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FINANCES NEWS HEBDO

MARDI 31 MARS 2026

FOCUS

duit aussi des mouvements de réallocation économique. Lorsque l’incertitude augmente dans cer- taines régions, les capitaux et les opérateurs industriels recherchent des espaces offrant davantage de stabilité, de visibilité réglementaire et de sécurité logistique. Le Maroc dispose précisément de plusieurs atouts dans cette confi- guration, notamment la proximité européenne, profondeur africaine, infrastructures portuaires perfor- mantes, connectivité logistique et stabilité institutionnelle. Certaines entreprises internatio- nales peuvent ainsi reconsidérer leurs circuits d’implantation ou leurs chaînes d’approvisionne- ment. Le Maroc peut alors appa- raître comme un espace de conti- nuité économique et industrielle. Mais cette opportunité dépend d’une condition sine qua non : celle de maintenir un climat de confiance et une grande lisibilité économique. F. N. H. : Quelles stratégies concrètes pourraient adop- ter le Maroc et les pays de la région pour protéger leurs intérêts économiques et sécuritaires face à cette ins- tabilité au Moyen-Orient ? Me A.E.K.B. : La première réponse reste l’anticipation struc- turée. Cela suppose un renfor- cement des stocks stratégiques, une diversification continue des sources d’approvisionnement et une sécurisation des corridors logistiques. Mais la réponse la plus durable reste intérieure, avec une économie productive, une gouver- nance lisible et une capacité insti- tutionnelle rapide d’adaptation. Pour le Maroc, cela implique éga- lement de poursuivre l’effort de souveraineté énergétique, de pro- téger les infrastructures critiques et de maintenir une vigilance per- manente sur les secteurs les plus exposés. Dans un environnement instable, la rapidité de réaction devient elle-même un facteur de sécurité. Aujourd’hui, la résilience écono- mique n’est plus simplement une question de gestion; elle devient une composante directe de sou- veraineté stratégique. ◆

circuits internationaux, à savoir commerce extérieur, logistique portuaire, industrie exportatrice et approvisionnement énergétique. La première zone de sensibili- té reste énergétique, car toute hausse prolongée des prix du pétrole agit non seulement sur les coûts d’importation, mais aussi sur plusieurs équilibres productifs internes. Même si le Maroc a considéra- blement renforcé ses capacités dans les énergies renouvelables, la dépendance partielle aux fluc- tuations internationales demeure un facteur de vigilance. Sur le plan économique, les coûts logistiques mondiaux peuvent également affecter certaines chaînes industrielles et ralentir certains flux commerciaux. Mais diplomatiquement, le Maroc conserve un avantage impor- tant, sa stabilité institutionnelle et la continuité de sa diploma- tie renforcent sa crédibilité dans les périodes d’incertitude. Dans ce type de contexte, la stabilité devient aussi un facteur d’attrac- tivité économique. F. N. H. : Cette crise peut- elle créer, paradoxalement, certaines opportunités éco- nomiques pour le Maroc, notamment à travers un redéploiement de capitaux et des relocalisations indus- trielles ? Me A.E.K.B. : Effectivement, parce qu’historiquement, toute crise géopolitique majeure pro-  La moindre perturbation dans le détroit d’Ormuz peut provoquer une hausse rapide des prix de l’énergie et une forte volatilité des marchés.

que de véritables ruptures dans les alliances internationales. Les grandes puissances restent extrê- mement prudentes, car chacune mesure qu’une implication exces- sive pourrait rapidement rendre la crise plus difficile à contenir. Les États-Unis maintiennent une posture de soutien stratégique destinée à préserver leurs équi- libres régionaux sans ouvrir un engagement direct plus large. La Russie et la Chine, de leur côté, observent avec attention l’évolu- tion du rapport de forces, chacune selon ses propres intérêts géopo- litiques et énergétiques. Les puissances européennes pri- vilégient surtout une logique de limitation des débordements, conscientes des conséquences immédiates qu’une aggravation du conflit pourrait produire sur les marchés et sur leur sécurité énergétique. Dans ce type de crise, la rete- nue devient parfois une forme de puissance, car préserver la capa- cité d’influence sans provoquer de rupture majeure devient l’objectif principal. F. N. H. : Dans un contexte mondial marqué par de fortes tensions géopoli- tiques, quelles pourraient être les répercussions potentielles pour le Maroc ? Me A.E.K.B. : Pour le Maroc, les effets seraient indirects, mais ils peuvent devenir significatifs si la crise se prolonge. Le Royaume est aujourd’hui inséré dans plusieurs

F. N. H. : Sur le plan éco- nomique mondial, quelles pourraient être les consé- quences concrètes de cette crise, notamment sur les marchés de l’énergie ? Me A.E.K.B. : L’économie mon- diale reste extrêmement sensible à ce type de tension, car le Moyen- Orient demeure un centre straté- gique pour l’énergie et plusieurs flux commerciaux internationaux. Le premier effet apparaît immédia- tement sur les marchés pétroliers, où toute tension géopolitique se traduit par une prime d’incertitude. Mais rapidement, d’autres méca- nismes apparaissent tels que la hausse des coûts logistiques, le renchérissement des assurances maritimes et le ralentissement de certains flux commerciaux. Les chaînes d’approvisionnement mondiales deviennent alors encore plus vulnérables. F. N. H. : Assiste-t-on aujourd’hui à une recom- position progressive des alliances internationales autour de ce conflit, et quelles stratégies les grandes puissances pour- raient-elles adopter pour en contenir les effets ? Me A.E.K.B. : Nous observons plutôt des ajustements progressifs

Le danger principal réside souvent moins dans une guerre générale immédiate que dans l’accumulation progressive d’incerti- tudes qui fragilise l’environnement régional.

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