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FINANCES NEWS HEBDO

MARDI 31 MARS 2026

FOCUS

Ormuz

La fermeture du détroit d’Ormuz rappelle brutalement à quel point l’économie mondiale reste suspendue à quelques corridors maritimes stratégiques. En quelques jours, la paralysie de cette artère énergétique a fait bondir les prix du pétrole et du gaz, renchéri le transport maritime et ravivé les tensions inflationnistes à l’échelle planétaire. Le détroit qui chahute l’économie mondiale

a fermeture du détroit d’Ormuz ébranle l’équilibre de l’économie mondiale. Selon la Conférence des Nations unies sur le com- merce et le développement (CNUCED), ce passage maritime concentre une part considé- rable des flux énergétiques et industriels de la planète. L’étude publiée le 10 mars 2026 rap- pelle qu’environ 38% du pétrole brut transporté par mer, 29% du gaz de pétrole liquéfié, 19% du gaz naturel liquéfié, 19% des produits pétroliers raffinés et 13% des produits chimiques empruntent cette route. Même si les conteneurs et le vrac Pour les pays importateurs d’énergie comme le Maroc, ce choc va se traduire par une pression immédiate sur les finances publiques, la balance commerciale et le pouvoir d’achat des ménages, au moment même où les équilibres économiques demeurent fragiles. Par D. William L sec y occupent une place plus modeste, avec respectivement 3% et 2% des flux, le détroit d’Ormuz apparaît comme un nœud logistique majeur du com- merce international. La perturbation du trafic mari- time est très spectaculaire. D’après les données analysées par la CNUCED, le nombre de navires traversant quotidien- nement ce passage est passé d’environ 141 navires par jour à seulement quelques unités, soit une chute de 97%. En pratique, cela revient presque à un blo- cage complet de l’une des prin- cipales artères du commerce mondial.

envolé de 74%. Cette réaction traduit la dépendance profonde du système énergétique mondial aux exportations du Golfe. L’Asie apparaît particulièrement exposée. Selon la CNUCED, 84% du pétrole brut et 83% du gaz naturel liquéfié transportés par ce détroit sont destinés aux économies asiatiques. Une per- turbation prolongée risque donc de provoquer un choc éner- gétique majeur pour des puis- sances industrielles comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou l’Inde. Mais l’impact ne se limite pas au secteur énergétique. Le rap- port met en lumière un élément souvent négligé du commerce mondial. Un tiers du commerce maritime d’engrais passe par le détroit d’Ormuz. La dépendance est particulièrement forte pour

certains produits. L’urée repré- sente 67% des flux, le phos- phate diammonique 20% et le phosphate monoammonique 9%. Toute perturbation durable de ces échanges peut donc se traduire par une hausse des coûts agricoles à l’échelle mon- diale. Cette tension se répercute rapi- dement sur les prix alimentaires. Lorsque le pétrole augmente, les coûts de transport s’envolent, les engrais deviennent plus chers et les coûts de production agricole progressent à leur tour. Les don- nées de la CNUCED montrent que ces phénomènes se sont déjà manifestés lors de crises précédentes, qu’il s’agisse de la pandémie ou de la guerre en Ukraine. D’ailleurs, les coûts du transport maritime ont égale- ment explosé. Entre le 27 février

Les marchés énergétiques ont réagi immédiatement. Entre le 27 février et le 9 mars 2026, le prix du Brent a progressé de 27%, tandis que le prix du gaz s’est

Le rapport de la CNUCED met en lumière un élément souvent négligé du commerce mondial : un tiers du commerce maritime d’engrais passe par le détroit d’Ormuz.

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