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FINANCES NEWS HEBDO
MARDI 31 MARS 2026
selon le dernier rapport du FMI fin 2025 - n'est pas un accident de l'histoire. C'est la conséquence logique d'une géopolitique qui a fait de la monnaie une arme. En voulant punir l'Iran et contenir la Chine, Washington a involontairement accéléré la migration du monde vers un système multipolaire où son hégémonie monétaire s'érode irréversiblement. F. N. H. : Cette crise peut- elle aussi avoir un impact sur la politique intérieure améri- caine ? M. B. : Oui, et il est potentiellement majeur. Le pari électoral de Donald Trump reposait sur une promesse simple et compréhensible par le citoyen moyen : maîtriser l'infla- tion, faire baisser les taux d'intérêt, rendre la vie moins chère. Or, la guerre à Ormuz a propulsé le prix de l'essence à plus de 2,17 dollars le litre aux Etats-Unis, un record absolu. Téhéran a su identifier avec une précision chirurgicale le talon d'Achille de l'administration Trump: l'économie domestique. Le piège s'est refermé sur l'électeur américain moyen avec une logique implacable. Le citoyen qui avait voté pour l'«Amérique d'abord» voit aujourd'hui son pouvoir d'achat s'effondrer à cause d'une guerre lointaine dont l'objectif réel (la mise sous contrôle des ressources natu- relles iraniennes, estimées à 27,3 trillions de dollars (pétrole, gaz, or, lithium, métaux rares, …) paraît de plus en plus hors de portée. Les dissensions au sein même du camp républicain, portées publiquement par plusieurs figures influentes, tra- duisent un malaise profond face à un conflit que beaucoup jugent non conforme aux grands principes de la campagne de 2024. La perte de la Chambre des repré- sentants lors des élections de mi- mandat de novembre prochain n'est plus une hypothèse de tra- vail. Elle est devenue, aux yeux de nombreux stratèges politiques, une probabilité sérieuse. L'Iran n'a pas seulement frappé des infrastruc- tures pétrolières. Il a frappé la carte électorale de Trump. Cette guerre n'a d'ailleurs pas reçu l'aval formel du Congrès américain, ce qui la place dans une zone grise
Le trafic pétrolier a chuté de plus de 90% dans le détroit d’Ormuz.
F. N. H. : Cette crise crée-t- elle de nouveaux équilibres géopolitiques ? M. B. : Oui, et certains acteurs en tirent déjà profit. En premier lieu, la Russie : avec ses expor- tations pétrolières affranchies des contraintes géographiques du Golfe, Moscou voit ses recettes s'envoler à mesure que le brut flambait de 16% dans les pre- mières heures du conflit. Chaque semaine de perturbation supplé- mentaire dans le Golfe est une semaine de revenus additionnels pour Gazprom et Rosneft. Le conflit iranien offre par ailleurs à Moscou un précieux effet de diversion, drai- nant l'attention et les ressources américaines loin du théâtre ukrai- nien et lui laissant le champ libre pour y consolider ses positions. Mais le grand bénéficiaire straté- gique - silencieux, patient, métho- dique - est la Chine. Pékin applique à la lettre la doctrine du «bide one's time» : ne pas montrer ses cartes, agir dans l'ombre tant que l'ombre suffit. Sa stratégie se déploie sur plusieurs niveaux simultanés. Sur le plan énergétique, elle continue d'absorber environ 80% du pétrole iranien, malgré les sanctions amé- ricaines, via des circuits financiers parallèles qui constituent pour Téhéran une bouée de sauvetage que Washington n'a jamais réussi à couper complètement. F. N. H. : Ce conflit a-t-il conséquemment une dimen- sion monétaire ? M. B. : Effectivement. Sur le plan
coûts bondir de 45%, réactivant les douloureux cauchemars logis- tiques de l'ère post-Covid. Les chaînes d'approvisionnement mon- diales, à peine remises des disrup- tions de 2021-2022, se retrouvent à nouveau fracturées. Des conglo- mérats internationaux opérant depuis Dubaï - et notamment de nombreuses firmes indiennes réa- lisant des transactions colossales via les Émirats - ferment brutale- ment leurs guichets. Ce que l'Iran a compris, et que l'Occident refuse encore d'ad- mettre, c'est qu'un État n'a nul besoin d'une marine de guerre pour contrôler un détroit. Il lui suffit de le rendre suffisamment dan- gereux pour que les assureurs le sanctionnent. La puissance de feu américaine est neutralisée par un simple calcul actuariel. C'est peut- être la leçon géopolitique la plus cinglante de ce début de XXI ème siècle. Si la fermeture de facto du détroit devait se prolonger un mois sup- plémentaire, les projections des économistes sont convergentes : le prix du gaz mondial pourrait doubler, entraînant des fermetures d'usines en Europe et une réces- sion dans les économies les plus dépendantes des importations énergétiques. Le pronostic d'un baril de pétrole chroniquement supérieur à 100 dollars - hypothèse encore consi- dérée comme extrême il y a six mois - est désormais inscrit dans les scénarios centraux des grandes banques d'investissement.
monétaire, la guerre économique contre le Dollar prend une dimen- sion nouvelle. Le système de paiement interbancaire chinois CIPS a vu son volume de tran- sactions exploser de 43% en un an, atteignant 175.000 milliards de yuans de transactions en 2024. Parallèlement, le projet mBridge - développé conjointement par Hong Kong, les Émirats et la Thaïlande - permet désormais des règlements transfrontaliers instantanés en monnaie numérique, hors Dollar et hors SWIFT. Une très large partie du commerce mondial risque ainsi de passer sous le radar américain. Ce n'est plus un projet. C'est une déclaration de guerre économique. Sur le plan militaro-industriel, Pékin a imposé des restrictions draco- niennes sur l'exportation du gal- lium, métal indispensable à la fabri- cation des radars militaires, et dont la Chine contrôle plus de 80% de la production mondiale. Pour chaque radar américain détruit au Moyen- Orient, la reconstruction se heurte à une muraille invisible mais parfaite- ment efficace. La supériorité tech- nologique américaine se convertit ainsi en vulnérabilité systémique. La baisse de la part du Dollar dans les réserves mondiales - passée de 71% en 2000 à moins de 50%
Face aux essaims de drones Shahed-136 - dont le coût unitaire n’excède pas 20.000 dollars -, les forces américaines et leurs alliés doivent mobiliser des missiles d’interception valant entre 2 et 3 millions de dollars pièce.
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