FNH N° 1133

D EVELOPPEMENT DURABLE JEUDI 14 DÉCEMBRE 2023 FINANCES NEWS HEBDO

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Changement climatique

◆ La COP28, qui s'est déroulée à Dubaï, a pris fin le 13 décembre 2023 sur une note historique avec l'adoption d'un accord sans précédent. La COP28 marque-t-elle la fin de l’ère fossile ?

Par K. A.

L es lumières de la COP28 se sont éteintes sur un accord historique qui évoque pour la première fois la nécessité de sortir progres- sivement des énergies fossiles. Un pas en avant vers un avenir plus vert, salué par des applaudissements et des discours optimistes. Cependant, derrière les célébrations, persiste une lueur d'in- certitude. Cet accord, tant vanté, ouvre-t-il réellement la voie à une transition énergé- tique mondiale, ou ne reste-t-il qu'un com- promis entre des intérêts contradictoires ? Le président de la COP28, Sultan Al Jaber, a qualifié l'accord d' «historique», souli- gnant l'importance de passer des paroles aux actes. «Nous sommes ce que nous faisons, pas ce que nous disons» , a-t-il déclaré devant l'assemblée plénière, met- tant ainsi l'accent sur la nécessité d'une mise en œuvre effective. L'accord a été obtenu suite à des négociations intenses, avec des points de désaccord notamment entre les pays exportateurs de pétrole, regroupés au sein de l'OPEP, et d'autres nations en faveur d'une sortie immédiate des énergies fossiles. Le terme «Transitioning away» (sortie pro- gressive) a été adopté dans le texte final, marquant un compromis entre les parti- sans de la «sortie» immédiate et ceux de la «diminution» progressive. Plus de 100 pays ont fait pression pour inclure expli- citement dans l'accord la notion d'une élimination «progressive» du pétrole, du gaz et du charbon. Cependant, l'OPEP, qui représente près de 80% des réserves mondiales connues de pétrole, a opposé une forte résistance à toute mention des énergies fossiles dans l'accord. L'accord appelle les pays à sortir pro- gressivement des combustibles fossiles «d'une manière juste, ordonnée et équi- table» , visant à atteindre l'objectif de zéro

Le monde n’est actuellement pas sur la bonne voie pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

émission nette d'ici 2050, conformément aux recommandations scientifiques. Cette formulation laisse une certaine latitude aux États pour déterminer leurs propres actions. Si l'accord a été salué comme une étape cruciale par de nombreux pays, des cri- tiques subsistent, notamment de la part des petits États insulaires. Une repré- sentante de ces États a jugé le texte final «trop peu ambitieux» et a souligné la nécessité d'un changement radical pour faire face aux défis climatiques actuels. Outre la sortie progressive des énergies fossiles, l'accord entérine d'autres avan- cées significatives. Il fixe l'objectif ambi- tieux de tripler la capacité mondiale des énergies renouvelables d'ici à 2030 et de doubler le rythme d'amélioration de l'effi- cacité énergétique. Cependant, des pré- occupations subsistent quant aux moyens financiers nécessaires pour atteindre ces objectifs. Le fonds pertes et dommages, destiné à indemniser les pays en développement affectés par le changement climatique, a

également été mentionné dans l'accord. Bien que salué comme une victoire après des décennies de blocage, les contribu- tions financières actuelles ont été criti- quées comme étant dérisoires par rapport aux besoins réels. Parmi les points d'inquiétude, figurent la reconnaissance du rôle du gaz comme une «énergie de transition» et l'inclu- sion du nucléaire dans la lutte contre le changement climatique. Les technologies controversées telles que le stockage et la captation du carbone suscitent également des préoccupations parmi les ONG envi- ronnementales. L'enjeu crucial est maintenant de traduire cet accord historique en politiques natio- nales et en actions concrètes. L'histoire récente, marquée par l'Accord de Paris en 2015, a montré que la mise en œuvre au niveau national reste un défi majeur. Les regards sont maintenant tournés vers les prochaines étapes, avec l'espoir que la COP28 marque véritablement un tournant dans la lutte mondiale contre le change- ment climatique. ◆

Plus de 100 pays ont fait pression pour inclure expli- citement dans l'accord la notion d'une élimination «progressive» du pétrole, du gaz et du char- bon.

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