FNH N° 1229 site ok

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 31 mars 2026 - 8 DH - N° 1229

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Politique monétaire

Augmentation de capital

Le prix d’émission s’aligne enfin sur la réalité du marché

Bank Al-Maghrib temporise face au choc géopolitique

P. 7

P.10

P. 14 à 26

Notation Moody’s

Crédits en souffrance

Le Code face au défi de la modernisation Investissements agricoles

Le Maroc consolide sa stature auprès des investisseurs

Tous les leviers activés pour fluidifier le recouvrement

P.8

P.9

P.30/31

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026

ACTUALITÉ

ECONOMIE

Editorial

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Voyons voir : Gouvernance publique : L’exigence d’exemplarité Ça se passe au Maroc

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Génération Green : La persistance de la sécheresse fragilise l’emploi rural Entretien avec Keltoum Houssni : Emploi, «La par- ticipation des femmes à l’économie marocaine doit devenir une priorité stratégique» Code des investissements agricoles : Le défi de la modernisation

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Point Bourse Hebdo : Le MASI sous le verrou géo- politique Politique monétaire : Bank Al-Maghrib temporise face au choc géopolitique Notation Moody’s : Le Maroc consolide sa stature auprès des investisseurs Crédits en souffrance : BAM active tous les leviers pour fluidifier le recouvrement Augmentation de capital : Le prix d’émission s’aligne enfin sur la réalité du marché Bourse : Un premier trimestre bousculé par la conjoncture internationale Akdital : Cap sur l’international après une année 2025 de forte expansion SBM : Volumes, diversification et marges en hausse en 2025 Obligations légales relatives aux publications par les sociétés cotées 6 7 8 9 10 11 12 12 13 BOURSE & FINANCES

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

L Ces turbulences externes qui inquiètent

e Maroc avance sur une ligne de crête. D’un côté, une économie mondiale secouée par les tensions géopolitiques, des marchés éner- gétiques nerveux et des chaînes d’approvisionnement fragilisées. De l’autre, une dynamique interne qui tient bon, portée par l’investisse- ment, la relance agricole et une gestion macroéconomique prudente. Dans cet équilibre instable, la décision de Bank Al-Maghrib de mainte- nir son taux directeur à 2,25% traduit une lecture lucide d’une conjonc- ture où le risque vient davantage de l’extérieur que de l’intérieur. Le signal est clair. L’inflation est contenue à 0,8% en 2026, avec une remontée graduelle vers 1,4% en 2027. Les anticipations restent bien ancrées. La transmis- sion de la politique monétaire se poursuit, même si elle demeure partielle, avec un recul des taux débiteurs inférieur à celui du taux directeur. Dans ce contexte, resserrer davantage la vis n’aurait guère de sens. Desserrer encore risquerait de nourrir des tensions futures, notamment si les prix de l’énergie s’emballent. La Banque centrale choisit donc la voie médiane. Cette option intervient alors que les fondamentaux internes tiennent la route. La croissance devrait atteindre 5,6% en 2026, après 4,8% en 2025. Une performance notable, tirée par un double moteur. L’agriculture d’abord, qui bénéficie de condi- tions climatiques exceptionnellement favorables, pourrait enregistrer un rebond de plus de 14%. Les secteurs non agricoles ensuite, avec une progression autour de 4,5%, soutenue par les investissements dans les infrastructures économiques et sociales. Cette dynamique est loin d’être anodine. Elle confirme que le Maroc est en train de consolider un modèle où la croissance ne dépend plus exclusivement des aléas climatiques. L’industrie automobile accélère, les phosphates continuent de jouer leur rôle stratégique, le tourisme confirme sa résilience et les transferts des Marocains du monde restent robustes. Les recettes en devises suivent. Les réserves internationales se renforcent, offrant une couverture confortable de près de six mois d’importations à l’horizon 2027. Le FMI ne dit pas autre chose. L’institution salue des perspectives solides, des politiques macroéconomiques cohérentes et des fondamentaux jugés robustes. Le Royaume continue de remplir les critères d’éligibilité à la ligne de crédit modulable, un signal de confiance rare sur les marchés internationaux. Dans ce contexte géopolitique incertain, cette crédibilité vaut de l’or. Malgré ses progrès, la guerre au Moyen-Orient rappelle que l’économie maro- caine demeure sensible aux chocs externes. Le canal énergétique en est la première illustration. Une hausse durable du prix du Brent alourdirait la facture énergétique et creuserait le déficit courant. A cela s’ajoutent les incertitudes sur les marchés des matières premières. Les engrais, dopés par les tensions commerciales et les restrictions chinoises, devraient voir leurs prix augmenter. Les produits alimentaires pourraient suivre la même trajectoire. Dans cet environnement, la visibilité reste faible. On en revient alors toujours à la même conclusion : la nécessité pour le Royaume de réduire sa dépendance aux chocs externes, notamment énergétiques. u

32 L'UNIVERS DES TPME

Entretien avec Nassim El Boujjoufi : Voixoff.ma, «Notre priorité a toujours été de bâtir une pla- teforme durable avec une traction réelle»

36 SANTÉ

FOCUS

Entretien avec Pr Amal Bourquia : Journée mon- diale du rein, «La maladie rénale progresse en silence au Maroc»

