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FINANCES NEWS HEBDO

MARDI 31 MARS 2026

nités d’élargissement de porte- feuille, en répondant à une nou- velle demande internationale de sécurisation des approvisionne- ments. Cette capacité d’adapta- tion rapide à la nouvelle donne mondiale constitue l’un de ses principaux atouts. En anticipant les tensions sur les marchés des engrais azotés, en consolidant ses partenariats stratégiques et en renforçant sa présence sur des marchés-clés, le groupe ne se positionne plus seulement comme un acteur industriel, mais comme un pilier potentiel de la sécurité alimen- taire mondiale. Par ailleurs, les investissements du groupe dans l’ammoniac vert et les engrais durables s’ins- crivent dans une logique d’anti- cipation à long terme, alors que la demande mondiale en intrants agricoles devrait croître de près de 1,5% par an d’ici 2030, selon les projections internationales. Dans un environnement interna- tional marqué par l’incertitude, cette agilité stratégique pourrait constituer un avantage décisif, en permettant au Maroc de renforcer son rôle dans la reconfiguration des équilibres agricoles mon- diaux. Le monde craint un choc pétrolier, mais il sous-estime un choc alimentaire. Dans les crises contemporaines, la maîtrise des intrants agricoles devient un enjeu de puissance au même titre que l’énergie. Dans cette nouvelle géoéconomie, le Maroc dispose d’atouts majeurs pour s’imposer comme un acteur clé de la sécurité alimentaire mon- diale, à condition de transformer durablement ses ressources, son agilité industrielle et sa montée en gamme énergétique en levier stratégique de long terme. ◆

de dollars, avec une demande particulièrement concentrée en Asie. L’Inde, à elle seule, consomme plus de 35 millions de tonnes d’engrais par an, ce qui en fait l’un des plus grands importateurs mondiaux. Dans ce contexte, toute pertur- bation des flux en provenance du Golfe, notamment pour l’urée et l’ammoniac, dont une part significative transite par Ormuz, peut créer des tensions immé- diates sur l’offre mondiale. C’est précisément dans cette nou- velle configuration que s’inscrit la stratégie de l’OCP Group, qui transforme progressivement une menace globale en opportunité d’expansion de son portefeuille international. Après les États-Unis, c’est désormais au tour de l’Inde de s’intéresser de plus en plus aux solutions proposées par le groupe marocain. Dans un environnement marqué par l’in- certitude, New Delhi cherche à réduire sa dépendance vis-à- vis des flux en provenance du Golfe et à sécuriser ses besoins en intrants agricoles pour une population de plus de 1,4 mil- liard d’habitants. Le Maroc fournit déjà une part importante des besoins indiens en phosphates. Mais dans un scénario de blocage ou de forte tension au niveau du détroit d’Ormuz, cette relation pourrait encore s’intensifier. C’est ici que la stratégie de l’OCP apparaît particulièrement agile. Le groupe ne se contente pas de subir une recomposition géoéconomique mondiale; il cherche à la trans- former en levier d’expansion commerciale et stratégique. Autrement dit, l’OCP convertit une menace globale en opportu-

 Une perturbation du gaz et des flux du Golfe pourrait déclencher une hausse mondiale des prix agricoles, accentuant les risques d’insécurité alimentaire.

par un facteur clé : la sécuri- sation de l’approvisionnement énergétique. Car si le Maroc est une puis- sance phosphatière de premier plan, il demeure dépendant du gaz pour certaines composantes de la production d’engrais. C’est dire que la montée en puis- sance du Royaume dans cette nouvelle géoéconomie agricole dépendra aussi de sa capacité à consolider sa souveraineté énergétique. Mais au-delà de cette reconfiguration globale, une dynamique plus fine est en train d’émerger sur les marchés internationaux. Face aux risques croissants de perturbation des flux transitant par le détroit d’Ormuz, plusieurs grandes économies cherchent désormais à sécuriser leurs approvisionnements en engrais en diversifiant leurs partenaires. Cette tendance traduit un bas- culement progressif vers une logique de souveraineté agri- cole, où la sécurité des intrants devient aussi stratégique que celle de l’énergie. Selon les données de l’Inter- national Fertilizer Association, le marché mondial des engrais représente plus de 200 milliards

L’agilité stratégique du Maroc et de l’OCP

Mais dans cette contraction de l’offre mondiale, une reconfigu- ration des équilibres pourrait également s’opérer. Le Maroc dispose dans cette nouvelle donne d’un avantage stratégique majeur. Le Royaume détient environ 70% des réserves mon- diales de phosphates et, via l’OCP Group, représente envi- ron 30% du marché mondial des engrais phosphatés. Dans un contexte de raréfac- tion des engrais azotés et de tensions sur les approvision- nements mondiaux, les pays importateurs pourraient être amenés à diversifier leurs sources d’approvisionnement. Cette évolution renforcerait mécaniquement la position du Maroc comme fournisseur stra- tégique. Par ailleurs, le groupe OCP a engagé des investisse- ments massifs pour augmen- ter ses capacités de produc- tion et développer des engrais durables, notamment à travers l’ammoniac vert, dans l’antici- pation d’une demande mondiale croissante. Cependant, cette opportunité reste conditionnée

À retenir

• Le détroit d’Ormuz concentre près de 20% du pétrole mondial transporté par voie maritime; • Le gaz représente 70 à 80% du coût de production des engrais azotés; • Hausse récente du gaz européen (TTF) : +60% en quelques semaines; • Au Maroc, l’ammonitrate, en hausse de +60%, met sous pression les exploitations; • Jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer en insécurité alimentaire (PAM); • Le Maroc détient 70% des réserves mondiales de phosphates et ~30% du marché des engrais phosphatés.

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