SANTÉ
34
FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026
Journée mondiale du rein «La maladie rénale progresse en silence au Maroc»
vent silencieuse, certains signes peuvent apparaître et ne doivent pas être négligés, tels que des modifications de la couleur des urines, une hypertension arté- rielle, une fatigue persistante ou une rétention d’eau. Il est important de rappeler que per- sonne n’est à l’abri des mala- dies rénales. Seul un dépistage précoce permet de détecter à temps une diminution de la fonc- tion rénale et d’intervenir effi- cacement. Cette détection pré- coce peut prévenir l’évolution vers l’insuffisance rénale sévère et ses complications cardiovas- culaires, et permettre de retar- der, voire d’éviter le recours à la dialyse ou à la transplantation rénale. F. N. H. : Quels sont aujourd’hui les principaux facteurs de risque qui menacent la santé rénale des Marocains ? Et quels gestes simples chacun peut-il adopter pour proté- ger ses reins ? Pr A. B. : Plusieurs facteurs de risque menacent la santé rénale des Marocains. Les deux causes principales restent le diabète et l’hypertension arté- rielle, qui sont à l’origine d’envi- ron la moitié des cas d’insuf- fisance rénale chronique. Le diabète, en particulier, constitue l’un des ennemis majeurs des reins : l’excès de sucre dans le sang altère progressivement les petits vaisseaux des glomérules, entraînant avec le temps une néphropathie diabétique et une dégradation progressive de la fonction rénale. Les personnes souffrant de diabète, d’hyper- tension artérielle, d’obésité, ou ayant des antécédents person- nels ou familiaux de maladies rénales, certaines malformations urinaires ou des infections uri- naires répétées présentent aussi un risque plus élevé de déve- lopper une maladie rénale chro- nique. D’autres causes peuvent également intervenir, notam- ment certaines maladies inflam- matoires ou auto-immunes, des maladies génétiques, mais aussi l’exposition à des médicaments ou substances toxiques pour le
Les maladies rénales évoluent de manière préoccupante au Maroc. Près de 3 millions de Marocains seraient touchés à différents stades, tandis que des milliers de patients vivent sous dialyse. A l’occasion de la Journée mondiale du rein, l’accent est mis sur la prévention et le dépistage précoce. Entretien avec la professeure Amal Bourquia, néphrologue, présidente de l’association REINS, auteur et experte en éthique médicale.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
sont actuellement en hémodia- lyse périodique, soit près de 1.800 patients dialysés par mil- lion d’habitants, alors que seuls environ 650 patients ont bénéfi- cié d’une transplantation rénale. Chaque année, des milliers de nouveaux patients nécessitent un traitement de suppléance rénale, illustrant une incidence et une prévalence en constante augmentation. Ce fardeau crois- sant des maladies rénales, asso- cié aux disparités d’accès aux soins, pèse lourdement sur les patients, leurs familles, les pro- fessionnels de santé, les orga- nismes de couverture médicale et la société marocaine dans son ensemble. Par ailleurs, la mortalité liée à la MRC continue d’augmenter et les projections indiquent qu’elle pourrait deve- nir la cinquième cause de décès dans le monde d’ici 2040.
F. N. H. : La maladie rénale est souvent qualifiée de maladie silencieuse. Pourquoi est-il si difficile de la détecter à temps ? Pr A. B. : La maladie rénale est souvent silencieuse et évolue longtemps sans symptômes per- ceptibles. Dans la majorité des cas, les patients ne découvrent leur maladie qu’à un stade avan- cé, lorsque la fonction rénale est déjà altérée. L’insuffisance rénale caractérisée par une dégradation progressive et sou- vent irréversible de la fonction rénale apparaît au terme d’une progression lente et longtemps asymptomatique, ce qui rend sa détection précoce particuliè- rement difficile. Lorsqu’elle est diagnostiquée, il est malheureu- sement fréquent que la maladie ait déjà atteint un stade avancé. Même si la maladie reste sou-
Finances News Hebdo : La maladie rénale chro- nique touche près d’une personne sur dix dans le monde. Où en est le Maroc aujourd’hui face à ce défi de santé publique ? Pr Amal Bourquia : La maladie rénale chronique touche près de 10% de la population mondiale, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique. Au Maroc, les estimations indiquent que près de 3 millions de personnes seraient atteintes de maladies rénales à différents stades, dont une grande partie ignore encore sa maladie. L’insuffisance rénale chronique représente l’une des complications les plus graves et les plus fréquentes de la MRC (Maladie rénale chronique). Au Maroc, les chiffres sont parti- culièrement préoccupants. Ainsi, près de 40.000 patients
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker