sa place, comme une variable de marché souvent amplifiée à court terme, rarement suffisante pour réécrire seule les fondamentaux. Sur la méthode, notre source sou- ligne que «raisonner en cycles est essentiel pour investir en actions». Et il précise le cadre en expliquant que «les marchés ne progressent jamais de manière linéaire. Ils alternent naturelle- ment entre phases d’expansion et phases de correction» . Il ajoute aussi un repère de long terme pour le moins important : « si l’on regarde l’historique du MASI, on constate que malgré des épisodes de volatilité, la tendance de long terme reste positive. Sur les dix dernières années, l’indice affiche une progression cumulée de près de 90%, ce qui illustre bien la création de valeur dans la durée». Les repères à garder en tête En dehors du diagnostic, la ques- tion pratique est surtout de savoir quels repères conserver quand le marché devient nerveux et que les séances se succèdent à un rythme inhabituel ? Sur ce point, notre interlocuteur souligne que «trois repères me semblent particulièrement impor- tants pour les investisseurs parti- culiers». D’abord, « le premier est l’horizon d’investissement. Les actions doivent être envisagées sur plusieurs années, car c’est sur ces horizons que les cycles économiques et la croissance des entreprises se matérialisent» . Ensuite, «le deuxième est la diver-
tement supérieur à la moyenne historique» . Et il tranche égale- ment sur la nature du mouvement actuel : «ce que nous observons aujourd’hui ressemble davantage à une réaction de marché face à un choc externe qu’à une remise en cause des fondamentaux éco- nomiques». Des fondamentaux toujours là Sur le plan souverain, le Maroc a retrouvé le statut Investment Grade après le relèvement de la note par S&P à BBB- fin sep- tembre 2025. Ce point pèse sur la perception du risque pays et sur le coût du financement externe, sans immuniser le marché contre la volatilité. Sur le plan boursier, la correction intervient après une séquence de hausse qui a revalorisé la place. Le MASI affichait plus de 60% de progression sur trois ans, avec une dynamique haussière instal- lée depuis 2023, avant l’entrée dans une phase de consolidation. La capitalisation a, elle, dépassé le seuil des 1.000 milliards de DH, un marqueur de profondeur et de taille de marché. L’élargissement de la base d’in- vestisseurs constitue un autre fait marquant. La dernière IPO a mobilisé un volume inédit de souscripteurs, avec plus de 168.000 particuliers, selon les chiffres communiqués autour de l’opération SGTM. Une donnée à lire avec lucidité : elle montre un marché plus diffusé, mais aussi une base de primo-investisseurs plus exposée au choc émotionnel des premières corrections. C’est dans ce contexte, conclut notre interlocuteur, que le mes- sage aux investisseurs, et plus précisément aux particuliers, doit rester clair : «il faut éviter de confondre une volatilité de court terme avec un changement de tendance structurelle». En parallèle, la ministre de l'Eco- nomie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, s'est voulue ras- surante à ce sujet de crise au Moyen-Orient, en expliquant en substance que « nous avons des réserves de change, un mix éner- gétique qui est de plus en plus vert et puis une économie qui
baissent fortement, les valorisa- tions deviennent mécaniquement plus attractives. Cela permet d’in- vestir dans des entreprises solides à des niveaux de prix plus raison- nables». Plutôt que de chercher à deviner la séance exacte du point bas, l’enjeu est de tenir un cap, lis- ser ses décisions, et rester cohé- rent avec son horizon. «Ceux qui ont su rester investis pendant les phases de volatilité, ou renfor- cer progressivement leurs posi- tions, sont généralement ceux qui profitent le plus des phases de reprise », conclut-il. En définitive, chercher à « timer» le marché séance par séance est rarement payant. Ce qui fait la différence, sur la durée, c’est une lecture en cycles, une diversifica- tion réelle et une stratégie tenue dans le temps, y compris quand la volatilité s’invite. À bon enten- deur. ◆
Sur les dix dernières années, l’indice affiche une progression cumulée de près de 90%, ce qui illustre bien la création de valeur dans la durée.
