WEBSITE SAM Allons 02 26_paix

PERSONNEL

Quand l’eau sépare . . . et réunit

Un nouveau puits est en principe un motif de réjouissance ; c’est du moins ce qu’on pourrait croire. Mais parfois, il met au jour tout le contraire. Cette histoire s’est déroulée dans le village de Sapucaia*, situé dans une région très aride du Brésil. L’eau du puits existant ne suffisait plus depuis longtemps pour les quelque 25 familles. Il arrivait parfois qu’il n’y ait pas une goutte pendant plusieurs jours. Beaucoup de gens devaient parcourir de longues distances ou demander de l’eau à d’autres pour pouvoir tout juste faire face à leur quotidien. C’est pourquoi nous avons décidé de forer un nouveau puits. Pendant l’installation de la pompe et des canalisations, Maria* et sa famille nous ont apporté une aide précieuse. Cependant, j’ai remarqué que les autres vil- lageois n’étaient pas venus. Cette question me trottait dans la tête, jusqu’à ce que Franzisca* m’aborde le jour même. Elle a commencé à me raconter une histoire qui remontait à de nombreuses années. À l’époque, un homme politique avait fait construire un puits pour la famille de Maria. Celui-ci fournissait de l’eau en abondance, à tel point qu’ils pouvaient même s’en servir pour se laver. La famille de Francisca, en re- vanche, n’y avait pas accès. Cette situation a donné lieu à bien plus qu’un simple problème pratique. Au fil des ans, la méfiance, la jalousie et les blessures s’étaient accumulées. La question « Pourquoi eux, et pas nous ? » était dans l’air. C’était pré- cisément ce vieux conflit qui refaisait surface. La famille de Francesca craignait que l’his- toire se répète et que l’eau ne soit à nouveau pas partagée avec tout le monde.

Martin Baumann, Présent au Brésil depuis plus de 30 ans

Les premiers visiteurs se régalent de cette délicieuse boisson.

Ce récit m’a donné à réfléchir. Nous avions pourtant clairement indiqué dès le départ que l’eau était destinée à tous et devait être partagée. Afin de clarifier la situation, j’ai demandé à Maria de se joindre à nous, mais les émotions étaient si vives de part et d’autre que la discussion a rapidement dé- généré en une violente dispute. À ce mo- ment-là, j’ai dit à Maria : « N’ajoute pas de l’huile sur le feu. Je t’en prie, tais-toi. » Puis je me suis retiré. Environ deux jours plus tard, j’ai reçu un message vocal de Maria. Elle avait cherché à s’entretenir avec Franzisca. Les deux femmes avaient pris le temps de s’écouter mutuelle- ment et avaient finalement fait la paix. Lorsque nous sommes retournés au village la semaine suivante pour achever l’installa- tion, la situation avait nettement changé. Ce n’étaient plus seulement six familles qui s’in- téressaient au puits, mais les 25. Les malen- tendus avaient été dissipés et il était devenu possible de se pardonner mutuellement. Petit à petit, la confiance s’était rétablie. Nous inaugurerons bientôt ce puits. Au- jourd’hui, notre joie est double : celle de l’eau et celle de la réconciliation. *Ce nom a été changé

05

SAM ALLONS 2 | 2026

Made with FlippingBook - professional solution for displaying marketing and sales documents online