ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 6 MARS 2026
munication doit non seulement affirmer la réalité objective de la sécurité au Maroc, comme l’a confirmé récemment une mise à jour des conseils de voyage, qui classe le pays comme ouvert et sûr, mais aussi contextualiser la logique géographique pour que les voyageurs comprennent intuitivement que le Royaume n’est pas impliqué dans le conflit. Ainsi, bien qu’il existe un risque de perception erronée, une réponse proactive bien orches- trée permettrait d’atténuer cet effet d’amalgame et de rassurer les marchés internationaux. F. N. H. : Ce contexte géo- politique tendu peut-il, paradoxalement, redessi- ner les flux touristiques en faveur du Maroc, en tant que destination per- çue comme stable dans la région MENA, et sous quelles conditions écono- miques cela serait-il pos- sible ? Z. B. : Dans un environnement régional instable, certaines des- tinations peuvent bénéficier d’un effet de substitution, où les voyageurs redirigent leur intérêt vers des pays considé- rés comme plus sûrs, stables et accessibles. Le Maroc, en particulier, est déjà l’un des prin- cipaux marchés touristiques de la zone Afrique du Nord, affi- chant une croissance substan- tielle avant même les tensions actuelles, avec des données récentes montrant qu’il figurait parmi les trois pays à la plus forte croissance de fréquenta- tion touristique internationale au premier semestre 2025, selon des publications de l’Organisa- tion mondiale du tourisme. L’histoire récente du tourisme mondial montre que face à des conflits, certains pays perçus comme réputés pour leur sta- bilité politique et leur sécurité peuvent attirer des flux détour- nés de destinations tradition- nellement populaires. De plus, selon des analyses spécifiques à la région MENA, des pays d’Afrique du Nord et du Golfe
même, notamment sur les mar- chés énergétiques mondiaux. Historiquement, les tensions dans cette région influent direc- tement sur les cours du pétrole et des carburants. Lorsque les prix du pétrole augmentent, cela se répercute rapidement sur le coût du kérosène, qui représente une part importante des dépenses des compa- gnies aériennes. Des hausses durables du prix de l’énergie peuvent faire augmenter les coûts d’exploitation des vols long-courrier, ce qui conduit à une hausse des tarifs des billets d’avion et à une réduction de la demande de voyages internatio- naux, surtout sur les segments sensibles au prix. Pour un pays comme le Maroc, qui dépend en partie du trans- port aérien pour relier ses prin- cipales destinations touristiques aux marchés émetteurs euro- péens et internationaux, cette flambée des coûts pourrait dimi- nuer sa compétitivité relative par rapport à des destinations médi- terranéennes proches, acces- sibles par des trajets moins coûteux ou via des liaisons ter- restres ou maritimes. Les des- tinations européennes voisines, par exemple, pourraient deve- nir des alternatives plus attrac- tives pour certains segments de voyageurs si les coûts aériens vers l’Afrique du Nord augmen- tent fortement. ◆ Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers le Moyen-Orient en raison de la guerre en Iran.
ont continué à enregistrer une croissance des arrivées malgré les tensions. Dans cette dyna- mique, la capacité du Maroc à maintenir des liaisons aériennes directes avec les principaux marchés émetteurs, une qualité d’expérience touristique recon- nue et une image forte de sécu- rité peuvent être un avantage stratégique pour attirer ceux qui cherchent une expérience culturelle, historique et sécuri- sée dans un contexte régional incertain. Cependant, cette opportunité ne se concrétiserait pleinement que si des conditions écono- miques spécifiques sont réunies. Premièrement, il est nécessaire de maintenir une accessibilité aérienne renforcée, notamment via divers pôles de connexion, tarifs compétitifs et accords de routes aériennes, afin de com- penser les ruptures de liaison causées par la fermeture ou la perturbation des hubs habituels. Deuxièmement, investir dans des campagnes marketing internationales ciblées visant les marchés qui hésitent devant les destinations du Moyen-Orient est déterminant pour convertir ces intentions vers le Maroc. Troisièmement, le maintien et l’organisation effective d’événe- ments internationaux majeurs sur le territoire marocain consti- tuent un indicateur concret de stabilité et de continuité insti-
tutionnelle. À titre d’exemple, la tenue prévue de Gitex Africa à Marrakech au mois d’avril repré- sente un signal particulièrement fort adressé aux marchés inter- nationaux. La confirmation et le déroule- ment normal d’un événement technologique d’envergure mon- diale, rassemblant des milliers de participants, d’exposants et d’investisseurs issus de plu- sieurs continents, démontrent que le Maroc demeure un espace sécurisé, organisé et pleinement opérationnel, mal- gré un contexte géopolitique tendu dans certaines parties du Moyen-Orient. F. N. H. : Dans quelle mesure une flambée durable des prix de l’éner- gie et du transport aérien pourrait-elle peser sur la compétitivité du Maroc par rapport à d’autres destina- tions méditerranéennes ? Z. B. : Un prolongement du conflit au Moyen-Orient a des répercussions bien au-delà de la zone géographique elle-
Dans un environnement régional instable, certaines destinations peuvent bénéficier d’un effet de substitution, où les voyageurs redirigent leur intérêt vers des pays considérés comme plus sûrs, stables et accessibles.
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