« Un espace qui nous lie à la nature nous transporte dans un état de sérénité. »
Le sous-titre de notre exposition est « Architec ture for the Senses ». Quand tu penses à l’œuvre de Geoffrey Bawa : quelle image, quel sentiment ou quel moment te vient à l’esprit en premier ? Number 11, la maison de Geoffrey à Colombo, a servi pendant plusieurs années de bureau du Trust. Pendant les six années où j’ai travaillé là- bas, ce qui m’a particulièrement fascinée est la manière dont la lumière traversait la maison. Loggias, cours intérieures et jours-d’en-haut for- ment une sorte d’horloge solaire commune et mettent, au fil de la journée, d’autres pièces en avant. La maison se transformait entièrement – et restait pourtant, et dans la claire lumière du jour, et pendant une pluie de mousson, tout aussi magique. Même si nous séjournions souvent dans cette maison relativement petite, chaque expérience avait à nouveau quelque chose de magique. Ça vaut aussi pour Lunuganga, peut- être même plus – et à vrai dire, pour toutes les constructions de Bawa, même si je parle ici sur- tout de l’endroit où j’ai passé le plus de temps. Quand une pièce te relie d’une telle manière avec la nature ou les éléments naturels, elle te situe et te calme. C’est dans cela que réside jus- tement l’attirance particulière de l’architecture de Bawa. Pendant ta période passée au Geoffrey Bawa Trust – lors de l’exploration et de l’organisation de ses archives, ainsi que pendant la direction d’un projet Oral-History –, tu t’es sûrement fait une image de « GB » en tant que personne ? Puisque je ne l’ai jamais rencontré personnelle- ment, je m’appuie sur les souvenirs des autres. Les conversations que j’ai menées avec de nom- breux collègues, commanditaires et amis montrent qu’il avait de multiples facettes : pour certains, une autorité en matière de conception architecturale ; pour d’autres, un ami fiable, très regretté. En même temps, il était souvent réservé et discret. Ce qui m’impressionne particulière- ment, c’est la clarté et la précision de ses textes, sa capacité à exprimer beaucoup en peu de mots et son formidable sens de l’humour.
Cette plénitude complexe est composée soi- gneusement dans l’ébauche architecturale de Bawa. Tout aussi centrale est la manière dont son architecture réagit à l’endroit et implique la nature. Bawa était à tout point de vue sensible au contexte – pour la topographie, le climat et les conditions socio-économiques d’un projet. De cette compréhension, il a développé une ma- nière de construire qui perdure et qui inspire jusqu’à nos jours, plus de deux décennies après sa mort. À ton avis, quelles perspectives les visiteurs vont-ils retenir de l’exposition ? J’espère qu’il sera évident qu’une partie de la force de Bawa résidait dans sa capacité hors du commun de réunir des équipes interdisciplinaires et d’utiliser les forces de chacun – afin que soit créée une architecture, dans laquelle le tout est plus que la somme de ses parties. En même temps son travail est profondément ancré dans l’époque de sa création et parait pourtant intem- porel – une qualité distinctive des travaux créa- tifs les plus convaincants.
Außenansicht, Haus für Pradeep Jayewardene, Mirissa, Sri Lanka, 2026
Est-ce que tu peux esquisser brièvement le contexte de sa création ? Bawa a travaillé pendant une époque très diffi- cile au Sri Lanka. Sa carrière a démarré en 1948, pendant l’année de l’indépendance de l’Empire colonial britannique. À partir de 1953, le pays a vécu une série de révoltes et d’agitations ainsi qu’une guerre civile à partir de 1983, qui durait encore quand Bawa est mort en 2003. Les des- sous socio-économiques et politiques sont com- plexes. Même s’ils ne sont pas au centre de l’exposition, nous essayons de rendre leurs conséquences sur l’architecture et le design visibles. Les aspects sensuels, bon marché et locaux de son architecture sont légèrement exo- tisés ou exagérés – alors qu’ils sont avant tout à comprendre comme une réponse directe aux conditions dans lesquelles il travaillait. Avec l’exposition, nous voulons inviter un public international à redécouvrir l’œuvre de Bawa. Quelles sont, selon toi, ses caractéristiques principales ? L’architecture de Geoffrey Bawa est profondé- ment sensuelle et a en même temps une qualité cinématographique – quand on en fait l’expé- rience, on est entièrement conquis. La construc- tion et les surfaces semblent intentionnellement effacées et sont souvent fabriquées à partir de matériaux facilement accessibles. Ce sentiment de simplicité est en même temps élargi par une forme particulière du luxe : des points de vue précisément encadrés, des pièces pleines de lumière naturelle ainsi que l’art et les objets qui semblent être indissociables de l’architecture.
Luftaufnahme, Universität Ruhuna, Matara, Sri Lanka, 2026
FR Geoffrey Bawa, un des architectes les plus influents de l’Asie du XXe siècle, créa des pièces dans lesquelles la lumière, le paysage et l’ar chitecture fusionnent en une expérience pro fondément sensuelle. À l’occasion de la rétrospective au Vitra Design Museum, le com missaire d’exposition Johan Deurell et la co- commissaire Shayari de Silva du Geoffrey Bawa Trust évoquent l’atmosphère particulière de ses édifices et l’imprégnation historique de son œuvre. Leur conversation met en lumière une approche de l’ébauche architecturale qui est profondément ancrée dans le contexte gé néral et développée en communion avec la nature – ce qui la rend justement étonnamment actuelle de nos jours. En même temps, il ouvre de nouvelles perspectives sur un héritage créa tif qui inspire jusqu’à aujourd’hui la construc tion de formes responsables et imaginatives.
Innenansicht des Wohnzimmers, Number 11, Colombo, Sri Lanka, 2026
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