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"$56"-*5 4r/&84 LE DÉBAT SUR UNE CIA CANADIENNE A ÉTÉ INFLUENCÉ PAR DIVERS FACTEURS

JIM BRONSKILL La Presse Canadienne

Le long débat sur la création d’une agence canadienne de renseigne- ment extérieur a été influencé par des pressions venant des alliés, des restrictions budgétaires et des rivali- tés internes au sein du gouvernement fédéral, indique une nouvelle étude. La plupart des discussions autour d’un tel projet se sont déroulées par notes secrètes ou derrière des portes closes. j&TQJPOOFSPVOFQBTFTQJPOOFSvFTU une nouvelle étude du chercheur et ancien analyste du renseignement, Alan Barnes. Ce dernier s’est plongé dans les dernières archives rendues publiques afin de retracer l’histoire des discussions officielles sur le sujet. Les relations houleuses avec les États- Unis au cours de la dernière année ont provoqué de nouvelles discussions sur l’opportunité pour le Canada de se doter de sa propre agence de renseignement extérieur. La compréhension des délibérations passées sur une agence canadienne de renseignement extérieur «est un élément JNQPSUBOUEVOEÊCBUQVCMJDÊDMBJSÊvTVSMB question, dit M. Barnes, chercheur principal ÆMB/PSNBO1BUFSTPO4DIPPMPG*OUFSOBUJP - nal Affairs de l’Université Carleton. L’article de M. Barnes, publié par le Canadian Foreign Policy Journal, explique comment l’examen prudent par le Canada de l’idée d’un service d’espionnage interna- tional remonte à au moins huit décennies, aux jours qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Pendant la guerre, le Canada a déve- loppé la capacité de collecter électroni- quement des renseignements d’origine électromagnétique. Le Comité mixte du renseignement a coordonné les activités de renseignement étranger et produit des évaluations, et la GRC a recueilli des informations sur les menaces à la sécurité intérieure. Il manquait toutefois une organisation opérant à l’extérieur du Canada pour recueil- lir clandestinement des renseignements étrangers à l’aide de sources humaines, à l’instar du Service secret britannique (MI6) et de la Central Intelligence Agency (CIA) américaine, écrit M. Barnes. j/ÊBONPJOT MPSTRVFMFTSFTQPOTBCMFT ont réfléchi à la forme que prendrait la communauté du renseignement après la guerre, l’idée de créer une agence de SFOTFJHOFNFOUÊUSBOHFSÊUBJUEBOTMBJSv  indique l’article. Un agent du SIS s’est rendu à Ottawa en 1951 pour discuter de la création d’un service d’espionnage canadien avec l’aide de la Grande-Bretagne. Cela a donné lieu à une proposition visant à créer une agence de taille modeste qui, selon M. Barnes, aurait agi dans les Caraïbes. Le projet a été progressivement revu à la baisse et n’a finalement abouti à rien. «Ce n’était que la première proposition EFDFUZQFÆDPOOBÏUSFDFTPSUv JOEJRVF l’article. /ÊBONPJOT MF$BOBEBTVCJTTBJUVOF pression croissante de la part de ses

Une salle d’écoute au musée Diefenbunker de la Guerre froide, à Carp, en Ontario, le 8 juillet 2015. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick

alliés pour qu’il contribue davantage au groupe collectif de renseignements, écrit M. Barnes. La CIA a informé Ottawa de l’intérêt des États-Unis pour mener des interrogatoires au Canada sur les transfuges et les immi- grants du bloc soviétique. «Cela a galvanisé l’attention des respon- sables à Ottawa, qui craignaient que si le Canada ne faisait pas le travail, les alliés le GFSBJFOUFVYNËNFTv JOEJRVFMFEPDVNFOU Le cabinet fédéral a donné son feu vert à MBDSÊBUJPOEVOFjPSHBOJTBUJPOEFOUSFUJFOv en avril 1953. À la fin des années 1950, cette orga- nisation a élargi son champ d’action pour inclure les débreffages de Canadiens — souvent des hommes d’affaires ou des scientifiques — à leur retour de voyages dans le bloc soviétique, écrit M. Barnes. Cette activité se rapprochait désor- mais de la collecte de renseignements à l’étranger, «avec les risques personnels et QPMJUJRVFTRVFDFMBDPNQPSUBJUv JOEJRVFMF document. Crise cubaine À Cuba, après que les États-Unis eurent rompu leurs relations diplomatiques avec le régime de Castro, le Canada a fourni à 8BTIJOHUPOEFTSBQQPSUTEJQMPNBUJRVFT détaillés provenant de l’ambassade cana- dienne à La Havane, note l’auteur. «Après la crise des missiles cubains de 1962, à la demande des États-Unis, le Canada a intensifié ses activités de collecte de renseignements à Cuba en affectant un agent supplémentaire à plein temps à DFUUFUÄDIFv À un moment donné, John Starnes, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères qui allait plus tard diriger le ser- vice de sécurité de la GRC, a été approché par un agent de la CIA qui a plaidé avec force en faveur de l’engagement du Canada dans la collecte secrète de renseignements à l’étranger. «Il a été déconcerté par la réponse de M. Starnes, qui ne voyait aucun avantage direct pour le Canada à disposer d’une organisation qui servirait principalement

