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BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

DU 19 ET 20 NOVEMBRE 2020

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Relance économique

◆ Réinjecter l'épargne «dormante» dans l'économie marocaine peut apporter un appui fort au plan de relance. Réveillez l’épargne populaire ! D ans toutes les écono- mies du monde, les plans de relance sont actuellement au centre des débats. Chaque Par Y. Seddik

Plusieurs experts

voient en la mobilisation de l’épargne populaire et institution- nelle une exigence pour une sortie de crise rapide.

pays y va selon sa vision et selon ses capacités. En plus des outils classiques de relance économique (consommation, prêts garantis par l’Etat, politique monétaire, inves- tissement...), la mobilisation de l’épargne «dormante» peut-être un instrument clé pour appuyer la relance. Dans le contexte actuel, et compte tenu des besoins colossaux de financement nécessaires à la relance économique, la question de la mobilisation de l’épargne populaire et institutionnelle se pose avec plus d’acuité. Plusieurs experts y voient même une exi- gence pour une sortie de crise rapide. «L'épargne populaire constitue un levier important dans le finance- ment de l'investissement et du tissu économique marocain» , avait indiqué Kamal Zine, consultant en banque et assurance, à l'occasion de la journée internationale de l'épargne, célébrée le 31 octobre dernier. «Les dépôts des citoyens ainsi que les placements dans des produits d’épargne, par exemple, offrent des ressources au secteur finan- cier qu’il transforme en prêts ou en investissements directs dans les capitaux des entreprises» , explique Zine, notant que ces dépôts peuvent également être utilisés pour dynamiser la crois- sance à travers la stimulation de la consommation des ménages, sur- tout lorsqu’elle est orientée vers les produits «Made in Morocco». Notons qu’en France un label «Relance» a été créé dans le cadre de la relance post crise Covid-19.

Il vise à orienter l'épargne des Français vers des organismes de placements collectifs contribuant activement au financement des entreprises françaises touchées par la crise en venant renforcer leurs fonds propres et quasi-fonds propres. Une canalisation freinée Mais, au Maroc, l’on n'est pas dans la même configuration. L’épargne affiche une tendance baissière depuis quelques années, et s’est même inscrite en dessous du niveau d’investissement. La mobilisation de l’épargne popu- laire, elle, est particulièrement confrontée à plusieurs difficultés, qui ont été accentuées par la crise de la Covid-19. Tout d’abord, les ménages maro- cains épargnent peu. Une situa- tion qui s’est détériorée avec la crise sanitaire. Selon le HCP, seuls 4,1% des Marocains affirment avoir épar- gné durant le troisième trimestre, alors que 35,6% ont dû s’endetter ou puiser dans leur épargne pour subvenir à leurs besoins. Ce taux devrait encore baisser en raison

de l’impact de l’épidémie sur l’em- ploi et le pouvoir d’achat. Second point à soulever : le taux de bancarisation. Aujourd’hui, près de 65% des Marocains ont accès aux services bancaires, alors que plus d’un tiers de la population reste en dehors du circuit bancaire. «Ceci illustre le poids du secteur informel, qui concerne près de 5 millions de foyers. Cette situation prive l’éco- nomie de ressources qui peuvent être employées dans le finan- cement de la croissance et la création d’emplois», a considéré l’expert. Comment relancer la machine de l’épargne ? Afin que l’épargne populaire joue son rôle de catalyseur de la relance économique, plusieurs actions peuvent être entreprises, selon K. Zine. En premier lieu, la mise en place rapide du Registre Social Unifié (RSU), qui contribue- ra d’une manière efficiente à élar- gir l’assiette de l’épargne captée. Le rôle du digital est également axial dans le renforcement de l’in- clusion financière et l’amélioration

du niveau d’épargne, estime aussi l'expert. Pour Said Amaghdir, directeur Associé de Finance Value, il est important de développer la culture financière de l'épargne afin de permettre aux gens de savoir com- ment gérer au mieux leur argent en fonction de leurs objectifs de vie et du contexte économique et financier. Il est également ques- tion d'innover pour avoir d’autres supports d’épargne, et aussi lan- cer les produits de la finance par- ticipative, dont le Takaful et les OPCVM conformes à la Charia, a précisé Amaghdir. ◆ Selon le HCP, seuls 4,1% des Marocains affirment avoir épargné durant le troisième trimestre, alors que 35,6% ont dû s’endet- ter ou puiser dans leur épargne pour subvenir à leurs besoins.

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