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FINANCES NEWS HEBDO

MARDI 31 MARS 2026

FOCUS

Guerre en Iran «Cette crise est d’abord une confrontation d’influence régionale»

également cette crise comme un moment de repositionnement. Certaines cherchent à éviter un débordement incontrôlé, d’autres à préserver leurs marges de négo- ciation futures. Derrière le visible militaire, se joue une question plus profonde, celle de la future hiérarchie régionale. F. N. H. : Cette escalade pourraittelle entraîner un élargissement du conflit audelà des frontières ira- niennes, et quels risques voyezvous pour la stabilité du MoyenOrient ainsi que pour l’ensemble de la région MENA ? Me A.E.K.B. : Le risque existe toujours lorsqu’une crise s’installe dans une région aussi sensible. Le Moyen-Orient fonctionne selon des équilibres particulièrement réactifs; une tension prolongée produit rarement des effets stric- tement limités à son foyer initial. Même en l’absence d’une exten- sion militaire directe, l’instabi- lité peut se diffuser par d’autres canaux, à savoir tensions mari- times, crispations diplomatiques, perturbations économiques ou activation indirecte de zones péri- phériques. Le danger principal réside souvent moins dans une guerre générale immédiate que dans l’accumula- tion progressive d’incertitudes qui fragilise l’environnement régional. Pour la région MENA, cela signi- fie une hausse de prudence des investisseurs, un ralentissement de certains projets et une tension accrue sur plusieurs équilibres politiques. F. N. H. : Le programme nucléaire iranien constitue- t-il aujourd’hui le principal point de bascule stratégique de cette confrontation, au regard des équilibres sécu- ritaires régionaux et interna- tionaux ? Me A.E.K.B. : Le nucléaire concentre aujourd’hui plusieurs dimensions stratégiques majeures à la fois, ce qui explique qu’il demeure au cœur de la confron- tation. Pour Israël, il s’agit d’une question

L’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël ravive les tensions au Moyen-Orient et fait craindre un nouvel épisode d’instabilité régionale aux répercussions mondiales. Derrière la confrontation militaire se jouent en réalité des rivalités d’influence régionales et des enjeux nucléaires majeurs qui dépassent le cadre du conflit. Entretien avec Me Abdelhakim El Kadiri Boutchich, juge près la Cour internationale de résolution des différends (Incodir) à Londres et consultant international auprès de l'Ordre mondial des experts internationaux à Genève.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

et à son influence régionale. Israël agit selon une logique constante de prévention sécuritaire, fondée sur l’idée qu’une menace poten- tielle doit être contenue avant qu’elle ne modifie durablement l’équilibre stratégique. Quant aux États-Unis, leur présence reste structurée par une double logique, à savoir préserver leurs alliances régionales tout en évitant une implication directe incontrôlée. Ce qui marque un tournant, c’est que cette confrontation intervient dans un contexte où les marges de stabilité sont devenues plus étroites qu’auparavant. Chaque action militaire ou démonstration de force produit immédiatement des lectures politiques dans l’en- semble de la région. Autrement dit, nous sommes passés d’un équilibre fondé sur des mécanismes de stabilisation relative à une phase où la stabi- lité repose essentiellement sur la gestion permanente de tensions maîtrisées.

F. N. H. : Quels sont les prin- cipaux enjeux géopolitiques qui se jouent derrière ce conflit ? Me A.E.K.B. : Au fond, cette crise est d’abord une confrontation d’in- fluence régionale. L’Iran défend une architecture stra- tégique construite progressive- ment à travers plusieurs espaces régionaux. Cette architecture lui permet de maintenir une capacité d’influence politique et sécuritaire au-delà de ses frontières immé- diates. Israël considère que cette pro- gression modifie directement son environnement stratégique et ren- force des risques qu’il estime ne pas pouvoir laisser évoluer libre- ment. Les États-Unis, eux, cherchent à maintenir un équilibre compatible avec leurs intérêts sécuritaires, énergétiques et diplomatiques. Mais ce qui est particulièrement important, c’est que plusieurs puissances régionales observent

Finances News Hebdo : Comment analysez-vous l’escalade militaire actuelle entre l’Iran, les États-Unis et Israël, et dans quelle mesure cette confrontation traduit- elle une nouvelle transfor- mation de l’équilibre straté- gique au Moyen-Orient ? Me Abdelhakim El Kadiri Boutchich : Ce qui se déroule actuellement dépasse une simple montée de tension militaire entre trois acteurs majeurs. Nous sommes face à une séquence où plusieurs logiques stratégiques s’entrecroisent dans un espace régional déjà fragilisé par des accumulations de crises non réso- lues. L’Iran cherche à préserver une profondeur stratégique qu’il considère essentielle à sa sécurité

Pour l’Iran, le nucléaire représente à la fois un levier de souveraineté et un instrument de négociation stratégique face aux pressions extérieures.

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