sification, qui permet d’amortir les fluctuations d’un secteur ou d’une valeur». Enfin, « le troisième repère est la discipline d’investissement. Les investisseurs qui cherchent à réagir à chaque séance de marché prennent souvent plus de risques que ceux qui suivent une stratégie régulière et structurée» . Par ailleurs, la question des points bas revient toujours quand la volatilité s’installe. «L’histoire des marchés montre que les phases de correction ont souvent constitué des opportunités pour les investisseurs de long terme », affirme-t-il. Son raisonnement est lucide: «lorsque les marchés
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Axa Afrique Atlantique Une première année de structuration Un an après la création de la région Axa Afrique Atlantique, le groupe d’assurance dresse un premier bilan marqué par une phase de structuration plutôt que d’expansion. L’organisation, qui regroupe cinq marchés africains (Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun et Gabon), a consacré l’année 2025 à la mise en place d’un modèle régional intégré, avec Casablanca comme centre de pilotage stratégique. Par Y. Seddik
des ressources, d’élever le niveau d’expertise et d’assurer une cohé- rence opérationnelle entre les diffé- rents marchés. «À quoi ça sert d’avoir les mêmes fonctions dupliquées dans chaque pays ? On mutualise les expertises et on crée des plateformes transver- sales au service de l’ensemble de la région », fait valoir Gilles Fromageot. Cap sur l’innovation et la transformation technologique La stratégie définie à l’horizon 2030 vise à faire d’Axa l’assureur de référence en Afrique Atlantique, en combinant performance écono- mique, maîtrise des risques et inno- vation technologique. Dans cette perspective, la data et l’intelligence artificielle occupent une place cen- trale dans la transformation du modèle opérationnel. «L’intelligence artificielle est la par- tie visible de la transformation. Mais la vraie bataille se joue d’abord sur la donnée : capter, nettoyer, fiabili- ser et structurer la data avant d’en extraire de la valeur» , explique-t-il. Ces technologies sont progressive- ment intégrées dans plusieurs fonc- tions clés, notamment la tarification, l’analyse des risques, la gestion des sinistres et la relation client. L’un des premiers résultats concrets de cette transformation concerne l’as- surance automobile, avec le lance- ment d’une nouvelle plateforme de gestion des sinistres intégrant des solutions d’intelligence artificielle générative. «Je crois beaucoup au potentiel de l’IA dans la détection de fraude et l’amélioration de l’effi- cacité opérationnelle, mais aussi pour mieux cibler les opportuni- tés commerciales» , conclut le CEO d’Axa Afrique Atlantique. ◆
Un an après sa mise en place, la région Axa Afrique Atlantique se dote progressivement de son architecture opé- rationnelle.
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a création de cette nouvelle région marque une évolution dans l’or- ganisation du groupe Axa sur le continent. L’objectif, selon le mana- gement, consiste à structurer une plateforme régionale capable de combiner proximité avec les mar- chés locaux et standards internatio- naux en matière de gouvernance et de gestion des risques. Le choix de Casablanca pour accueillir le pilo- tage régional et le Comité exécutif traduit la volonté de positionner le Maroc comme hub de coordina- tion pour l’ensemble de l’Afrique Atlantique. «Casablanca est notre centre de pilotage. L’idée est de gérer les cinq pays au maximum comme des succursales, avec une forte centra- lisation, sans rajouter un millefeuille régional» , précise le CEO d’Axa Afrique Atlantique, Gilles Fromageo. Cette implantation permet de mutualiser les expertises, d’harmo- niser les pratiques et de fluidifier les processus décisionnels entre les différentes entités du groupe dans la région. La première année d’exis-
tence de cette organisation a donc été consacrée à la consolidation des fondations institutionnelles, avec un accent particulier mis sur la gouvernance, la coordination des équipes et l’alignement des stan- dards opérationnels. Dans un environnement réglemen- taire et concurrentiel de plus en plus exigeant, Axa Afrique Atlantique a engagé un renforcement de son dispositif de gouvernance et de contrôle. Les fonctions de confor- mité, de contrôle interne, de ges- tion des risques et de sécurité ont été structurées autour d’équipes dédiées dans chacun des cinq pays couverts par la région. «Notre métier est très régulé et expose le groupe à des risques importants. On a donc renforcé la conformité, l’audit, le contrôle interne et le risk management pour déployer partout les standards du groupe de manière consistante », souligne Gilles Fromageot. Ces dispositifs sont coordonnés au niveau régional afin de garan- tir l’homogénéité des pratiques et
