Rapport Article 29 – Loi Énergie-Climat | Exercice 2023

Limites

Une échelle locale et un horizon de temps long

La biodiversité a la particularité de se situer à l’échelle locale et sur un horizon de temps long. Par exemple, la consommation d’un même volume d’eau sur un site de production n’aura pas le même impact en fonction de l’exposition de la région au stress hydrique et à des événements de sécheresse. Il paraît donc difficile d’avoir un prisme et un unique indicateur pour mesurer et piloter les impacts sur la biodiversité, contrairement au climat que nous associons aux émissions de gaz à effet de serre. À cela s’ajoute la problématique de la complétude, de la disponibilité de la donnée et de sa mise à jour. À titre d’exemple, les impacts sur les océans ne sont pas couverts par notre fournisseur de données Carbon4 Finance et CDC Biodiversité, bien que nous reconnaissions aujourd’hui le rôle majeur des eaux salées dans le maintien des écosystèmes et des services qu’ils rendent à l’économie réelle.

Ambitions Après la clôture de l’exercice 2023, nous avons intégré et endossé la présidence du groupe de travail de l’AFG sur la biodiversité. De bonnes pratiques commencent à émerger au sein de la sphère financière sur cette thématique , desquelles nous nous inspirerons dans nos travaux futurs. Plusieurs leviers complémentaires seront étudiés et pourraient ainsi être envisagés, tels que :

Des outils de reporting plutôt que d’analyse

La complexité des enjeux de biodiversité se matérialise par une complexité des méthodologies utilisées pour les modéliser. La biodiversité couvre des enjeux différents et la manière dont celle-ci interagit avec les modèles économiques des entreprises est diverse. Ainsi, analyser chacun de ces enjeux pour chacune des activités d’une entreprise ou de ses sites de production est un exercice compliqué. Dès lors, les métriques exposées dans cette partie sont de l’ordre du reporting, avant d’être de réels outils d’analyse des entreprises et de nos portefeuilles.

La mise en place de restriction sectorielle : les interdictions actuelles mises en œuvre dans le cadre de notre socle commun d’exclusion participent à réduire et gérer certains impacts et pressions (charbon thermique, tabac, controverses …). Cela étant, celles-ci permettent d’adresser la biodiversité plutôt en dérivé seconde, et ont, avant tout, été mises en place pour répondre en priorité à des enjeux liés au climat ou à des considérations sociales. Des lors, nous pourrions considérer à l’avenir une exclusion additionnelle plus directement liée aux enjeux de biodiversité via une restrictions sur certaines ressources ou produits fortement impactants. Le renforcement de la stratégie d’engagement : identification d’une liste prioritaire de sociétés avec lesquelles nous pourrions approfondir notre engagement sur cette thématique et plus précisément sur leurs externalités négatives. Du côté des coalitions d’investisseurs, nous pourrions également envisager de rejoindre une initiative de place.

Approfondissement de l’analyse des risques et opportunités : en complément de la cartographie des risques de durabilité en place, nous pourrions envisager l’utilisation de base de données en open source comme CDP et ses indicateurs relatifs à l’eau et aux forêts. Grâce à l’entrée en vigueur des normes de reporting extra-financières CSRD et de l’analyse de double matérialité qui devra être réalisée, ainsi que des quatre derniers objectifs de la Taxonomie européenne “Taxo 4”, nous anticipons un meilleur accès à une donnée uniformisée et reportée directement par les entreprises. Emergence du cadre scientifique Science Based Targets Network for Nature “SBTN” : sur le même principe que SBTi pour le climat, SBTN reconnaît la nécessité de développer des méthodes et des orientations sur la fixation d’objectifs scientifiques pour la biodiversité, l’eau, la terre et les océans. Il encourage les entreprises à réduire cinq pressions majeures sur la biodiversité par des objectifs axés sur l'évitement, la réduction, la restauration et la régénération. Les premiers dossiers “pilotes” ont été déposés, nous suivrons attentivement les retours d’expérience de ces entreprises et de l’initiative, quant au cadre et aux méthodologies utilisées.

Engagement

L’identification des éléments matériels sur lesquels nous pouvons engager avec une entreprise, afin de l’orienter sur des axes d’améliorations pertinents, relève aujourd’hui d’une approche au cas par cas. Nos échanges autour des enjeux biodiversité se font de manière ciblée, avec quelques entreprises (environ une dizaine en 2023) pour lesquels nous considérons l’exposition du modèle économique à la biodiversité comme significative. Nous considérons qu’il est encore prématuré de formuler des axes d’amélioration prescriptifs et choisissons d’encourager l’adoption et la mobilisation au sein des cadres émergents : CSRD, Taxo 4, TNFD ou SBTN.

Mettre en place une stratégie, des objectifs et des trajectoires d’alignement ne paraît pas réalisable, robuste et crédible à ce stade. Bien que les cadres de référence continuent à se structurer, nous considérons que les données à notre disposition ne sont pas encore suffisamment matures pour comparer les émetteurs entre eux et déterminer de manière prospective l’évolution de leurs impacts sur la biodiversité. En parallèle, les solutions dédiées à la biodiversité sont encore émergentes dans les modèles d’affaires des sociétés cotées qui composent notre univers d’investissement.

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ROTHSCHILD & CO ASSET MANAGEMENT - RAPPORT ARTICLE 29 - EXERCICE 2023

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