HIGH-TECH
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026
Intelligence artificielle La darija cherche sa place
demeure moins équipée pour l’entraînement et l’évaluation des modèles. Les travaux sur GemMaroc, publiés en mai 2025 par Abderrahman Skiredj et ses coauteurs, dont Ismail Berrada, explorent une autre voie: adapter des modèles existants avec des données sélectionnées. Dans l’une de leurs expériences, environ 5.000 instructions mixtes portent le score d’un modèle à un test de connaissances en darija de 32,8% à 42,7%. Ces résultats ouvrent une piste pour des équipes disposant de moyens limités. Ils invitent aussi à la prudence. Les auteurs signalent des lacunes dans certaines tâches et précisent que les évaluations humaines à grande échelle en dari- ja restent à mener. Les progrès en laboratoire restent à confirmer sur le terrain.
lectes arabes. Le second, issu de la famille Voxtral, transcrit la darija et prend en charge des échanges mêlant arabe, français et anglais. Leur disponibilité prochaine en Open source doit permettre à d’autres acteurs de développer des applications. Le ministère inscrit ces travaux dans la recherche d’une IA «utile, souveraine et adaptée aux réalités marocaines ». Il met également en avant «la capacité du Maroc à maî- triser ses choix technologiques». L’enjeu est donc double : améliorer les services et donner aux acteurs locaux davantage de prise sur leur développement. L Avec la darija, le développement de l’intelligence artificielle au Maroc touche un terrain concret : la langue des échanges quotidiens. Derrière les modèles présentés avec Mistral se dessine un enjeu économique et social. Celui de transformer des technologies encore peu adaptées au contexte local en services utilisés par les citoyens et les entreprises. Par K . A.
a darija gagne du terrain dans l’intelligence artificielle. Longtemps moins présente que l’anglais, le français ou l’arabe standard dans les ressources utilisées pour déve- lopper les modèles, elle devient un sujet de recherche et de poli- tique numérique. Cette évolution rapproche les plateformes numé- riques des conversations de tous les jours. Dans une même discussion, les Marocains passent de la darija au français, emploient des termes administratifs en arabe, glissent parfois quelques mots d’anglais. Les démarches en ligne, elles, imposent souvent une langue et un vocabulaire précis. Réduire ce décalage suppose désormais de passer des démonstrations aux services. C’est sur ce terrain que s’inscrivent les deux modèles présentés le 29 septembre par le ministère de la Transition numérique et Mistral AI. Le premier identifie différents dia-
tives restent à concrétiser. Pour les entreprises marocaines, la question sera celle du gain réel. Combien de temps écono- misé sur un appel ? Combien de corrections nécessaires dans un entretien transcrit ? Combien de demandes correctement orientées ? Le succès commercial dépendra de ces résultats, davantage que de la capacité d’un assistant à tenir quelques échanges en darija. Dans les services publics, la portée pourrait être plus large. La voix offre une piste pour les usagers peu à l’aise avec l’écrit ou les formu- laires. Encore faut-il que la réponse soit exacte et la démarche acces- sible jusqu’au bout. Comprendre la langue sans résoudre la demande laisserait les mêmes frustrations. L’annonce Maroc-Mistral ne marque toutefois pas le début de la recherche sur la darija. Dès 2024, Atlas-Chat a montré qu’une spécialisation linguistique pou- vait améliorer les performances des modèles. Développé par une équipe portée par le laboratoire français de l’université Mohamed bin Zayed d’intelligence artificielle, le projet compte parmi ses auteurs des chercheurs affiliés notamment à l’UM6P. Son équipe a constitué un ensemble de 458.000 exemples d’instructions en réunissant des ressources existantes, des conte- nus créés et des traductions contrôlées. Dans leurs travaux, Guokan Shang, Hadi Abdine et leurs coauteurs soulignent le désé- quilibre entre les langues riches en données et celles qui restent sous- représentées. La darija appartient à cette seconde catégorie. Très présente dans les échanges, elle
L’autonomie à l’épreuve des faits
Le défi sera désormais de confron- ter les outils à la diversité des usages. Accents régionaux, bruit, débit rapide, expressions locales : les conditions d’une conversation réelle offrent peu de répit. Le com- muniqué du ministère ne détaille ni les taux d’erreur de transcrip- tion ni les performances selon les accents. Ces données seront nécessaires pour apprécier la por- tée des modèles présentés. L’ouverture annoncée pourrait favoriser leur appropriation par les chercheurs et les entreprises. Elle devra s’accompagner de condi- tions d’utilisation claires, de com- pétences et de moyens pour assu- rer la maintenance. La maîtrise technologique se mesure aussi à la possibilité de corriger un modèle, de le faire évoluer et de choisir où les données sont traitées. Une IA adaptée au Maroc devra enfin élargir son horizon linguis- tique. La darija constitue un pre- mier terrain. L’amazigh et les usages multilingues du pays devront également être intégrés. Le marché se construira autour de besoins précis et de services fiables. Pour gagner sa place, l’IA en darija devra apporter mieux qu’une conversation familière : un résultat utile. ◆
Un marché à construire Les centres de relation client, les médias ou les administrations constituent des terrains possibles. Une transcription exploitable, une orientation plus rapide ou un clas- sement des demandes pourraient y trouver leur place. Ces perspec-
Les modèles développés avec Mistral doivent faciliter le traitement de la darija, y compris dans les échanges mêlant arabe, français et anglais.
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