ECONOMIE
29
FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 6 MARS 2026
mie», affirme Alaoui, rappe- lant que le Maroc a déjà dû «expérimenter» ces dernières années plusieurs mécanismes de protection. «Nous avons hélas ces dernières années à expérimenter nos boucliers en faveur des populations les plus vulnérables et pour pro- téger l’économie», note-t-elle. Mais le déficit budgétaire pourrait se creuser si l’Etat choisit d’amortir la hausse via des mécanismes de sou- tien. D’ailleurs, Boiti met en lumière cette contrainte budgétaire. «Un choc pétro- lier aggraverait la balance commerciale, accentuerait la pression sur les réserves de change et alourdirait le déficit budgétaire via le mécanisme de compensation. Or, avec une dette publique avoisinant 70% du PIB, les marges bud- gétaires sont étroites» , ana- lyste-t-il. Le gouvernement sera de nouveau devant un choix complexe : protéger le pouvoir d’achat en subven- tionnant davantage les carbu- rants et l’énergie, ou préserver la soutenabilité des finances publiques. De toute évidence, l’inflation importée toucherait en priori- té les carburants, le transport et les produits alimentaires. Or, ces postes représentent une part significative du bud- get des ménages. C’est la raison pour laquelle lors de la précédente crise énergétique, le gouvernement avait mis en place un dispositif de sou- tien dédié aux transporteurs qui a nécessité une enve- loppe globale de 7 Mds de DH, débloqués en plusieurs tranches entre mars 2022 et janvier 2024. Selon Boiti, «en cas de perturbation modé- rée du détroit d’Ormuz sur trois mois, l’inflation pourrait grimper à 3-3,5% en 2026 et
la croissance reculer autour de 3,8%. Un choc sévère de six mois ferait basculer l’éco- nomie dans un scénario bien plus délicat, avec une inflation dépassant 5% et une crois- sance inférieure à 2%». Ces chiffres traduisent la sen- sibilité structurelle d’une éco- nomie importatrice d’énergie. Un pari sur la résilience Au-delà de l’énergie, le contournement de Suez affec- terait également le tissu pro- ductif marocain. De nombreux intrants industriels, équipe- ments et composants tran- sitent par les grandes routes maritimes reliant l’Asie à l’Eu- rope. Les retards et surcoûts logistiques peuvent réduire la compétitivité des exportations marocaines, dont certains secteurs sont intégrés aux chaînes de valeur mondiales. La puissance portuaire du Maroc, avec des infrastruc- tures comme Tanger Med, peut certes constituer un atout stratégique. Elle per- met d’absorber une partie des reconfigurations de flux et de renforcer la position du pays comme hub régional. Toutefois, elle ne neutralise pas les hausses globales du fret ni la flambée des prix énergétiques. Pour autant, Nadia Fettah Alaoui se veut rassurante, mettant en avant plusieurs facteurs de résilience de l’économie marocaine. «Nous avons des réserves de change, un mix énergétique qui est de plus en plus vert et puis une économie qui a prouvé sa résilience» , affirme-t-elle. Elle souligne également que la diversification du mix éner- gétique sera un test concret «Le mix énergétique est très important. C’est là qu’on va voir son efficacité dans les semaines qui viennent», affirme la ministre, espérant toutefois que la crise reste- ra contenue dans le temps, même si, relève-t-elle , «nous avons le plan d’action qu’il faut» . ◆
La combinaison d’un Ormuz paralysé et d’un Suez contourné constitue un double choc systémique pour le commerce mondial.
ment sur les coûts de pro- duction, puis sur les prix à la consommation.
modérés. «Sur le pétrole, nous l’avons budgété à 65$ dans notre Loi de Finances. Vous savez qu’il est déjà à 85$» , fait-elle savoir, précisant que pour «le gaz, c’est vraiment une consommation plutôt domestique. Ça a un impact, mais qui est complètement contenu et que nous pouvons, on va dire, avec nos finances publiques, confronter» . Elle espère néanmoins que l’Exé- cutif « n’aura pas à le faire durablement». C’est dire que l’impact d’un choc pétrolier serait donc immédiat. Il se traduirait d’abord par une aggravation de la facture énergétique, donc par une détérioration de la balance commerciale. La pression sur les réserves de change s’intensifierait dans un environnement international marqué par un Dollar fort et des flux de capitaux volatils. Pour autant, la ministre assure que le gouvernement anticipe ces scénarios. «Nous sommes prêts à d’éventuels impacts sur notre écono-
Les économies les plus exposées
Dans ce contexte, les éco- nomies émergentes appa- raissent particulièrement exposées. Elles disposent de moins de marges budgétaires, de réserves de change plus limitées et de filets sociaux plus fragiles. Le Maroc fait par- tie de ces pays importateurs nets d’énergie et dépend des marchés internationaux pour environ 90% de ses besoins énergétiques. La ministre de l’Economie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, ne dit pas autre chose. Interrogée par BFM TV sur les conséquences économiques et financières au Maroc de cette guerre, elle souligne que «nous sommes dans les chaînes globales de l’économie. Nous importons nos hydrocarbures». Elle rap- pelle aussi que les hypothèses budgétaires ont été établies dans un contexte de prix plus
Selon les estimations de l'OCDE, une hausse de 30% du coût de transport se traduirait par un bond de 1,2 à 1,8 point d'inflation dans les 6 à 9 mois suivants.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker