Uniquement pour débarrasser, décontaminer, faire intervenir des sociétés spécialisées capables de remettre la maison dans un état… disons : humainement visitable. Pendant que les bennes se succédaient, que les combinaisons blanches entraient et sortaient, que l’odeur reculait centimètre par centimètre, une idée guidait toute ma prise de risque : « Une fois débarrassée, cette maison ne sera peut-être pas belle, mais elle sera vendable. Et le terrain derrière, lui, prendra toute sa valeur. » Et c’est exactement ce qui s’est passé. En phase de pré-commercialisation, la maison se revend 230 000 €. À partir de là, mon risque réel chute brutalement. Je ne suis plus ce marchand qui joue sa vie sur un squat sordide. Je deviens celui qui gère un stock de foncier avec une maison quasiment à l’équilibre, et derrière, un terrain qui commence à respirer comme un véritable actif. Nous déposons une déclaration préalable, nous plantons un panneau “Terrain à bâtir – 170 000 €”.
Et d’un coup, le décor change : On n’est plus dans la maison de l’horreur, on est dans un projet de construction, propre, lisible, vendable.
C’est là qu’entre en scène le voisin.
Un voisin très en colère. Très opposé à l’idée d’avoir une maison construite “sous ses fenêtres”. Il vient me voir, le ton monte très vite, l’insulte “salaud de marchand de biens” tombe assez tôt dans la conversation. Il me menace de recours, de blocage, de paperasse.
Et dans sa colère, il lâche une phrase qui va tout changer :
« De toute façon, c’est comme si je faisais pousser des maisons dans mon jardin ! »
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ISSUE 04
MDB MAG
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