SOCIÉTÉ
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 19 FÉVRIER 2026
Grève des avocats «Nous avons gagné une bataille, mais pas encore la guerre»
atteinte aux fondements consti- tutionnels du procès équitable.
F. N. H. : Cette suspen- sion de la grève marque- t-elle une victoire pour les avocats ou s’agit-il d’une trêve conditionnée à l’is- sue du dialogue ? Me O.B. : Les avocats esti- ment qu’une guerre est menée contre eux par le ministère de la Justice et, en arrière- plan, par le pouvoir judiciaire. Deux pouvoirs pourtant cen- sés être indépendants, selon la Constitution, et qui se liguent contre la défense. Nous avons gagné une bataille, mais pas encore la guerre. Malheureusement, vouloir ins- taurer une justice sans défense constitue une atteinte à l’ordre constitutionnel et à la paix civile: il s’agit d’une justice poli- ticienne plutôt que d’une justice judiciaire, respectueuse du pro- cès équitable et d’un pouvoir de défense indépendant. Tout en saluant l’initiative du chef du gouvernement, nous restons vigilants, car le minis- tère de la Justice pourrait inter- férer dans le bon fonctionne- ment de la commission mixte, tant du côté de l'exécutif que de celui de l’ABAM. F. N. H. : Quel message adressez-vous à l’opi- nion publique après cette période de mobilisation et de perturbation des ser- vices ? Me O.B. : L’opinion publique doit savoir que les avocats ne se mobilisent ni pour une aug- mentation de salaire, ni pour une retraite, encore moins pour de meilleures conditions de tra- vail. Ils se mobilisent pour un pou- voir de défense fort, capable de défendre la société, les indivi- dus, les familles, les entreprises et les organisations devant les pouvoirs judiciaire et exécutif de l’État. La défense doit consti- tuer un pouvoir d’équilibre face au pouvoir d’injonction, comme le prévoit la Constitution et les traités internationaux.
Après plusieurs semaines de grève et de tensions autour du projet de loi n°66-23, les avocats ont décidé de suspendre leur mouvement, à la suite de l’intervention de l’exécutif. La mise en place d’une commission mixte est perçue comme un signal d’ouverture et un premier pas vers la reprise du dialogue. Entretien avec Me Omar Bendjelloun, docteur en droit international, avocat aux Barreaux de Rabat et Marseille et expert associé en droit et science politique.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Quelles garanties avez- vous obtenues pour mettre fin à la grève ? Estimez-vous que les revendications essen- tielles des avocats ont été entendues ? Me Omar Bendjelloun : Un pas positif a été franchi par le chef du gouvernement, celui du retrait du dossier de la réforme de la loi professionnelle des mains du ministre et du minis- tère de la Justice, afin qu’il soit traité au niveau de l'exécutif. Une commission mixte a ainsi été mise en place entre l’exé- cutif et la présidence de l’As- sociation des barreaux des avocats du Maroc (ABAM), loin du ministre de la Justice. Elle aura pour mission de définir les mécanismes et les postulats de négociation.
F. N. H. : En quoi la créa- tion de cette commission mixte sous la supervision du chef du gouvernement constitue-t-elle une avan- cée concrète ? Comment garantir que le projet de loi n°66-23 ne sera pas transmis au Parlement avant la fin de ses tra- vaux ? Me O.B. : Après que le minis- tère de la Justice, composé notamment de magistrats appartenant au Conseil supé- rieur du pouvoir judiciaire, ainsi que son ministre se sont retour- nés contre l’accord conclu avec l’Association des barreaux des avocats du Maroc, ils ont pré- senté un projet de loi vidant le pouvoir de défense de son essence, en contradiction avec la Constitution. La reprise du dossier par l’exé- cutif, à la suite de la levée de boucliers des robes noires, constitue un pas positif et un
gage de confiance que nous saluons. Le chef du gouver- nement s’est engagé à ne transmettre le projet de loi au Parlement qu’en cas d’accord avec les avocats. Dont acte. Quels sont désormais les points prio- ritaires que la profession souhaite défendre dans le cadre du débat autour du projet de loi ? F. N. H. : Me O.B. : C’est l’esprit et la philosophie même de ce pro- jet de loi qui pose problème. L’indépendance et l’immunité des avocats constituent la subs- tance du pouvoir de défense et de sa mission universelle, reconnue par la Constitution comme composante essentielle du procès équitable et de la justice. Du concours à la discipline, en passant par l’audience ou le maniement des fonds, ces prin- cipes seraient affectés, portant
La défense doit être un pouvoir d’équilibre face au pouvoir d’injonction, comme le prévoit la Constitution et les traités internationaux.
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