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Ormuz : Le détroit qui chahute l’économie mondiale Entretien avec Mohamed Boiti : Détroit d’Ormuz, L’arme économique la plus redoutable du XXI ème siècle Guerre au Moyen-Orient : Le Maroc face à un choc pouvant atteindre 90 milliards de DH Détroit d’Ormuz : Le choc invisible des engrais qui menace l’équilibre alimentaire mondial Investissements directs étrangers : Le conflit au Moyen-Orient, un événement perturbateur Ukraine-Russie / USA-Iran : Même choc, ressorts différents ? Entretien avrec Me Abdelhakim El Kadiri Boutchich : Guerre en Iran, «Cette crise est d’abord une confrontation d’influence régionale»

51 HIGH-TECH

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Guerre en Iran : L’intelligence artificielle brouille la réalité du terrain

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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026

Gouvernance publique L’exigence d’exemplarité

L

Par D. William

intégrité s’impose désormais comme un ins- trument de puissance publique et écono- mique. Le rapport «Perspectives de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corrup- tion 2026» le dit sans détour : les pays qui réussissent ne sont pas forcément ceux qui empilent les lois, mais ceux qui les appliquent réellement. Or, partout, le même mal persiste, à savoir un décalage entre l’arsenal juridique et sa traduction concrète. Ce déficit d’exé- cution atteint en moyenne 19 points dans les 62 pays étudiés, signe que la lutte contre la corruption reste souvent théorique. Pour le Maroc, ce constat interpelle, d’autant que le pays est engagé dans une phase de transformation profonde. Infrastructures, industrialisation, transition énergétique ou encore montée en gamme des filières expor- tatrices sont autant d’initiatives qui reposent sur un facteur souvent sous-estimé : la cré- dibilité institutionnelle. L’OCDE rappelle, à ce titre, que la corruption ne freine pas seule- ment l’éthique publique, elle pénalise directe- ment l’investissement, fausse la concurrence et renchérit les coûts. Dans un contexte où le Royaume ambitionne de devenir un hub régional, cette dimen- sion prend une importance particulière. Les investisseurs ne cherchent pas seulement des incitations fiscales ou des infrastructures modernes. Ils recherchent un environnement prévisible, où les règles du jeu sont claires et

respectées. Le Maroc dispose certes d’atouts indéniables, notamment la stabilité politique, la position géographique ou encore un climat des affaires qui s’améliore constamment. Mais ces avan- tages peuvent être érodés si la perception d’un écart entre la norme et la pratique per- siste. L’enjeu est donc économique, faisant de l’intégrité un facteur de compétitivité. Le rapport souligne également que les pays les plus performants abandonnent progres- sivement une approche bureaucratique pour adopter une logique fondée sur les résultats. Autrement dit, il ne s’agit plus de multiplier les procédures, mais de cibler les facteurs de vulnérabilité comme les marchés publics, le financement politique et les conflits d’intérêts qui sont autant de terrains où l’efficacité se mesure à la capacité de prévenir plutôt que de sanctionner. Pour le Maroc, cela implique un changement de culture administrative. Cela suppose, entre autres, une meilleure exploitation des données et des outils numériques, que l’OCDE identifie

comme des leviers décisifs pour détecter les anomalies et rationaliser les contrôles. Le Royaume a déjà engagé des chantiers dans ce sens, notamment avec la digitalisa- tion des services publics. Mais le défi reste d’intégrer ces outils dans une stratégie glo- bale de gouvernance et non comme des ini- tiatives isolées. Un autre enseignement du rapport mérite attention : la corruption prospère souvent là où il y a des fragilités. Là où le contrôle est faible, là où les interactions entre public et privé sont nombreuses et là où les montants sont élevés. Les marchés publics en sont l’exemple le plus frappant. A l’échelle mon- diale, jusqu’à un quart des investissements publics peuvent être affectés par des pra- tiques inefficaces ou frauduleuses. Dans un pays comme le Maroc, où les inves- tissements publics structurent la dynamique économique, l’enjeu est immense. Chaque Dirham mal alloué est une opportunité perdue en matière de croissance, d’emploi ou de cohésion sociale. Enfin, la question de la confiance reste cen- trale. Le rapport note que, globalement, les citoyens font de moins en moins confiance à leurs institutions. Cette défiance n’est pas anodine. Elle fragilise le contrat social, ali- mente le scepticisme et réduit l’efficacité des politiques publiques. Au Maroc, cette dimension est particulière- ment sensible. Le pays avance vite, mais il avance sous le regard d’une société de plus en plus exigeante. Les attentes en matière de transparence, d’équité et de responsabilité sont élevées. Et elles continueront de croître. L’intégrité, dans ce contexte, devient un marqueur de maturité institutionnelle qui se construit dans la durée et par des pra- tiques cohérentes et visibles. Et c’est sur ce registre que les Marocains attendent leurs gouvernants, car l’intégrité ne doit pas être une notion creuse utilisée abusivement pour embellir des discours cosmétiques, mais une habitude ancrée dans les actes quotidiens. Parce que, in fine, il s’agit de consolider la confiance, d’attirer durablement les investis- sements et de renforcer la solidité même du modèle économique. ◆

La corruption prospère souvent là où le contrôle est faible, les interactions entre public et privé nombreuses et les montants élevés.

oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

ÇA SE PASSE AU MAROC

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026

Carburants Renforcement du contrôle des prix

D ans un contexte international marqué par une intensification des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et par des pertur- bations significatives des chaînes d’approvisionnement, les marchés pétroliers connaissent une hausse rapide et notable des prix. En tant qu’importateur net de produits pétroliers, notamment le gasoil et l’essence, le Maroc demeure particulièrement vulné- rable à ces fluctuations, avec des répercussions potentielles sur plu- sieurs secteurs économiques. Face à cette situation, le Conseil de la concurrence a décidé de renfor- cer son dispositif de surveillance afin de mieux encadrer la transmis- sion des variations des prix inter- nationaux vers le marché national. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de ses missions visant à garantir un fonctionnement concur- rentiel sain des marchés. A ce titre, le Conseil a intensifié ses échanges avec les distributeurs en gros de carburants concernés par l’accord transactionnel en vigueur, qui prévoit un suivi régulier du mar- ché, notamment en matière d’évo- lution des prix. Le Conseil rappelle que, dans un environnement concurrentiel nor- mal, les variations des prix au niveau national doivent refléter de manière proportionnée et dans des délais raisonnables celles obser- vées à l’international, tout en inté- grant les contraintes liées à l’ap- provisionnement et au stockage. Compte tenu des tensions actuelles sur l’offre mondiale, il a été décidé de renforcer la fréquence du suivi du marché des carburants, désor- mais mensuel au lieu de trimestriel, couvrant les différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement et de distribution. Par ailleurs, le Conseil de la concurrence étend sa vigilance à d’autres secteurs afin de détecter toute hausse injustifiée des prix, toute augmentation abusive des marges ou toute pratique anticon- currentielle, telles que les ententes

ou abus de position dominante. L’objectif est d’assurer la trans- parence des marchés, de préser- ver leur bon fonctionnement et de protéger les consommateurs contre toute dérive tarifaire injustifiée. ■

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BOURSE & FINANCES

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Point Bourse Hebdo Le MASI sous le verrou géopolitique

L Le marché actions continue de tanguer au rythme des tensions géopolitiques et des variations des cours du pétrole. Les publica- tions rassurent par endroits, mais elles ne suffisent pas encore à desserrer l’emprise d’un climat devenu nettement plus défensif et nerveux. restera difficile à évacuer. Le rai- sonnement est devenu très simple: un baril élevé maintient vivants les doutes sur l’inflation, les taux, les coûts et les marges, et finit par peser sur l’appétit pour le risque. Dans ce climat, les opérateurs ont cessé de prendre des paris auda- cieux. Il leur faut du concret. Pas des commentaires rassurants, pas des mots de circonstance, mais un début de normalisation visible. Par Y . Seddik

Evolution de l'indice Masi depuis début mars 2025

a Bourse de Casablanca a passé la semaine à essayer de se relever sans jamais vraiment se redres- ser. Les séances ont encore res- semblé à ce que le marché offre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, à savoir des mouve- ments brusques, des reprises qui paraissent solides sur le moment, puis des dégagements rapides dès que la nervosité reprend le dessus. Mardi, le MASI a terminé quasi stable à 17.236,40 points (-0,04%). Mercredi, il a repris 2,05%. Jeudi, il a reperdu 0,84%, avant d’aban- donner encore 1,27% vendredi à 17.221,05 points. Au bout du compte, l’indice boucle la semaine sur un repli limité de 0,13%. Une légère baisse qui ne dit pas grand- chose de la tension qui continue de traverser la cote. Certes, le marché ne décroche plus franchement, mais il ne parvient pas non plus à reconstruire un courant acheteur digne de ce nom. C’est tout le problème du moment. Les investisseurs ont les yeux rivés sur le pétrole. Et tant que celui-ci ne montre pas de détente claire et durable, la pression sur les actions

TOP Performances

FLOP Performances

Involys Balima Afma

-12,5%

+24,25% +19,72%

Sanlam Maroc Lesieur Cristal Minière Touissit

-10,47%

Pourtant, sur le volet micro, les publications continuent d’appor- ter de la matière. La saison des résultats annuels n’est pas encore complètement refermée, et beau- coup d’émetteurs rendent des copies plus qu’honorables, avec des bénéfices en hausse à deux chiffres, parfois davantage, et quelques bonnes surprises à la clé. HPS, par exemple, a publié des résultats 2025 en forte hausse, avec en prime un discours davan- tage tourné vers l’amélioration de la rentabilité en 2026. Managem a également signé une publication robuste, portée notamment par la montée en puissance de Boto et Tizert. En temps normal, ce type

-8,46%

+14,75%

d’annonces aurait probablement nourri un courant de reprise plus consistant. Pour l’instant, le marché regarde ailleurs. Ou plus exacte- ment, le prix du baril. C’est ce décalage qui résume le mieux la physionomie du trimestre. Nous arrivons à la fin des trois pre- miers mois de l’année avec un mar- ché qui s’apprête à afficher une per- formance négative (-8,62 %), alors même que plusieurs paramètres internes lui étaient plutôt favorables il y a encore peu (la pluviométrie en tête). Il faut dire que depuis le début du conflit, ce ne sont plus les seules perspectives bénéficiaires

qui donnent le tempo, tandis que le marché s’est clairement remis à raisonner en mode défensif. Au final, cette semaine n’aura rien réglé. Elle a simplement confirmé que le marché reste suspendu à un facteur extérieur qui l’écrase encore. Tant que ce verrou ne saute pas, les bonnes publications res- teront reléguées au second plan, les rebonds seront fragiles, et les investisseurs continueront d’exiger des preuves avant de revenir fran- chement. En Bourse, les phases de tension finissent toujours par pas- ser. Mais pour l’instant, le marché ne croit que ce qu’il voit. ◆