les intérêts d’autres pays, ni aucun besoin vital d’informations gouvernementales qui ne pourrait être satisfait plus efficacement QBSEBVUSFTNPZFOTv JOEJRVFMFEPDVNFOU Le SCRS La GRC a commis des effractions illé- gales, volé une liste des membres du Parti québécois et incendié une grange pour empêcher la tenue d’une réunion, autant d’événements qui ont contribué à la créa- tion du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) en 1984. Lors d’une première réunion des sous- ministres pour discuter du nouveau service de renseignement proposé, l’idée a été émise de «créer une unité distincte de collecte de renseignements, en particulier en ce qui concerne les renseignements étrangers, sur le modèle des arrangements en vigueur en Grande-Bretagne et en Aus- USBMJFv JOEJRVFMFEPDVNFOU Les responsables estimaient que les ren- seignements économiques et commerciaux revêtaient une importance croissante et que MBEJTUJODUJPOFOUSFjTÊDVSJUÊOBUJPOBMFvFU jJOUÊSËUOBUJPOBMvOÊUBJUTPVWFOUQBTDMBJSF Mais la loi régissant le SCRS n’allait pas jusqu’à donner à la nouvelle agence le pouvoir de recueillir des renseignements étrangers à l’étranger. &MMFBVUPSJTFMBDPMMFDUFEFSFOTFJHOF - ments liés à la sécurité — tels qu’une attaque terroriste en préparation — tant au Canada qu’à l’étranger, ainsi que la collecte de renseignements étrangers au Canada à la demande du ministre des Affaires étrangères ou du ministre de la Défense. &OUSFMFTBOOÊFTFU QMV - sieurs propositions ont été faites pour créer une agence canadienne de renseignement étranger «plus ou moins détaillées et com- QMÍUFTv FYQMJRVF.#BSOFT «Ces propositions ont été motivées par les préoccupations des responsables à Ottawa quant à la meilleure façon d’adapter les capacités du Canada en matière de renseignement étranger afin de répondre aux nouvelles exigences de l’après-guerre froide, puis à la nouvelle situation interna- UJPOBMFDSÊÊFQBSMFTFQUFNCSFv ÊDSJUJM

j&MMFTSFáÊUBJFOUMFQPJOUEFWVFDBOB - dien – plutôt que celui des alliés – sur ce qui était nécessaire. Mais le débat au sein de la bureaucratie a été compliqué par des interprétations divergentes de la raison d’être d’une «agence de renseigne- NFOUÊUSBOHFSvFUQBSVOáPVBVUPVSEFT DPODFQUTEFSFOTFJHOFNFOUjÊUSBOHFSvFU EFSFOTFJHOFNFOUjEFTÊDVSJUÊv M. Barnes rapporte que cette période a été marquée par une rivalité entre le minis- tère des Affaires étrangères du Canada et le SCRS pour savoir quelle organisation devait diriger les activités de collecte de renseignements à l’extérieur du Canada. «Cette rivalité semble actuellement en suspens, mais la question n’a pas été réglée, indique le document. Les deux orga- nisations estiment probablement qu’elles sont les mieux placées pour assumer cette tâche si un futur gouvernement décide d’étendre les activités de collecte de renseignements étrangers du Canada à MÊUSBOHFSv M. Barnes affirme que la question financière a joué un rôle déterminant dans l’échec d’une proposition visant à créer une agence de renseignement étranger au milieu des années 1990. Les différentes propositions formulées au fil des ans pour la création d’une telle agence ne tenaient pas pleinement compte du coût, écrit-il. «La plupart des documents minimisaient cette question ou la repor- UBJFOUÆVOFÊUVEFVMUÊSJFVSFv L’élément le plus fondamental qui manquait à ces propositions était la clarté quant aux informations spécifiques dont le Canada avait besoin pour formuler des politiques étrangères ou de défense «qui ne pouvaient être fournies que par une nouvelle agence de renseignement étranger, ÆVODPÚUàOBODJFSFUQPMJUJRVFBDDFQUBCMFv  indique le document. «La plupart des propositions ne pré- sentaient qu’une idée très générale du type d’informations qu’une agence secrète pourrait fournir, ou supposaient simplement RVVOFUFMMFBHFODFTFSBJUVUJMFv

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