BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 19 FÉVRIER 2026
Ouverture du capital Ryad Mezzour exhorte les industriels à passer à l’action Le ministre de l’Industrie et du Commerce a profité de la certification de la première cohorte du programme «Croissance» pour interpeller directement les dirigeants d’entreprises industrielles sur les freins persistants à l’ouverture du capital. Il a pointé des réticences liées au contrôle, à la transparence et aux arbitrages stratégiques, malgré les mécanismes d’accompagnement proposés par l’écosystème financier. Par Y. Seddik
naires aux virages stratégiques (gouvernance, ouverture du capi- tal, discipline financière) ne va pas de soi. «On donne des clés pour l’opérationnel, pas toujours pour le changement stratégique», a-t-il relevé. Croissance ou érosion relative Au-delà des freins psychologiques et organisationnels, le ministre a replacé le débat dans une pers- pective macroéconomique. Dans une économie qui se développe assez rapidement, « l’influence relative» des entreprises qui ne se développent pas «diminuera natu- rellement» . Autrement dit, l’ab- sence de croissance substantielle expose à une érosion progressive des positions concurrentielles. Le parallèle avec le textile a servi d’illustration. Jadis moteur et inter- locuteur dominant des politiques industrielles, le secteur a vu son poids relatif reculer face à de nou- veaux pôles dynamiques. À l’in- verse, des segments comme les détergents, les produits d’entre- tien ou la biscuiterie ont démontré, selon lui, qu’une stratégie offen- sive peut déboucher sur des gains de parts de marché, y compris face à des multinationales. L’idée défendue est que l’accès aux capitaux n’est pas une fin, mais un accélérateur. «Si on vous supplie de prendre de l’argent, ce n’est pas pour vous enrichir» , a résumé le ministre, rappelant que l’objectif de la puissance publique reste la création de valeur, l’em- ploi et l’émergence de champions capables de « multiplier leur enver- gure par 5 ou par 10». Il a également défendu une lec- ture moins anxiogène de la trans- parence et de la gouvernance. Une entreprise «qui survit dans un environnement concurrentiel com- pliqué» disposerait, selon lui, des qualités nécessaires pour réussir sur « des marchés plus transpa- rents et plus structurés». La certification de cette première cohorte consacre une phase d’ap- prentissage et de structuration. Elle installe également un cadre de compréhension des exigences du marché, formalisation de la stra- tégie, alignement gouvernance- financement. ◆
Ryad Mezzour a livré une lecture directe des réticences persistantes vis-à-vis de l’ouverture du capital et, plus largement, du recours au marché.
L
a cérémonie, organisée à Casablanca à l’initiative du minis- tère et de la Bourse de Casablanca, avec l’appui de la CGEM et de l’AMMC, marque l’aboutissement d’un parcours d’accompagnement intensif. Les entreprises concer- nées, issues de secteurs jugés stratégiques (agroalimentaire, pharmaceutique, chimie-parachi- mie, électricité, métallurgie), ont suivi des modules centrés sur le «mindset entrepreneurial», la gou- vernance, les solutions de finan- cement et la construction d’une «equity story». Dès l’ouverture, le ministre a résu- mé en une formule le principal blocage observé sur le terrain : «Pas d’intérêt, pas d’action ». Une manière d’interroger, sans détour, la faible appétence d’une partie du tissu productif pour les méca- nismes de marché, alors même que «l’État, le régulateur et la place » multiplient les initiatives
pour faciliter l’accès aux capitaux. Malgré la pédagogie, les dispo- sitifs d’accompagnement et la simplification des démarches, la transformation concrète via les levées de fonds, introductions en Bourse ou encore les opérations d’ouverture du capital, reste en deçà des attentes. «On vous avait dit que c’était compliqué; on vous explique que c’est accessible; on vous aide même à voir comment le faire» , a-t-il insisté, soulignant l’écart entre les outils disponibles et leur utilisation effective. Quatre freins identifiés Le ministre a structuré son inter- vention autour de quatre fac- teurs récurrents remontés par les accompagnateurs du programme. • La peur de perdre le contrôle : l’ouverture du capital demeure associée, chez certains dirigeants, à une dilution du pouvoir déci- sionnel et à une exposition aux
exigences d’investisseurs et du régulateur. «Avoir des comptes à rendre à quelqu’un d’autre que soi» cristallise encore des réti- cences. • La crainte d’exposer des fragili- tés : dans un environnement perçu comme «dur avec les acteurs en situation de faiblesse», la trans- parence exigée par le marché est parfois vécue comme un risque. Le ministre a évoqué un cercle défavorable : rumeur de difficulté → resserrement bancaire → ten- sions fournisseurs → érosion de la confiance clients. • Le conservatisme stratégique : «on est très bien comme on est». Cette posture, selon lui, limite l’ambition de croissance. Grossir «trop vite» est redouté après des expériences malheureuses obser- vées dans certains secteurs. • La difficulté à convaincre l’ac- tionnariat : dans les structures familiales, l’adhésion des action-
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