BOURSE & FINANCES

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à un éventuel choc pétrolier pro- longé. Dans son raisonnement, l’insti- tut d’émission souligne aussi que l’économie nationale aborde cette séquence avec des fondamentaux plus solides qu’au cours de pré- cédents épisodes de tension. La croissance non agricole reste sou- tenue, les réserves de change sont jugées confortables et le système bancaire conserve des capacités de refinancement importantes. Cela permet, pour l’instant, d’ab- sorber un choc limité sans remettre en cause l’orientation générale du cadre macroéconomique. Pour autant, le wali a insisté sur le fait que la politique monétaire ne sera pas conduite sur la base d’hypothèses figées. Elle se fera, a-t-il dit, «réunion après réunion», à partir des données les plus actua- lisées. Bank Al-Maghrib se dit même prête, si les circonstances l’exigent, à convoquer une réunion exceptionnelle du Conseil, à dis- tance ou en présentiel, en cas de dégradation rapide de la situation internationale. En clair, le message du wali est que la baisse de l’inflation ne suf- fit pas, à elle seule, à justifier un nouvel assouplissement moné- taire lorsque le principal risque se trouve désormais hors des fron- tières. Face à un choc géopoli- tique dont l’onde de transmission passe d’abord par l’énergie, puis potentiellement par l’inflation et les équilibres extérieurs, la Banque centrale préfère attendre, observer et garder la main. ◆ Sur la situation des banques marocaines en Europe, Abdellatif Jouahri a annoncé que la Commission européenne avait validé l’accord conclu avec la France concernant l’application de la directive CRD VI. Cette avancée permet aux établisse- ments marocains de poursuivre leurs opérations de relais auprès de leurs clients en Europe «sans grosse difficulté». Une task force, pilotée par le ministère des Affaires étrangères, pour- suit par ailleurs les discussions avec d’autres pays, notamment la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie. Jouahri rassure Directive CRD VI

 Face à un choc géopolitique aux contours encore flous, BAM a choisi de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%.

Politique monétaire Bank Al-Maghrib temporise face au choc géopolitique

L La Banque centrale a choisi le statu quo. Réuni le 17 mars, son Conseil a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25%, préférant la prudence dans un environnement international redevenu hautement incertain après l’embrasement au Moyen-Orient. Par Y . Seddik

ors de sa conférence de presse tenue à l’issue du Conseil, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a clairement relié cette décision au nouveau risque géo- politique apparu dans la région. Pour lui, cette guerre vient s’ajou- ter à une incertitude mondiale déjà alimentée par le conflit en Ukraine et par les tensions commerciales internationales. Surtout, ses effets économiques restent, à ce stade, impossibles à figer. Tout dépen- dra, a-t-il insisté, de «la durée, de l’étendue et de l’intensité» du conflit. C’est précisément cette imprévi- sibilité qui a conduit le Conseil à ne pas aller plus loin dans l’assou- plissement monétaire. La Banque centrale considère certes que l’in- flation évolue à des niveaux modé- rés et que l’activité nationale reste bien orientée, mais elle estime que

le choc extérieur potentiel impose de conserver des marges de manœuvre. La décision de main- tien a d’ailleurs été prise à l’unani- mité. Le canal de transmission le plus surveillé reste celui de l’éner- gie. Bank Al-Maghrib a expliqué avoir travaillé sur plusieurs hypo- thèses de prix du pétrole, avec un scénario central tournant autour de 80 dollars le baril, complété par des exercices de stress à 100 dollars, voire au-delà. Abdellatif Jouahri a rappelé que certains scénarios internationaux montent jusqu’à 130 ou 140 dollars avec, dans ce cas, des conséquences beaucoup plus lourdes sur l’éco- nomie mondiale. Pour le Maroc, l’impact resterait contenu dans l’hypothèse d’un conflit de courte durée. Mais ce scénario central pourrait vite deve- nir caduc si les tensions se pro-

longent. Une hausse durable des cours énergétiques alourdirait la facture des importations, pèserait sur les comptes extérieurs et pour- rait finir par raviver les tensions inflationnistes, à travers les carbu- rants puis les coûts de transport et, plus largement, les prix intérieurs. À ce stade, Bank Al-Maghrib conti- nue toutefois de tabler sur une infla- tion modérée. Après le net ralentis- sement observé ces derniers mois, l’inflation devrait ressortir à 0,8% en 2025 puis à 0,8% en 2026, avant de remonter graduellement à 1,4% en 2027. Cette accalmie reste liée à plusieurs facteurs favorables, notamment le recul des prix des carburants sur la période récente, l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et la baisse marquée des prix des huiles. Mais la Banque centrale reconnaît que cet équilibre demeure fragile face

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Notation Moody’s Le Maroc consolide sa stature auprès des investisseurs

exigée par les investisseurs sur les émissions de maturité longue du Trésor. «Dans une région marquée par l'incertitude, cette révision positive consolide aussi l'image du Maroc comme pilier de stabilité et hub entre l'Europe, l'Afrique et le monde arabe, tout en contribuant, à moyen terme, à réduire la prime de risque exi- gée par les marchés. Elle ne transforme pas immédiatement le profil de financement du pays, mais elle améliore la percep- tion globale du risque souverain marocain», souligne Sbai. Par ailleurs, rajoute-t-elle, «elle pourrait également élargir la base d'investisseurs, sachant que certains gérants ont des contraintes strictes en termes de notation minimale. En outre, la capacité du Trésor à accé- der aux marchés internationaux dans les meilleures conditions de maturité et de coût, surtout lors des prochaines fenêtres d'émis- sion, pourrait être renforcée». Parallèlement à ces effets, le cli- mat favorable du crédit souve- rain marocain aurait tendance à se propager aux entreprises et institutions financières natio- nales faisant recours aux mar- chés de capitaux étrangers. «Une meilleure signature sou- veraine bénéficie, par ricochet, aux banques et aux grandes entreprises marocaines qui se financent en devises. Un Etat mieux noté tend à améliorer les conditions de financement externe des émetteurs privés et à renforcer la crédibilité des entre- prises marocaines dans leurs projets d'expansion régionale, notamment en Afrique subsaha- rienne», conclut notre interlocu- trice. ◆

L’agence de notation Moody's a relevé de stable à positive la perspective de la note Ba1 du Maroc pour sa dette longue en devises et en Dirham. Un signal encourageant quant à l’évolution de la qualité de crédit du Royaume dans un contexte international toujours incertain.