d’améliorer la capacité d’anticipa- tion des risques. Cette organisation vise également à renforcer la pro- tection des données et la robus- tesse opérationnelle de l’ensemble des entités. Pour le groupe, cette solidité institutionnelle constitue un préalable à toute stratégie de crois- sance dans la région. Parallèlement, Axa a engagé le déploiement de centres de services partagés couvrant plusieurs fonc- tions clés. Cette mutualisation doit permettre d’optimiser l’utilisation
Le Maroc occupe une place centrale dans ce dispositif régional. Le groupe y emploie plus de 7.000 collaborateurs répartis entre Axa Assurance Maroc, Axa Services Maroc et Axa GBS Maroc, ce qui en fait l’un des principaux employeurs privés du secteur financier dans le pays. Cette présence combine l’expertise d’un groupe international avec un ancrage opérationnel local. Axa Assurance Maroc compte près de 2 millions de clients et s’appuie sur un réseau étendu d’agents généraux et d’intermédiaires. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 6,32 milliards de dirhams et gère 26,4 milliards de dirhams d’actifs. Un acteur fortement ancré au Maroc
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SPÉCIAL 8 MARS HOMMAGE À NOS FEMMES MINISTRES
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Dossier réalisé par Fatima OURIAGHLI
e 8 mars est une date qui invite à une lecture attentive du temps poli- tique. Il offre l’opportunité d’évaluer, avec hauteur et discernement, l’action de celles qui, au sein du gouvernement marocain, occupent des responsabilités stratégiques. C’est dans ce cadre que Finances News Hebdo a choisi de dresser les portraits des six femmes ministres actuellement en fonction. L’exercice dépasse le simple hommage, car il s’agit d’apprécier une législature exigeante, traversée par des chocs exogènes et des mutations structurelles profondes. Les cinq dernières années n’ont, en effet, offert que peu de répit : infla- tion importée, flambée des prix des matières premières, crise énergétique mondiale, impératif d’accélération des réformes sociales, modernisation de l’appareil productif et de l’Administration, sans oublier des catastrophes natu- relles ayant mobilisé des ressources humaines et matérielles considérables. Dans cet environnement heurté, l’action publique s’est déployée sous tension permanente. C’est dans ce contexte que Nadia Fettah Alaoui, Fatim-Zahra Ammor, Leila Benali, Naima Ben Yahia, Fatima Ezzahra El Mansouri ou encore Amal El Fallah Seghrouchni se sont retrouvées en première ligne. Et ce, d’autant qu’elles sont à la tête de départements stratégiques (Finances, Tourisme, Transition énergétique, Solidarité, Aménagement du territoire, et Transition numérique) où les chantiers complexes, inscrits dans la durée, sont autant
de leviers décisifs pour la stabilité macroéconomique, l’attractivité du pays et la consolidation du lien social. Leur présence au sein de l’Exécutif ne relève cependant ni d’un simple souci d’équilibre statistique, ni d’un affichage symbolique. Elle porte, plutôt, un message institutionnel fort : les secteurs stratégiques de l’économie marocaine peuvent être dirigés par des femmes avec un niveau d’exigence et de résultats en adéquation avec les responsa- bilités exercées. Leur bilan, durant cette mandature, en apporte l’illustration concrète. Ce constat appelle, forcément, à dépasser les approches fondées sur le genre pour se concentrer sur la compétence. Car la performance publique ne se mesure ni à l’appartenance ni aux stéréotypes, mais aux résul- tats obtenus et à la cohérence des politiques menées. Des politiques qui ont pour objectif de consolider les fondations d’une économie plus résiliente, plus diversifiée et mieux ancrée dans les aspirations d’un Maroc moderne. Ainsi, l’empreinte féminine au sein de l’actuelle équipe gouvernementale ne se lit pas dans le registre de l’exception, mais dans celui de la normalité institu- tionnelle. Elle traduit l’évolution progressive d’un paysage politique où la com- pétence trouve sa place au sommet de l’Etat, y compris dans des domaines longtemps perçus comme réservés à la gente masculine. Alors, en ce 8 mars, l’heure n’est donc pas seulement à la célébration. Elle est à la reconnaissance de cette réalité qui dit que des femmes participent plei- nement à l’architecture décisionnelle du pays et contribuent, chacune dans son périmètre, à façonner le Maroc de demain. u
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SPÉCIAL 8 MARS HOMMAGE À NOS FEMMES MINISTRES
Nadia Fettah Alaoui La gardienne des équilibres macroéconomiques
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tre la première femme à occuper le portefeuille de l’Economie et des Finances au Maroc ne relève pas seu- lement du symbole. C’est une énorme responsabilité, particulièrement lorsqu’elle s’exerce dans un contexte international marqué par les tensions inflationnistes et les incertitudes géopolitiques.
