19 VENDREDI 6 MARS 2026
FINANCES NEWS HEBDO
nu à Sciences Po. Sa thèse, soutenue en 2010, portait sur les réformes du secteur de l’électricité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, théma- tique qui annonçait déjà son ancrage intellectuel dans les problématiques énergétiques régionales. Après des débuts pro- fessionnels chez ONA et Schlumberger, elle enseigne les politiques énergétiques à Sciences Po tout en poursui- vant une carrière dans le sec- teur privé. En 2013, elle rejoint Saudi Aramco, géant mondial des hydrocarbures, avant d’in- tégrer l’APICORP — devenue Arab Energy Fund — en qualité d’économiste en chef et de stratège en chef, où elle pilote les départements stratégie et durabilité. Elle occupe égale- ment des fonctions au sein de l’International Energy Forum, l’une des principales plate- formes mondiales de dialogue énergétique. Membre de la Commission spéciale sur le modèle de déve- loppement, elle participe aux travaux de refondation stra- tégique du pays avant d’être appelée au gouvernement. L’énergie, levier de souveraineté économique La crise énergétique mon- diale a révélé, avec acuité, la vulnérabilité structurelle d’un pays dont la dépendance énergétique demeure élevée. Le Maroc importe, en effet, chaque année pour plus de 3 milliards de dollars d’éner- gies fossiles. Dès lors que les cours internationaux du gaz et du pétrole s’envolent, l’impact se diffuse immédiatement: aggravation du déficit com- mercial, tension sur la balance des paiements, pression sur le budget de compensation et transmission indirecte à l’infla- tion. Dans ce contexte, la transi- tion énergétique ne pouvait plus être appréhendée comme un agenda environnemental
parmi d’autres. Elle devenait un instrument de stabilisa- tion économique et un impé- ratif de souveraineté. Sous l’impulsion de Leïla Benali, le ministère a donc privilégié une approche articulée autour de plusieurs axes : diversification des sources d’approvisionne- ment, accélération des projets renouvelables, renforcement des capacités de stockage et d’interconnexion et positionne- ment stratégique du Royaume sur le segment émergent de l’hydrogène vert. Lors des Nuits de la Finance organisées à Rabat par Finances News Hebdo, la ministre soulignait d’ailleurs la nécessité «d’opérer un véri- table choc de compétitivité capable de desserrer les étaux énergétiques qui pèsent sur les ménages, les industriels et les finances publiques». De la gestion de crise à la réforme structurelle La gestion de la période post- pandémique et du choc éner- gétique a reposé sur un prin- cipe de continuité d’appro- visionnement sans dérapage
budgétaire. La diversification des fournisseurs et le renforce- ment des infrastructures d’im- portation ont permis de réduire le risque systémique, même si la contrainte externe demeu- rait, par nature, difficilement maîtrisable. Parallèlement, la réforme struc- turelle s’est poursuivie. En dix ans, le Maroc est passé de 400 millions à 1,5 milliard de dol- lars d’investissements annuels dans le secteur énergétique. Le pays a rattrapé son retard sur les objectifs fixés pour 2020 et ambitionne de dépasser 52% de capacité renouvelable avant 2030. Mais, comme le rappelle la ministre, «le vrai enjeu, ce n’est pas le pourcentage de renouvelables installées, c’est le prix du kilowattheure. Nous devons abaisser de 70% le coût de l’énergie pour redeve- nir compétitifs».
Dans cette perspective, le solaire et l’éolien constituent des avantages comparatifs évi- dents pour le Royaume. Leur accélération conditionne le coût futur de l’électricité indus- trielle et, partant, l’attractivité du territoire. Concernant l’hydrogène vert, il s’agit de capter des inves- tissements, d’attirer des parte- nariats industriels et d’insérer le Maroc dans les chaînes de valeur bas-carbone qui structu- reront l’économie mondiale des prochaines décennies. En définitive, le mandat de Leïla Benali a reposé sur un triple impératif stratégique : assurer la sécurité d’approvi- sionnement dans un monde fragmenté, contenir l’impact budgétaire des chocs externes et accélérer, sans rupture bru- tale, la transformation du mix énergétique national. Loin des postures idéologiques, son dis- cours privilégie la cohérence économique et la conformité à la vision royale, qui place le développement durable au cœur du modèle de croissance. Plein succès pour la suite, Leïla ! ◆
En dix ans, le Maroc est passé de 400 millions à 1,5 milliard de dollars d’investissements annuels dans le secteur énergétique.
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