Par J. M.

 La capacité du Trésor à accéder aux marchés internationaux dans les meilleures conditions de maturité et de coût, pourrait être renforcée.

D

ans son rapport publié le 6 mars, Moody’s met en avant l’amé- lioration des perspectives de croissance du Maroc, portée notamment par la dynamique de l’investissement, la poursuite des réformes structurelles et les efforts de consolidation budgé- taire. Des facteurs qui contri- buent à renforcer la résilience de l’économie nationale. L’agence souligne par ailleurs que la perspective de la dette longue, en devises comme en Dirham, demeure soutenue par un niveau adéquat des réserves de change ainsi que par un accès satisfai- sant aux sources de finance-

ment, aussi bien sur le marché domestique que sur les marchés internationaux. Malgré le contexte international toujours empreint d’incertitudes, cette reconnaissance de la rési- lience du modèle marocain vient conforter des perspectives déjà encourageantes de l’économie nationale pour 2026. Les avoirs en réserve ont atteint 452,6 mil- liards de dirhams sur le premier mois de l’année, représentant l’équivalent de 5 mois et 19 jours d’importations de biens et ser- vices, et devraient se renforcer à 473,4 milliards courant 2026, puis à 482,1 milliards en 2027, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib. Quant au besoin de financement du Trésor, ils ont été couverts par des ressources intérieures d’un montant net de 14,1 milliards de DH et par un flux net extérieur

de 1,4 milliard de dirhams. «Le timing joue clairement en faveur du Maroc; c'est un signal de résilience qui montre que, mal- gré un environnement régional perçu comme risqué, les fonda- mentaux macroéconomiques du Maroc restent solides, mais éga- lement que le pays est capable de maintenir le cap des réformes lancées. Aux yeux des investis- seurs internationaux, cela dis- tingue le Maroc d'autres émet- teurs de la zone MENA plus exposés aux chocs politiques ou budgétaires», souligne Sara Sbai, consultante internationale senior en finance d'entreprise, stratégie et gestion des risques.

Les avoirs en réserve ont atteint 452,6 milliards de dirhams sur le premier mois de l’année, représentant l’équivalent de 5 mois et 19 jours d’importations de biens et services.

Prime de risque et base d’investisseurs

Sur les marchés, la révision de la perspective pourrait contri- buer à alléger la prime de risque

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tif : simplifier les procédures de cession et sécuriser le transfert des garanties, tout en maintenant la protection des débiteurs. En parallèle, le cadre prudentiel a été revu. «Bank Al-Maghrib a introduit de nouvelles catégo- ries de créances et renforcé les règles de classification et de pro- visionnement, dans une logique d’alignement avec les meilleures pratiques internationales. Une évolution qui vise à améliorer la transparence et à renforcer la dis- cipline dans la gestion du risque de crédit» , précise Jouahri. Autre levier activé : les pratiques de recouvrement elles-mêmes. Le secteur s’est doté d’une charte encadrant les démarches amiables, avec une priorité don- née aux solutions négociées avant tout recours judiciaire, dans un cadre plus transparent et encadré. Reste enfin le maillon le plus sen- sible : le judiciaire. Complexité des procédures, délais de traite- ment, difficultés de notification… sont autant de contraintes iden- tifiées par les acteurs. C’est sur ce point que le dialogue engagé avec le ministère de la Justice doit produire des résultats concrets, notamment via la digitalisation des procédures et le déploiement d’outils facilitant le traitement des dossiers. Ainsi, «la plateforme “TABADOUL”, dédiée au paie- ment des frais judiciaires et au suivi des affaires, s’inscrit dans cette logique et devrait être pro- gressivement étendue au secteur bancaire» , souligne A. Jouahri. Au final, Bank Al-Maghrib avance sur plusieurs fronts pour desserrer l’étau des créances en souffrance. Un chantier technique, mais aux implications très concrètes : redonner de l’oxygène au crédit et, par ricochet, à l’investisse- ment. ◆ BAM juge élevée la sinistralité du secteur au regard des standards internationaux, où les ratios oscillent entre 1,5% et 6,8% selon les pays.

 Après des années de traitement en circuit fermé, les créances en souffrance s’apprêtent à entrer dans une logique de marché.

Crédits en souffrance BAM active tous les leviers pour fluidifier le recouvrement L Avec plus de 100 Mds de dirhams de créances en difficulté à fin 2025, Bank Al-Maghrib enclenche un chantier global pour désengorger les bilans bancaires et relancer le crédit. Par Y. Seddik des créances en souffrance. Pour le wali, c’est l’effet d’éviction qui inquiète. Ces créances immo- bilisent du capital, pèsent sur les bilans et limitent la capacité des banques à accorder de nouveaux financements. Un point régulière- ment relevé par les agences de notation, qui continuent de sur- veiller de près la qualité des actifs du secteur bancaire marocain. La réponse de la Banque centrale s’organise autour d’un ensemble de réformes complémentaires. Le chantier le plus structurant reste la création d’un marché secondaire des créances en souffrance. L’idée est de permettre aux banques de céder ces actifs, de récupérer de la liquidité et de réallouer leurs ressources vers le financement de l’économie. Un cadre légal est en préparation pour encadrer ces opérations, avec un double objec-

e sujet n’est pas nouveau, mais devient de plus en plus pressant. Face à un stock de crédits en souffrance qui dépasse 100 Mds de dirhams, Bank Al-Maghrib remet le recouvrement au cœur des priorités du secteur finan- cier. Un niveau jugé élevé, surtout comparé à plusieurs économies où les taux restent nettement plus contenus (entre 1,5% et 6,8% selon les pays). «Le taux de ces créances dans le secteur bancaire marocain s’établit à 8,2% à fin 2025, pour un encours dépassant 100 mil- liards de dirhams, un niveau jugé élevé comparativement aux stan- dards internationaux» , a indiqué Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, lors d’un séminaire national organisé conjointement avec le ministère de la Justice sur l’efficience du cadre juridique relatif au recouvrement judiciaire

Jusqu’ici, les créances en souffrance restaient, dans les faits, bloquées au bilan des banques ou traitées dans un cadre peu propice à l’émergence d’un véritable marché. Avec ce projet, leur cession directe reçoit une base juri- dique explicite. Le périmètre est large, puisque la vente peut porter sur tout ou partie d’une ou plusieurs créances, et l’acquisition n’est plus réservée aux seuls acteurs bancaires ou financiers régulés. Autre avancée déterminante : les sûretés et garanties attachées aux créances, y compris les hypothèques, sont transférées de plein droit au cessionnaire, avec maintien du rang hypo- thécaire. Le débiteur, lui, n’a pas à donner son accord, même si la cession ne lui devient opposable qu’après notification. En clair, le texte cherche à lever les principaux verrous juridiques qui freinaient jusqu’ici la naissance d’un marché secondaire opérationnel. Ce que le projet de loi change concrètement

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Augmentation de capital Le prix d’émission s’aligne enfin sur la réalité du marché

les conditions de détermination du prix d’émission figurent parmi les informations minimales devant être mentionnées dans le rapport du commissaire aux comptes. Ce dernier devra également émettre son avis sur la régularité et la sincérité des bases retenues pour le calcul du prix d’émission, de la fourchette éventuelle et des conditions de sa fixation, telles qu’approuvées par le Conseil d’administration ou le Directoire. Ainsi, le texte n’allège pas le contrôle, mais le redéploie. Le centre de gravité ne porte plus uniquement sur le prix affiché, mais davantage sur la logique qui conduit à ce prix. Pour les opé- rations de marché, cette nuance permet d’introduire un peu plus d’intelligence financière dans un processus qui, jusqu’ici, pouvait se heurter à un excès de rigidité. Pour les professionnels, les béné- fices attendus sont multiples. Cette réforme devrait permettre une meilleure adaptation aux conditions de marché, une réduc- tion de la perturbation du cours de Bourse ainsi qu’une baisse du risque d’échec de certaines opérations. Elle est également présentée comme un alignement avec des pratiques plus proches des standards internationaux et comme un levier d’attractivité supplémentaire pour le marché des capitaux. «Cette évolution réglementaire est l’aboutissement d’un travail de fond mené par notre associa- tion auprès des autorités, dans un esprit constructif et au service du développement du marché», sou- ligne encore l’APE. L’association y voit «une belle réalisation col- lective» qui illustre la capacité du dialogue entre professionnels et régulateur à déboucher sur des avancées concrètes. Au final, c’est dans les prochaines opérations que l’on verra si cette réforme permet effectivement de fluidifier les augmentations de capital, de mieux protéger la qua- lité de l’exécution et de réduire les tensions souvent observées entre marché primaire et marché secondaire. C’est une retouche réglementaire qui peut peser bien plus qu’elle n’en a l’air. ◆

Adopté en Conseil de gouvernement, le nouveau décret sur les augmentations de capital assouplit les règles de fixation du prix d’émission, un point de friction souvent relevé par les professionnels du marché. Une retouche réglementaire qui peut peser bien plus qu’elle n’en a l’air. Par Y. Seddik

 Le gouvernement a adopté un texte qui revoit la fixation du prix d’émission dans les augmentations de capital afin de mieux coller aux conditions réelles du marché.

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usqu’ici, les sociétés anonymes devaient soumettre à l’Assemblée générale extraordinaire un prix fixe ou une fourchette de prix, en plus d’une méthode de détermi- nation. Dans les faits, ce schéma obligeait souvent les émetteurs à arrêter trop tôt des paramètres sensibles, parfois près de deux mois avant l’obtention du visa de l’AMMC, dans un marché suscep- tible d’évoluer fortement entre- temps. C’est précisément sur ce point que le nouveau dispositif introduit un changement de fond. Désormais, et conformément à l’esprit de la réforme de la loi sur la société anonyme de 2015, l’AGE pourra statuer soit sur un prix fixe, soit sur une fourchette de prix, soit sur une méthode de calcul proposée par le Conseil d’administration. En clair, l’émetteur ne sera plus nécessairement contraint d’an- noncer très en amont un prix ou

une fourchette qui pourrait ne plus refléter les conditions du marché au moment du lancement effectif de l’opération. Cette évolution a été saluée par les professionnels. «Après 18 mois de mobilisation continue, notre association se félicite de la publication du nouveau décret relatif aux modalités de déter- mination du prix d’émission lors des augmentations de capital, une évolution attendue par l’ensemble des acteurs du marché», indique l’Association marocaine des entreprises faisant appel public à l'épargne. Pour l’APE, le texte introduit une disposition essen- tielle en permettant à l’Assemblée générale extraordinaire de voter non seulement sur un prix ou une fourchette, mais aussi sur une méthode de calcul. L’enjeu n’est pas purement pro- cédural, puisque dans le schéma antérieur, le prix de souscription

arrêté en amont pouvait se retrou- ver décalé par rapport au cours de Bourse au moment de l’opéra- tion. Ce décalage n’était pas sans conséquences et pouvait brouiller la lecture de l’opération, provo- quer des arbitrages sur le titre, voire créer une pression supplé- mentaire sur le cours. Un membre de l’APE souligne qu’«au lieu d’être contraint de fixer un prix ou une fourchette figée près de deux mois avant le visa de l’AMMC, les émetteurs pourront désormais communiquer sur une méthode transparente de détermination du prix d’émission». Autrement dit, le marché gagne en flexibilité sans sortir du cadre de transparence. Le décret adopté par le gouver- nement modifie, dans ce sens, l’article 4 du décret n°2.09.481 pris pour l’application de la loi n°17-95 relative aux sociétés ano- nymes. Il prévoit désormais que

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desserre, puisque les fondamen- taux restent solides. Le Conseil de Bank Al-Maghrib du 17 mars a, dans ce contexte, apporté un point d’ancrage. En maintenant le taux directeur à 2,25%, la Banque centrale a confirmé qu’elle ne souhaitait pas ajouter de choc monétaire domestique à une séquence déjà dominée par l’incertitude inter- nationale. Ce statu quo n’a pas changé la tendance de fond du trimestre, mais il a contribué à stabiliser le cadre de lecture pour les investisseurs, à un moment où la volatilité provenait surtout de l’extérieur. Au final, le premier trimestre 2026 peut se lire en trois temps. Janvier et février ont été ceux de la cor- rection et des arbitrages, dans le sillage d’une année 2025 très porteuse. Début mars a marqué la rupture, avec l’irruption de la guerre au Moyen-Orient comme facteur de stress majeur sur le marché marocain via le canal énergétique et la remontée de l’aversion au risque. La deuxième moitié du mois, enfin, a mon- tré un marché en reconstruction, encore nerveux, mais capable de reprendre une partie du terrain perdu. En trois mois, la Bourse de Casablanca est donc passée d’un marché qui corrigeait ses excès à un marché suspendu aux sou- bresauts du Moyen-Orient. Une piqûre de rappel brutale, après l’euphorie de 2025. ◆ Les publications annuelles ont confirmé la solidité commerciale de la cote en 2025. Selon BKGR, le chiffre d’affaires global des sociétés cotées progresse de 9,9% à 354,9 Mds de DH, porté surtout par les industrielles (+12,2%), avec en tête Managem, TGCC, SGTM et Label Vie. Les financières restent bien orientées, avec un PNB en hausse de 5,4%, tandis que les assurances gagnent 7,3%. Sur 67 sociétés ayant publié, 55 affichent des revenus en pro- gression. Au T4 seul, les revenus agrégés accélèrent de 12,2%, signe d’une fin d’exercice particulière- ment dynamique. Des fondamentaux solides malgré la nervosité du marché

 La Bourse de Casablanca a connu au premier trimestre une configuration très nerveuse, entre prises de bénéfices, arbitrages et brusque retour du risque géopolitique.

Bourse Un premier trimestre bousculé par la conjoncture internationale Après l’euphorie de 2025, la Bourse de Casablanca a abordé 2026 sur un mode plus exigeant. D’abord engagée dans une phase de correction et d’arbitrages, elle a ensuite été secouée en mars par le choc géopolitique au Moyen-Orient. Bilan du trimestre. Par Y. Seddik

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olatilité. C’est sans doute le mot qui résume le mieux ce premier tri- mestre à la Bourse de Casablanca. Après une année 2025 eupho- rique, le marché a entamé le nou- vel exercice sur un mode plus sélectif, avec en toile de fond des prises de bénéfices, un rebond des rendements obligataires et des valorisations devenues plus exigeantes sur plusieurs grandes capitalisations. Avant même que le Moyen-Orient ne s’invite bru- talement dans l’équation, le MASI montrait déjà des signes d’es- soufflement. Cette phase de nor- malisation a constitué le premier temps fort du trimestre. Fin février, ce mouvement cor- rectif était clairement installé. Le MASI évoluait alors autour de 18.140 points, sur une baisse d’environ 4% depuis le début de l’année, tandis que les volumes traités sur le marché central res-

sortaient en retrait par rapport à la même période de 2025. Le marché ne décrochait pas encore, mais il était déjà entré dans une séquence de digestion après le rallye précédent, surtout avec des taux qui remontaient début jan- vier. Autrement dit, le trimestre n’a pas commencé avec la guerre; il a commencé avec un marché qui reprenait son souffle. C’est en mars que la physionomie du trimestre a rapidement chan- gé. L’escalade au Moyen-Orient a alors agi comme un accélérateur de baisse, en ravivant immédia- tement le risque énergétique et en poussant les investisseurs à réévaluer plus sévèrement leurs scénarios. Le 3 mars, le MASI a brutalement décroché dans le sillage des tensions régionales, au point que nous évoquions un repli de près de 10% en deux séances depuis l’escalade USA-