Nadia Fettah Alaoui a pour- tant endossé cette charge avec rigueur et profession- nalisme. Née à Rabat, formée au lycée Dar Essalam, puis diplômée de HEC Paris en 1994, elle appartient à cette génération de responsables publics dont la légitimité s’est d’abord construite
dans l’exigence du secteur privé. Sa trajectoire ne pro- cède pas d’une ascension politique classique. Elle est le produit d’un parcours structuré, façonné par la finance et la gouvernance. Après une première expé- rience chez Arthur Andersen en 1997, elle fonde en 2000 à Casablanca une société
de capital-investissement, Maroc Invest Finances Group. En 2005, elle rejoint la CNIA Assurance, intégrée au Groupe Saham, à l’initiative de Moulay Hafid Elalamy. Au sein de ce groupe où elle assure la direction du pôle Support et Finances, elle gravit les échelons, pilote des opérations de fusions-
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acquisitions en Afrique et au Moyen-Orient (2010), avant de devenir en 2013 Directrice générale délé- guée des Finances et M&A (Mergers and Acquisitions), DG déléguée des Finances & Opérations de Saham Finances en 2014, puis prési- dente du Conseil d’adminis- tration de Saham Assurance Maroc. Elle quitte ces fonc- tions à la veille de son entrée au gouvernement. Cette culture de la rigueur financière et de la gouver- nance d’entreprise façonne aujourd’hui encore sa pra- tique ministérielle. Elle privi- légie l’architecture des équi- libres, la progressivité des réformes et la cohérence macroéconomique. Rien d’ostentatoire ni de specta- culaire. Juste une discipline constante. De 2019 à aujourd’hui Son entrée au gouvernement en 2019 en tant que ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Economie sociale, sous le gouvernement El Otmani II, intervient à un moment charnière. Celle qui a rejoint le gouvernement concomi- tamment à son adhésion au Rassemblement national des indépendants (RNI), fera face à la pandémie de Covid- 19 qui frappe de plein fouet ces secteurs stratégiques. Fettah y apprend alors la gestion de crise à grande échelle. En octobre 2021, elle est nommée ministre de l’Eco- nomie et des Finances dans le gouvernement d’Aziz Akhannouch, succédant à Mohamed Benchaâboun. Le défi change d’échelle. Lorsqu’elle prend les rênes du ministère, l’environne- ment est particulièrement exigeant. L’inflation impor- tée atteint des niveaux histo- riquement élevés, culminant entre 9 et 10% en février
2023, au pic de la crise pro- voquée par la guerre en Ukraine et la flambée des matières premières. Le pou- voir d’achat des ménages est sous pression. Les dépenses sociales augmentent avec la généralisation de la pro- tection sociale, tandis que l’investissement public doit soutenir la relance. Dans cet exercice d’équi- libriste, il fallait amortir le choc inflationniste sans compromettre la trajectoire budgétaire. Pari réussi ! Les chiffres actuels en attestent. L’inflation est contenue autour de 1%, le déficit bud- gétaire maîtrisé à 3,5% en 2025, tandis que la crois- sance s’est établie autour de 5%, illustrant une économie en phase de consolidation. «L’économie marocaine a franchi une nouvelle étape : au-delà de la résilience, elle affiche désormais un profil clairement dynamique, avec une croissance appelée à dépasser durablement le seuil de 4% », nous expli- quait-elle lors de l’entretien
solides, pérennes et por- teurs de valeur, les finance- ments suivent. Notre enjeu est d’élargir et de moder- niser les instruments pour canaliser l’épargne vers l’in- vestissement», précisait-elle à la rédaction de Finances News Hebdo. Au-delà des indicateurs macroéconomiques, son passage au ministère laisse l’empreinte d’une gouver- nance maîtrisée. Dans un contexte mondial instable, marqué par les tensions et recompositions géopoli- tiques, Nadia Fettah Alaoui a su privilégier cohérence, discipline et vision à long terme pour préserver les équilibres fondamentaux tout en accompagnant les grandes réformes struc- turelles : généralisation de la protection sociale, sou- tien à l’investissement et consolidation des finances publiques. Son parcours démontre, tant s’en faut, que la compétence n’a pas de genre. Bravo, Madame la ministre ! ◆
Notre enjeu est d’élargir et de moderniser les instruments pour canaliser l’épargne vers l’investissement.
accordé à Finances News Hebdo. Dans un univers historique- ment dominé par des pro- fils masculins, Nadia Fettah Alaoui n’a pas cherché à imposer une rupture de ton. Elle a exercé son mandat sans crispation inutile, pri- vilégiant le dialogue insti- tutionnel et la coordina- tion, notamment avec Bank Al-Maghrib. Cette articula- tion entre politique budgé- taire et politique monétaire a contribué à stabiliser l’en- vironnement économique et à préserver la crédibilité internationale du Royaume. Son action s’est également traduite par la modernisation des instruments de finance- ment et l’approfondissement du marché des capitaux. «Lorsque les projets sont
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