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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026

renforcer sa souveraineté numé- rique tout en conciliant les enjeux énergétiques et réglementaires. Dans ce contexte, la souveraine- té des données devient un sujet aussi important que la puissance de calcul. Les gouvernements sou- haitent de plus en plus conserver certaines données stratégiques sur leur territoire et développer des infrastructures capables de répondre à leurs exigences de sécurité. Pour le Maroc, cette transformation ouvre de nouvelles opportunités. Le Royaume dispose de plusieurs atouts : stabilité politique, proxi- mité avec l'Europe, position géo- graphique stratégique et potentiel important dans les énergies renou- velables. Le gouvernement affiche d'ailleurs des ambitions élevées. Le Maroc vise une contribution de l'intelligence artificielle à hauteur de 100 milliards de dirhams au PIB d'ici 2030 et prévoit le dévelop- pement de nouvelles infrastruc- tures numériques, de centres de données souverains ainsi que le renforcement des capacités cloud nationales. Le projet de data center de 500 MW alimenté par des énergies renouvelables à Dakhla s'inscrit dans cette stratégie. Au-delà de la capacité de calcul, il s'agit de posi- tionner le Royaume comme une plateforme numérique régionale capable de servir à la fois l'Afrique et l'Europe. Pour Belhajjame, les fondamentaux sont présents mais le facteur temps sera déterminant. «Le Maroc est bien positionné pour profiter de cette vague, notamment grâce à sa stabilité, sa proximité avec l'Europe, sa position géogra- phique comme porte d'entrée vers l'Afrique, et la qualité de ses res- sources humaines dans les métiers technologiques» , explique-t-il. Le spécialiste estime néanmoins que le pays devra accélérer sur plusieurs fronts à la fois : infras- tructures, compétences, investis- sements, innovation et gouver- nance des données. «Il ne suffit pas d'être bien positionné géogra- phiquement, il faut aussi construire l'écosystème, attirer les investisse- ments, retenir les talents et don- ner aux acteurs locaux les moyens d'expérimenter rapidement» , conclut-il. ◆

gétique et de coût d'exploitation absolument critiques. Cette réa- lité pousse les opérateurs à revoir leurs stratégies. Refroidissement liquide, optimisation énergétique, contrats d'approvisionnement à long terme et recours accru aux énergies renouvelables deviennent des critères de compétitivité. «Le développement des data cen- ters IA ne peut pas se faire sans une stratégie énergétique claire. Il faut maîtriser les coûts, sécuriser l'approvisionnement et anticiper les risques liés aux crises énergé- tiques», ajoute-t-il. Cette évolution modifie également la hiérarchie mondiale des territoires attractifs pour les infrastructures numé- riques. Les États-Unis demeurent aujourd'hui le principal centre de gravité mondial grâce à la pré- sence des hyperscalers comme Amazon, Microsoft, Google ou Meta. Les pays du Golfe accélèrent également leurs investissements dans l'IA afin de diversifier leurs économies et d'attirer les infras- tructures du futur. L'Europe, de son côté, cherche à  L'IA générative a changé la manière dont les entreprises regardent leurs infrastructures numériques.

Au Maroc, cette transition est déjà perceptible. Les opérateurs télécoms, les banques, les admi- nistrations et plusieurs grandes entreprises multiplient les initia- tives autour de l'IA. Toutefois, le pays reste encore dans une phase de montée en puissance. «Les infrastructures actuelles peuvent absorber certains projets pilotes ou des usages cloud ponctuels, mais pour une adoption massive et souveraine de l'IA, il faudra ren- forcer la capacité data center, la connectivité, la gouvernance des données, les compétences tech- niques et la vision stratégique», estime Belhajjame. Selon lui, la culture de prudence observée dans une partie du tissu économique marocain peut éga- lement ralentir l'adoption. «Chez beaucoup de dirigeants marocains, l'approche dominante reste assez conservatrice : attendre de voir ce qui fonctionne ailleurs, observer les retours d'expérience des marchés étrangers, puis éventuellement faire appel à un cabinet de conseil lorsqu'il devient urgent de réagir». Cette approche contraste avec celle des grands acteurs interna- tionaux qui multiplient les investis- sements afin de prendre position dès aujourd'hui sur les infrastruc- tures qui supporteront l'économie

de demain.

L'infrastructure devient le nerf de la guerre Si les GPU concentrent une partie de l'attention médiatique, le véri- table défi auquel fait face l'indus- trie concerne désormais l'énergie. Les centres de données spécia- lisés dans l'intelligence artificielle consomment des quantités consi- dérables d'électricité. Les modèles les plus avancés nécessitent des milliers de processeurs fonction- nant en permanence et produisent une chaleur importante qui impose des dispositifs de refroidissement sophistiqués. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la consommation élec- trique mondiale des data centers pourrait plus que doubler d'ici 2030 sous l'effet de l'essor de l'intelli- gence artificielle. Les centres de données figurent désormais parmi les principaux moteurs de la crois- sance de la demande électrique dans plusieurs régions du monde. Selon Belhajjame, cette question devient centrale dans les décisions d'investissement. Les workloads IA consomment énormément d'énergie et génèrent beaucoup de chaleur. Cela rend les sujets d'alimentation électrique, de refroidissement, d'efficacité éner-

Derrière la révolution de l'intelligence artificielle se joue une bataille moins visible mais décisive : celle des infrastructures capables d'alimenter les modèles de demain.

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