Iran. La guerre n’a donc pas créé la correction du trimestre, mais elle l’a durcie, amplifiée et rendue beaucoup plus violente. Le reste du mois a toutefois mon- tré que la place casablancaise n’était pas entrée dans une spirale de capitulation. Après avoir tou- ché des niveaux de stress mar- qués, le marché a rebondi par à-coups. Le 16 mars, le MASI terminait en hausse de 0,51% à 16.942,50 points. Le 18 mars, il gagnait 2,62% à 17.512 points, effaçant près de 60% des pertes subies depuis le déclenchement de la guerre, avant de reperdre 1,53% le 19 mars à 17.243,58 points, ce qui laissait la contre- performance annuelle à -8,50%. Ce profil montre bien la nature d’un marché fragilisé, très sen- sible aux nouvelles extérieures, mais encore capable de reprises techniques dès que la pression se

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Akdital Cap sur l’international après une année 2025 de forte expansion A Porté par l’élargissement rapide de son réseau et une activité médicale en forte progression, Akdital dépasse les 4,4 Mds de DH de chiffre d’affaires en 2025. Le groupe enclenche désormais son déploiement international, tout en maintenant une rentabilité solide malgré un cycle d’in- vestissement soutenu. kdital a signé en 2025 une année de forte croissance, avec un chiffre d’affaires consolidé de 4,41 Mds de DH, en hausse de +49%. Cette performance repose à la fois sur l’intégration des nouveaux établissements et sur la dynamique du périmètre historique, avec une progression équilibrée des activités multi- disciplinaires et oncologiques (+51% chacune). Le groupe confirme son ancrage territorial. Avec 41 établisse- ments, 4.505 lits et plus de 1,15 million d’admissions, le réseau couvre désormais les 12 régions du Royaume. L’activité médicale traduit cette montée en puis- sance : 566.077 patients pris en charge (+60%), dont 62% hors axe Casablanca-Rabat, signe d’un déploiement régional effec- tif. La progression est également visible dans les spécialités lourdes, avec plus de 3.300 chirurgies cardiovasculaires et plus de 10.000 dilatations coro- naires, majoritairement réalisées en région. En oncologie, près de 23.000 patients ont été traités, tandis que les établissements du groupe ont représenté 5,8% des naissances nationales. Sur le plan financier, l’EBITDA atteint 1,2 Md de DH (+45%), pour une marge de 27,5%, en léger retrait sous l’effet de la SBM Volumes, diversification et marges en hausse en 2025 L La Société des Boissons du Maroc a bouclé 2025 sur une progression de son activité et une nette amélioration de sa rentabilité, portée par la croissance des volumes de bière, l’élargissement de l’offre et une meilleure maîtrise des coûts. Le groupe proposera un dividende total de 127 DH par action, dont 20 DH exceptionnel. a Société des Boissons du Maroc a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires consolidé de 3.080 MDH, en hausse de 7,6% par rapport à 2024. Cette pro- gression a été soutenue par la bonne tenue des volumes de bière et par la montée en puissance de plusieurs relais de croissance au sein du por- tefeuille. Le groupe met en avant la dyna- mique de ses marques locales, notamment Flag Spéciale Gold et Casablanca, qui consolident leurs positions sur leurs seg- ments respectifs. L’exercice a aussi été marqué par l’accélé- ration de la diversification, avec l’introduction de Carlsberg en brassage local dans le cadre du partenariat conclu avec le groupe danois, la première année pleine de commerciali-

montée en charge des nouvelles structures. Le résultat net conso- lidé s’élève à 494 MDH (+42%), dont 444 MDH part du groupe. Cette croissance s’accompagne d’un effort d’investissement conséquent, avec 2,22 Mds de DH engagés sur l’exercice, dont 589 MDH dédiés aux projets internationaux. L’endettement net ressort à 4,26 Mds de DH, en hausse, intégrant notamment une émission obligataire de 1,2 Md de DH destinée à financer l’expansion. Après avoir conso- lidé son maillage national, Akdital ouvre un nouveau chapitre. Le groupe a engagé son dévelop- pement aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et en Tunisie, avec plusieurs opérations en cours ou en phase de finalisa- tion. Cette stratégie repose sur un modèle «asset light» et des équipes locales dédiées. Au Maroc, l’expansion se pour- suit avec de nouvelles ouver- tures prévues à horizon 2028 et le déploiement de formats «Prime» dans les grandes villes. Le Conseil proposera enfin un dividende de 14 DH par action au titre de 2025. ◆ sation de La Cigogne sur les boissons gazeuses, ainsi que le lancement des premières réfé- rences d’alcomix. Par ailleurs, le résultat d’ex- ploitation ressort à 524 MDH contre 414 MDH un an plus tôt, soit une hausse de 26,5%. Le résultat net part du groupe s’établit à 343 MDH, en pro- gression de 59,4%. Retraité des éléments non récurrents ayant affecté 2024, liés notam- ment à un contrôle fiscal et à un ajustement du fonds de consignation des bouteilles, il affiche une hausse de 31,4%. Pour 2026, SBM compte pour- suivre le renforcement de ses marques, enrichir son offre et maintenir ses efforts d’optimi- sation industrielle. Le Conseil d’administration proposera à l’Assemblée générale un divi- dende ordinaire de 107 DH par action, assorti d’un dividende exceptionnel de 20 DH. ◆

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