FNH N° 1148

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FINANCES NEWS HEBDO / JEUDI 18 AVRIL 2024

BOURSE & FINANCES

tive», est celui de la forte proba- bilité d’amélioration de la nota- tion souveraine du Maroc dans les 12 à 18 mois prochains. S&P confirme cela et déclare dans son rapport d’évaluation qu’elle pourra relever nos notes si le gouvernement continue de mettre en œuvre des réformes structurelles, entraînant une croissance économique plus forte et un élargissement de l'assiette fiscale, parallèlement à une diminution des déficits budgétaires. En tenant compte de cela, nous voyons clair que le Maroc pour- rait retrouver sa position en «investment grade», s’il réussit à passer à BBB- (la notation la plus basse de cette catégorie), aux côtés de pays à niveau de risque d’insolvabilité faible. Ce qui conduira, certes, à amélio- rer l’image du Maroc, en tant qu’emprunteur souverain, vis-à- vis les bailleurs de fonds inter- nationaux. Ensuite, la récente apprécia- tion positive de S&P générera une bouffée d’optimisme dans l’économie marocaine et renfor- cera la confiance des bailleurs et investisseurs internationaux dans la solvabilité du Royaume. Ce qui va se répercuter posi- tivement sur la soutenabilité de la dette publique, tant exté- rieure qu’intérieure. Cette der- nière s’avère nécessaire pour le financement de l’économie nationale, surtout face à l’insuf- fisance de l’épargne au Maroc. De surcroît, une bonne nota- tion souveraine est un facteur essentiel pour booster l’at- tractivité aux investissements internationaux. Ce genre d’éva- luation a un poids significatif dans la détermination du coût d’emprunt d’un pays, du fait qu’il signale aux investisseurs le niveau de risque auquel ils peuvent être confrontés. En même temps, et il faut le signaler, il y a encore du pain sur la planche et du travail à faire, pour plus d’attraction des fonds internationaux, sur- tout face aux concurrents clas- siques, notamment du bassin

 Selon S&P, l’économie marocaine a fait preuve de résilience face aux multiples chocs lors des 5 dernières années et a maintenu son accès aux financements intérieurs et extérieurs.

méditerranéen. Avec la nota- tion BB+, nous sommes encore dans la zone des élèves moins bons, la «speculative grade», où le niveau de risque et le coût des crédits sont plus éle- vés. Alors que nos voisins de la rive nord sont classés dans la «investment grade». À titre d’exemple, Malte A, Portugal BBB, Espagne A, Italie BBB et France AA. F.N.H. : L’élargissement fiscal passe-t-il par l’in- clusion de l’informel dans le circuit formel ? Si oui, par quelle mesure cela peut être fait aujourd’hui, sachant que l’économie marocaine subit l’infor- mel qui est évalué à 77% ? H. E. : Exactement, la fisca- lisation de l’informel est une mesure incontournable pour l’élargissement de l’assiette fiscale et l’augmentation des ressources budgétaires de manière générale. Selon une étude du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le manque à gagner fiscal est évalué à 40 milliards de dirhams. A mon sens, l’intégration du secteur informel dans le sys- tème fiscal ne peut être réussie

que par des mesures incitatives et graduelles, sur trois voies parallèles : réglementaire, d’in- citation fiscale et communica- tionnelle. Conjointement avec des mesures d’accompagne- ment et d’aide à la transition douce et correcte vers le formel. Dans ce cadre, il importe de rappeler que la dernière Loi de Finances 2024 a institué un nouveau régime optionnel d’autoliquidation de la TVA, afin d’intégrer le secteur informel dans l’économie nationale et lutter contre la fraude fiscale. Ce régime était conçu pour per- mettre aux personnes exerçant une activité soumise à la TVA de calculer elles-mêmes le montant de la TVA sur leurs achats effec- tués auprès de fournisseurs non assujettis à la TVA ou exonérés sans droit de déduction. Étant donné que «trop d’im- pôt tue l’impôt» ou encore «le taux mange l’assiette», l'allè- gement de la pression fiscale parait nécessaire. Cela doit concerner l’imposition du travail

et aussi des outils de produc- tion. Autrement, il faut limiter les facteurs motivant le choix de produire dans l'informel, uni- quement pour des raisons de lourdeur fiscale. Selon la courbe de Lafer (Arthur Laffer, écono- miste américain), augmenter les prélèvements provoque une diminution des recettes budgé- taires plutôt qu'une hausse, car cela décourage l'activité éco- nomique formelle et comptabi- lisée. En outre, il faut agir pareille- ment sur la fiscalité locale, qui est souvent omise. Je parle très particulièrement des com- munes, où les arrêtés fiscaux communaux n’incitent pas véri- tablement à opérer dans des activités formelles. Je pense qu’il est temps de simplifier et réduire la fiscalité locale à seulement deux impôts locaux couvrant, d’une part, les taxes en lien avec l’habitation et, d’autre part, celles relevant de l’activité professionnelle. Au niveau communicationnel, il faut sensibiliser les consom- mateurs aux risques et méfaits de l’informel, quelles que soient ses formes et ses facettes, des activités en dehors du système fiscal, aux pratiques souter- raines et illicites des entreprises formelles. ◆

La notation souveraine reflète l'apprécia- tion de S&P concernant la capacité et la volonté du Maroc à honorer ses engagements en devises et en monnaie locale, aux échéances prévues.

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