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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026

Gouvernance publique L’exigence d’exemplarité

L

Par D. William

intégrité s’impose désormais comme un ins- trument de puissance publique et écono- mique. Le rapport «Perspectives de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corrup- tion 2026» le dit sans détour : les pays qui réussissent ne sont pas forcément ceux qui empilent les lois, mais ceux qui les appliquent réellement. Or, partout, le même mal persiste, à savoir un décalage entre l’arsenal juridique et sa traduction concrète. Ce déficit d’exé- cution atteint en moyenne 19 points dans les 62 pays étudiés, signe que la lutte contre la corruption reste souvent théorique. Pour le Maroc, ce constat interpelle, d’autant que le pays est engagé dans une phase de transformation profonde. Infrastructures, industrialisation, transition énergétique ou encore montée en gamme des filières expor- tatrices sont autant d’initiatives qui reposent sur un facteur souvent sous-estimé : la cré- dibilité institutionnelle. L’OCDE rappelle, à ce titre, que la corruption ne freine pas seule- ment l’éthique publique, elle pénalise directe- ment l’investissement, fausse la concurrence et renchérit les coûts. Dans un contexte où le Royaume ambitionne de devenir un hub régional, cette dimen- sion prend une importance particulière. Les investisseurs ne cherchent pas seulement des incitations fiscales ou des infrastructures modernes. Ils recherchent un environnement prévisible, où les règles du jeu sont claires et

respectées. Le Maroc dispose certes d’atouts indéniables, notamment la stabilité politique, la position géographique ou encore un climat des affaires qui s’améliore constamment. Mais ces avan- tages peuvent être érodés si la perception d’un écart entre la norme et la pratique per- siste. L’enjeu est donc économique, faisant de l’intégrité un facteur de compétitivité. Le rapport souligne également que les pays les plus performants abandonnent progres- sivement une approche bureaucratique pour adopter une logique fondée sur les résultats. Autrement dit, il ne s’agit plus de multiplier les procédures, mais de cibler les facteurs de vulnérabilité comme les marchés publics, le financement politique et les conflits d’intérêts qui sont autant de terrains où l’efficacité se mesure à la capacité de prévenir plutôt que de sanctionner. Pour le Maroc, cela implique un changement de culture administrative. Cela suppose, entre autres, une meilleure exploitation des données et des outils numériques, que l’OCDE identifie

comme des leviers décisifs pour détecter les anomalies et rationaliser les contrôles. Le Royaume a déjà engagé des chantiers dans ce sens, notamment avec la digitalisa- tion des services publics. Mais le défi reste d’intégrer ces outils dans une stratégie glo- bale de gouvernance et non comme des ini- tiatives isolées. Un autre enseignement du rapport mérite attention : la corruption prospère souvent là où il y a des fragilités. Là où le contrôle est faible, là où les interactions entre public et privé sont nombreuses et là où les montants sont élevés. Les marchés publics en sont l’exemple le plus frappant. A l’échelle mon- diale, jusqu’à un quart des investissements publics peuvent être affectés par des pra- tiques inefficaces ou frauduleuses. Dans un pays comme le Maroc, où les inves- tissements publics structurent la dynamique économique, l’enjeu est immense. Chaque Dirham mal alloué est une opportunité perdue en matière de croissance, d’emploi ou de cohésion sociale. Enfin, la question de la confiance reste cen- trale. Le rapport note que, globalement, les citoyens font de moins en moins confiance à leurs institutions. Cette défiance n’est pas anodine. Elle fragilise le contrat social, ali- mente le scepticisme et réduit l’efficacité des politiques publiques. Au Maroc, cette dimension est particulière- ment sensible. Le pays avance vite, mais il avance sous le regard d’une société de plus en plus exigeante. Les attentes en matière de transparence, d’équité et de responsabilité sont élevées. Et elles continueront de croître. L’intégrité, dans ce contexte, devient un marqueur de maturité institutionnelle qui se construit dans la durée et par des pra- tiques cohérentes et visibles. Et c’est sur ce registre que les Marocains attendent leurs gouvernants, car l’intégrité ne doit pas être une notion creuse utilisée abusivement pour embellir des discours cosmétiques, mais une habitude ancrée dans les actes quotidiens. Parce que, in fine, il s’agit de consolider la confiance, d’attirer durablement les investis- sements et de renforcer la solidité même du modèle économique. ◆

La corruption prospère souvent là où le contrôle est faible, les interactions entre public et privé nombreuses et les montants élevés.

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