FNH N° 1164

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FINANCES NEWS HEBDO / JEUDI 12 SEPTEMBRE 2024

CULTURE

«Le film aborde des réalités que beaucoup de Marocains connaissent, mais dont on parle peu» Cinéma/Triple A

de défense face à la dureté de la réalité.

F.N.H. : Votre film a remporté de nombreux prix internatio- naux. Comment réagissez- vous à cette reconnaissance mondiale, et que signifie-t- elle pour vous ? J. E. B. : C’est toujours une grande satisfaction de voir un travail reconnu au niveau international. Pour moi, ces prix ne sont pas seulement une validation personnelle, mais surtout une reconnaissance des probléma- tiques que j'aborde dans Triple A. Cela prouve que, peu importe d'où nous venons, des questions comme la marginalisation sociale, le trafic d'organes ou l'impact des injustices sur les individus résonnent à tra- vers les frontières. Ce succès signi- fie que mon équipe et moi avons réussi à toucher les gens et à créer des histoires qui transcendent les contextes locaux. Cependant, au- delà des récompenses, ce qui m’im- porte le plus est la réaction du public, le débat que le film peut susciter, et l’impact qu’il peut avoir sur la manière dont ces sujets sont perçus, au Maroc comme ailleurs. F.N.H. : Quel retour du public marocain espérez-vous avec la sortie nationale du film, surtout après cette tournée cinématographique à travers le pays ? J. E. B. : J’espère sincèrement que le public marocain accueillera Triple A avec autant d’ouverture et de réflexion que le public international. Le film aborde des réalités que beaucoup de Marocains connaissent, mais dont on parle peu, et je souhaite que les spectateurs se sentent touchés par l’humanité des personnages. Plus qu’un simple divertissement, Triple A est une invitation à réfléchir sur des questions sociales majeures. Après avoir présenté le film dans plusieurs villes à travers le pays, j’ai pu voir les réactions et l’émotion qu’il suscite, et cela me donne beaucoup d’espoir. J'espère que Triple A incitera les gens à parler de ces sujets difficiles avec plus de franchise, à reconnaître qu'ils existent et à envisager des solutions, ne serait-ce qu’en ouvrant le dialogue. ◆

En salles depuis le 11 septembre, Triple A met en scène trois histoires sombres et poignantes qui se croisent autour d'une intrigue bien ficelée, sublimée par un casting de grands noms. L'humour, discret mais pré- sent, vient nuancer la cruau- té des images et du récit. Dans cet entretien, la réali- satrice Jihane El Bahhar se livre sur les inspirations qui ont nourri son dernier opus.

Propos recueillis par M. Ait Ouaanna

Finances News Hebdo : Tout d’abord, qu'est-ce qui vous a poussée à réaliser un film abordant des thématiques aussi sensibles que le trafic d'organes, la pratique illégale de la médecine et la marginali- sation sociale ? Jihane El Bahhar : Ce sont des sujets qui me préoccupent profondément, car ils sont non seulement tabous, mais également ancrés dans une réa- lité sociale que nous avons tendance à ignorer ou minimiser. L'idée derrière Triple A était de mettre en lumière des problématiques auxquelles des indi- vidus réels sont confrontés au quoti- dien, des questions qui existent dans l'ombre de notre société. Le trafic d’organes et la médecine illégale sont des formes de violence sociale silen-

cieuses, mais puissantes, qui touchent les plus vulnérables. En tant que réali- satrice, je ressens une responsabilité artistique de briser le silence autour de ces thèmes et de provoquer une réflexion à la fois sociale et éthique. Il est crucial pour moi d'aborder ces réa- lités sans les romancer, tout en offrant une plateforme pour que les specta- teurs puissent s'identifier aux person- nages et réfléchir à ces injustices. F.N.H. : «Triple A» mélange drame et comédie noire. Comment avez-vous trouvé cet équilibre délicat tout en trai- tant des sujets sensibles ? J. E. B. : C'est un défi, mais un défi que j'ai trouvé nécessaire pour cap-

ter l'attention du public et aborder des sujets aussi sombres de manière accessible. La comédie noire permet de traiter des thématiques graves sans tomber dans un ton morose ou déprimant. Ce mélange de genres donne une certaine légèreté, tout en renforçant l’impact émotionnel des situations complexes que vivent les personnages. En associant le drame et la comédie noire, j’ai voulu créer un équilibre qui permet au public de réfléchir et de ressentir l’injustice tout en leur laissant la possibilité de rire de l’absurde des situations. Le but était d'amener les spectateurs à se poser des questions sans les acca- bler, en trouvant ce point d'équilibre où l'humour devient un mécanisme

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