SOCIÉTÉ
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 19 FÉVRIER 2026
comme le signe d’une évolu- tion profonde des mentalités et d’un engagement grandis- sant en faveur de la cause animale. « Ce que j’ai vu m’a profon- dément touchée. Cette jeu- nesse marocaine qui agit sans attendre qu’on lui dise quoi faire. Qui ne sépare plus la cause humaine de la cause animale. Pour eux, sauver un voisin et sauver un chien ne sont pas deux combats diffé- rents. Certains gestes étaient très courageux, comme entrer dans l’eau pour récupérer un chien ou un chat, partager son propre espace et ses res- sources avec les petits res- capés effrayés… Ce sont des actes d’empathie profonde, et cela prouve que la société évolue plus vite que les lois. La reconnaissance officielle de la protection animale reste limitée, mais dans les cœurs, quelque chose a changé», confie Wiam. Qui voit dans cette mobili- sation «une génération qui refuse l’indifférence, qui agit et qui inspire». Selon elle, « les forces de l’ordre ont également accom- pli un travail remarquable et continuent d’aider les ani- maux à ce jour. Des vétéri- naires se sont mobilisés pour soigner les rescapés. A mon sens, c’est cette synergie entre citoyens, autorités et professionnels qui peut mar- quer un véritable tournant. Si nous savons transformer cet élan de solidarité en enga- gement pour le long terme au profit du bien-être animal, alors cette tragédie n’aura pas été vaine» , affirme-t-elle. À Ksar El Kébir et dans les régions avoisinantes, les habitants ont regagné pro- gressivement leurs foyers, après des évacuations qui ont concerné 154.309 personnes. Avec l’espoir, au milieu de ce chaos, de retrouver leurs ani- maux, sauvés in extremis par des mains anonymes ou mis à l’abri par solidarité. ◆
son jet-ski dans plusieurs régions et douars inondés, notamment à Ksar El Kebir, particulièrement touchée par les crues. À lui seul, il a pu porter assis- tance à près de 60 personnes et de nombreux animaux. Son engagement l’a également conduit à Dar Gueddari, dans la région de Sidi Kacem, à Oulad Ameur à Sidi Allal Tazi dans la province de Kénitra, ainsi que dans plusieurs autres douars durement tou- chés. «Cette expérience humaine restera gravée dans ma mémoire. Les Marocains ont fait preuve d’une grande solidarité. Je ne pouvais pas rester indifférent face à la détresse humaine et animale. Le plus important, c’est ce sentiment de servir l’autre sans rien attendre en retour» , confie-t-il. Conscient des risques, il pré- parait minutieusement cha- cune de ses interventions, notamment par la consulta- tion d’applications météoro- logiques, la vérification de la direction et de la vitesse du vent, ainsi que la surveillance des marées. Parmi les nom- breux sauvetages, un l’a par- ticulièrement ému : celui d’un malvoyant, terrorisé à l’idée de monter à bord. «Il appré- hendait vraiment, mais j’ai tout fait pour le rassurer. Je me suis même blessé lors d’une manœuvre délicate, mais l’es- sentiel était qu’il arrive sain et sauf» , raconte-t-il. Wiam Raoui est, elle aussi, engagée pour la cause ani- male depuis 2017, comme le montre sa page Instagram @ loveandsavecats. « Honnêtement, ça a été très difficile à vivre. Même à dis- tance, on ne se sent pas vrai- ment loin quand on reçoit des vidéos des inondations, les appels à l’aide de bénévoles paniqués… Et on ressent de l'impuissance de ne pas pou- voir être physiquement sur place. Quand on est engagé
dans la protection animale, on sait qu’en cas de catas- trophe, les animaux passent après, car il n’existe aucun cadre formel pour les inclure dans les plans d’évacuation. Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les petits chiens et chats errants mouillés avec le regard effaré, les pleurs des gens qui ont laissé leurs animaux enfermés, ce bétail abandonné faute de solu- tions. Ce sont des vies qui ressentent la peur, le froid et la faim» , se désole-t-elle. Et d’ajouter qu’« au Maroc la protection animale reste fragile, surtout en période de crise. Cette catastrophe a mis en lumière nos failles en matière de préparation et d’anticipation. Malgré tout, j’ai Soufiane a porté assistance à près de 60 personnes et de nombreux animaux, tandis que Meryem et son refuge ont évacué un nombre important de chats et pris soin des chiens abandonnés.
vu aussi des signes d’espoir, une sensibilité réelle envers les animaux et une volonté de ne pas les oublier. J’ai vu des élans spontanés d’entraide qui font chaud au cœur». En effet, cette catastrophe a mis en lumière une mobilisa- tion citoyenne des jeunes à travers les réseaux sociaux. Un élan que Wiam analyse
Les intempéries et les crues ont bouleversé le quotidien des habitants, pas moins de 154.000 personnes ont été évacuées.
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