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FINANCES NEWS HEBDO

MARDI 31 MARS 2026

choc subi par l’économie natio- nale. «Pour le Maroc, comme pour l'ensemble des pays importateurs nets d'énergie, ce conflit prend la forme d'une tem- pête parfaite. Le mécanisme de transmission est direct et brutal: la flambée des prix du pétrole et du gaz se répercute immé- diatement sur l'ensemble des équilibres macroéconomiques du Royaume» , analyse-t-il. En effet, l’effet se manifeste immédiatement sur les finances publiques. «Le premier impact est budgétaire. Le système de compensation et de subvention énergétique, déjà sous pression structurelle, se retrouve exposé à une charge supplémentaire que le budget de l'État absorbe difficilement sans creuser son déficit» , poursuit-il, notant que «le deuxième impact est com- mercial : la détérioration de la balance commerciale s'accé- lère mécaniquement avec la hausse de la facture énergé- tique importée, aggravant un déséquilibre extérieur déjà pré- occupant» . Mais c’est probablement la dimension sociale qui inquiète le plus. Comme le souligne Boiti, «le troisième, et sans doute le plus sensible socialement, est la pression sur le pouvoir d'achat des ménages : la hausse des prix des carburants, des trans- ports et des produits alimen- taires crée un effet de cisaille- ment redoutable entre des reve- nus stagnants et des coûts en progression constante» . D’ailleurs, dès le 16 mars, les prix à la pompe ont connu de fortes hausses, le litre de gasoil s’appréciant de 2 DH et celui de l’essence d’environ 1,5 DH. La difficulté ne s’arrête pas là. Le Maroc dépend aussi forte- ment de la conjoncture euro- péenne pour ses exportations industrielles, puisqu’ «il est aussi

exposé à un choc de demande en provenance de ses princi- paux partenaires européens». Et le scénario devient plus pré- occupant si la crise se prolonge. « Si la fermeture du détroit se prolonge, les économies euro- péennes, qui dépendent forte- ment des importations énergé- tiques du Moyen-Orient, entre- ront en récession. La demande en produits marocains à forte valeur ajoutée exportés vers l'Europe (automobile, aéronau- tique, textile) se contractera en conséquence», précise notre interlocuteur. L’économie maro- caine pourrait alors se retrou- ver dans une position particu- lièrement inconfortable, «pris en tenaille entre une énergie chère qui alourdit ses coûts de production et une demande externe qui se comprime». Cette dynamique nourrit une spirale inflationniste. Selon Boiti, «la spirale inflationniste coûts-prix qui se profile est clas- sique dans sa mécanique, mais particulièrement dangereuse dans le contexte marocain, où les marges d'ajustement bud- gétaire sont limitées et où la mémoire sociale des épisodes inflationnistes reste vive». Pour autant, le Royaume a quelques instruments de stabilisation . «Le Maroc dispose heureusement d'amortisseurs institutionnels (la politique de Bank Al-Maghrib en matière de gestion des réserves de change, la diplomatie éco- nomique active du Royaume avec ses fournisseurs diversi- fiés d'énergie), mais ces pare- chocs ont leurs limites. Plus le conflit dure, plus la pression sur ces mécanismes de stabilisa- tion s'intensifie» , conclut Boiti. La fermeture du détroit d’Ormuz rappelle ainsi que l’économie mondiale repose sur quelques corridors maritimes dont la sécu- rité conditionne l’équilibre de la planète. Lorsqu’un de ces passages se bloque, ce sont les chaînes d’ap- provisionnement, les budgets publics, les prix alimentaires et parfois la stabilité sociale qui se retrouvent sous tension. ◆

 Les passages maritimes stratégiques, comme le détroit d’Ormuz, restent l’un des points de vulnérabilité majeurs de la mondialisation.

et le 6 mars 2026, les tarifs de transport des pétroliers ont augmenté de 54 à 72%, tandis que le prix du carburant mari- time a presque doublé. L’effet se propage ensuite dans toute la chaîne logistique mondiale. La crise fait également grim- per les primes d’assurance de guerre pour les navires. Pour un pétrolier d’une valeur de 100 millions de dollars, la prime peut passer de 250.000 dollars par voyage à 500.000 dollars, voire 1 million de dollars. Cette hausse incite certains armateurs à éviter la zone, ce qui accentue encore la contraction du trafic. Les marchés financiers com- mencent eux aussi à intégrer le risque géopolitique. La hausse des rendements obligataires observée dans plusieurs pays du Moyen-Orient traduit la pru-

dence croissante des investis- seurs face à un environnement plus incertain. La CNUCED en tire une conclu- sion limpide. Les passages maritimes stratégiques restent l’un des points de vulnérabilité majeurs de la mondialisation. Une crise localisée peut rapi- dement se transformer en choc global qui affecte l’énergie, le transport, l’alimentation et la sta- bilité économique internationale.

Le Maroc pris dans la tourmente

Pour les économies importa- trices d’énergie, cette crise amplifie les fragilités. Le Maroc n’échappe pas à cette logique. L’économiste Mohamed Boiti décrit un mécanisme de trans- mission particulièrement violent. Il explique d’abord la nature du

Le système de compensation et de subven- tion énergétique, déjà sous pression structu- relle, se retrouve exposé à une charge sup- plémentaire que le budget de l'État absorbe difficilement sans creuser son déficit.

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