BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 6 MARS 2026
C’est d’ailleurs l’une des idées mises en avant par notre interlo- cuteur : « d’abord, cette correc- tion intervient après une phase de forte progression du marché marocain. Le MASI avait atteint un niveau historique d’environ 20.340 points en août 2025, ce qui reflétait la dynamique positive des entreprises cotées et l’intérêt des investisseurs pour le marché marocain ». Il faut dire que pour beaucoup de primo-investisseurs, la période 2024-2025 a été une découverte: des IPO en série, des plus-values rapides, une dynamique de mar- ché euphorique. L’idée qu’un marché puisse aussi corriger sans s’effondrer est nouvelle pour eux. Ce moment de tension psycholo- gique est donc fondateur, puisqu’il apprend la distance émotionnelle, réinstalle la discipline de gestion, et surtout rétablit la différence entre prix et valeur. Un investis- seur qui comprend que la Bourse respire (qu’elle monte, qu’elle cor- rige, qu’elle consolide) entre dans une phase de maturité. Ce n’est donc plus un spéculateur de cycle, c’est un acteur de long terme. Une correction n’est pas un verdict Le repli actuel renvoie d’abord à un repricing du risque exogène : énergie, logistique, shipping, et incertitude sur la durée du conflit. Ce sont des canaux qui peuvent peser sur les anticipations d’infla- tion et sur la perception des taux, donc sur les multiples de valo- risation. Mais ce mécanisme de marché ne signifie pas, à lui seul, un changement structurel du scé- nario domestique. C’est précisément dans ces phases que l’écart se creuse entre le bruit (rumeurs, commentaires minute par minute) et le signal (bénéfices, bilans, trajectoire macro, visibilité sectorielle). Dans la même veine, notre profes- sionnel insiste sur le fait que «les fondamentaux des entreprises restent globalement solides. Les résultats des sociétés cotées ont progressé et les perspectives de croissance des bénéfices sur les prochains mois sont estimées autour de +20%, un niveau net-
En deux séances, la place de Casablanca a cédé près de 10%, emportée par le vent de panique géopolitique au Moyen-Orient.
Bourse de Casablanca L’épreuve des nerfs
L En Bourse, l’essentiel se joue rarement en une séance. Le décrochage récent du MASI, sur fond de tensions géopolitiques, rappelle surtout qu'un marché évolue par cycles, avec des phases de hausse, de consolidation et de correction. Comprendre cette mécanique et la charge émotionnelle qui l’accompagne est souvent la première condition pour garder le cap lorsque la volatilité s’invite. Par Y. Seddik
es séances de baisse marquées attirent toujours les comparaisons et les commentaires à chaud. En deux séances, le MASI a perdu près de 10%, sur fond d’esca- lade militaire entre Washington et Téhéran. Or, ce mouvement rap- pelle qu’une correction peut être violente sans que les perspectives de moyen terme soient automati- quement remises en cause. Sur ce point, un profession- nel de la gestion d’actifs nous rappelle d’abord la vitesse de réaction des marchés : «la pre- mière chose à rappeler est que les marchés financiers réagissent très rapidement aux chocs géo- politiques, souvent de manière amplifiée à court terme» . Il ajoute
que «ces derniers jours, la Bourse de Casablanca a effectivement connu une correction marquée: le MASI a perdu près de 10% en seulement deux séances, avec notamment une baisse de 4,21%, puis 5,6%, dans le sillage des ten- sions militaires impliquant l’Iran et leurs conséquences potentielles sur les marchés énergétiques et la croissance mondiale». Mais, insiste-t-il, «il est important de replacer ce mouvement dans une perspective plus large». La Bourse de Casablanca a déjà traversé des zones de turbulence autrement plus lourdes, où les chocs avaient une dimension éco- nomique et financière plus pro- fonde. La crise financière mon- diale de 2007-2008, les tensions régionales de 2011, l’épisode du boycott de 2018, la crise sanitaire de 2020 avec un MASI en repli de
plus de 20% en quelques séances, puis le choc Ukraine en 2022, marqué par l’inflation importée et le resserrement monétaire global. Ces épisodes, d’origine structu- relle, exogène ou mondiale, ont provoqué de véritables phases de contraction économique et ont ouvert la voie à des bear markets marqués, à l’exception de 2018, dont l’impact était plus localisé et psychologique. Pour autant, rien de compa- rable aujourd’hui. Les entreprises cotées restent bénéficiaires, les taux stables, les flux institution- nels constants. Plus largement, ce que rappelle la mémoire du marché, c’est que les corrections font partie du cycle boursier et que la patience finit presque tou- jours par être récompensée. Les crises passent, les fondamentaux demeurent.
Les entreprises cotées restent bénéficiaires, les taux stables, les flux institutionnels constants.
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