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FINANCES NEWS HEBDO / VENDREDI 29 NOVEMBRE 2024
ECONOMIE
non seulement des formations, mais aussi des emplois bien rémuné- rés, aux mêmes conditions que les Allemands. Cela a créé une dyna- mique économique positive, car ces travailleurs ont consommé locale- ment, acheté des biens et stimulé la croissance. F.N.H. : La fintech est sou- vent perçue comme un levier important pour renforcer la souveraineté économique. Où se situe le Maroc dans ce domaine ? M. H. : La fintech, qui combine finance et technologie, offre une opportunité majeure pour les popu- lations exclues du système bancaire traditionnel. En Afrique, dans des zones rurales où les banques sont absentes, la fintech permet d’accé- der à des services financiers via des plateformes numériques. Cependant, il faut nuancer : au Maroc, le taux de bancarisation dépasse déjà 70%, grâce à des ini- tiatives comme celles d’Attijariwafa bank, qui a développé un réseau dense d’agences, même dans les zones reculées. Cela limite le besoin immédiat de solutions fintech. Mais la fintech peut jouer un rôle crucial pour d’autres cibles : les jeunes, les femmes et le secteur informel. Elle simplifie l’accès à des services tels que le paiement de factures, les transferts d’argent, ou encore les paiements internatio- naux. Les transferts de la diaspora africaine, par exemple, représentent des milliards de dollars, et la fintech peut réduire les coûts souvent exor- bitants de ces transactions. Il est également important de ne pas oublier la finance islamique, qui connaît un essor dans des régions comme l’Asie du sud-est, l’Afrique de l’est et le Moyen-Orient. La finance islamique via la fintech représente une opportunité que le Maroc pourrait explorer davantage. F.N.H. : Aujourd’hui, on parle de la Zlecaf (la Zone de libre- échange continentale). Avec les disparités monétaires, réglementaires et de gouver- nance qui existent dans les Etats africains, pensez-vous
Plus de 7.000 participants présents dans la plénière du Palais des arts et de la culture de Tanger pour la 16 ème édition des MEDays.
que ce marché continen- tal régional peut réellement s’affirmer en tant que plate- forme de commerce viable et durable ? M. H. : Je suis un éternel opti- miste. Ces problèmes ne sont pas insurmontables, dès l’instant où il y a la volonté. Ne dit-on pas que «vouloir c’est pouvoir» ? Quand il y a l'engagement des uns et des autres pour œuvrer ensemble afin d'avancer sur tous les plans, dans le cadre de la coopération sud-sud et l'intégration économique régio- nale, on peut réaliser beaucoup de choses. Malheureusement, il y a encore aujourd'hui la survenance de conflits entre voisins. Ce qui est un frein significatif. Selon les statistiques officielles, la part du commerce de l'Afrique dans le com- merce mondial ne dépasse pas 3% et les échanges intra-africains ne dépassent pas 16%. En compa- raison avec l’Europe 60% et l’Asie 70%. C’est dire que nous avons du chemin à faire. Comment voulez-vous exporter d'un pays à un autre lorsque les fron- tières sont fermées ? Par exemple, des frontières comme celles entre le Bénin et le Niger ou entre le Maroc et l’Algérie sont fermées depuis des années; la situation en RDC avec le M23, l’insuffisance d’infrastruc- tures…, tous ces défis entravent la coopération fluide entre les Etats. Malgré ces obstacles, je suis convaincu que nous pouvons avan- cer grâce à une volonté politique
forte. Les médias occidentaux, mal- heureusement, projettent souvent une image négative de l’Afrique, en insistant sur les conflits et les problèmes. Pourtant, de nombreux pays africains sont des exemples de réussite. De ce fait, nous devons montrer cette autre image de l’Afrique aux potentialités diverses, travailler à lever les barrières com- merciales, renforcer la coopération régionale et attirer davantage d’in- vestissements directs étrangers. L’Afrique regorge de potentiel, mais son développement repose sur sa jeunesse. Il est crucial de lui offrir des opportunités, afin qu’elle ne se perde pas dans des projets d’émi- gration dans les déserts et dans les mers au péril de leurs vies. L’Afrique ne se développera qu’avec et par les Africains. F.N.H. : A l’issue de la COP29, seuls 300 milliards de dol- lars ont été promis aux pays du Sud pour faire face aux changements climatiques. L’Afrique faisant partie de ce bloc doit-elle continuer de compter sur une aide venant des pays du Nord pour sa transition ? M. H. : Il y a d’abord le prin- cipe du «pollueur-payeur» qui est le concept utilisé dans le cadre des négociations de la COP. Ensuite, des engagements de 100 milliards de dollars par an qui n'ont été tenus que récemment. Quand je vois les chiffres qui viennent de Bakou,
l'Afrique demandait 1.000 milliards. Elle n’a obtenu qu’un engagement vague pour une somme bien infé- rieure, annoncée à 300 milliards de dollars d’ici à 2035. De plus, aucune précision n’a été donnée sur la répartition de ces fonds ou sur leur mise en œuvre. Aujourd’hui, le débat est houleux entre les pays du Nord qui imposent aux pays du Sud de ne pas utiliser d’énergies fossiles. Mais pour des pays comme le Nigéria ou l’Algé- rie, dont 95% de leurs exportations proviennent du pétrole, s’ils arrêtent d'exporter, comment vont-ils se développer ? Tout le problème est là. Il est temps que l’Afrique prenne son destin en main. Et en réaction, deux initiatives encourageantes ont été prises cette année. Primo, celle de la création d'une association des pays africains producteurs de pétrole, dont le siège se trouve au Nigeria. Secundo, la création de la Banque africaine de l’énergie, qui aura pour objectif de mutualiser les efforts des pays africains afin de continuer à soutenir les investis- sements dans le secteur de l'éner- gie fossile. Mais elles doivent être accompagnées de ressources adé- quates propres à l’Afrique et d’une gouvernance solide. L’Afrique a les moyens et les talents nécessaires pour se développer. Ce que nous devons faire, c’est valoriser notre jeunesse, nos ressources et notre coopération intra-africaine pour bâtir un avenir durable. ◆
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