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BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026

à un éventuel choc pétrolier pro- longé. Dans son raisonnement, l’insti- tut d’émission souligne aussi que l’économie nationale aborde cette séquence avec des fondamentaux plus solides qu’au cours de pré- cédents épisodes de tension. La croissance non agricole reste sou- tenue, les réserves de change sont jugées confortables et le système bancaire conserve des capacités de refinancement importantes. Cela permet, pour l’instant, d’ab- sorber un choc limité sans remettre en cause l’orientation générale du cadre macroéconomique. Pour autant, le wali a insisté sur le fait que la politique monétaire ne sera pas conduite sur la base d’hypothèses figées. Elle se fera, a-t-il dit, «réunion après réunion», à partir des données les plus actua- lisées. Bank Al-Maghrib se dit même prête, si les circonstances l’exigent, à convoquer une réunion exceptionnelle du Conseil, à dis- tance ou en présentiel, en cas de dégradation rapide de la situation internationale. En clair, le message du wali est que la baisse de l’inflation ne suf- fit pas, à elle seule, à justifier un nouvel assouplissement moné- taire lorsque le principal risque se trouve désormais hors des fron- tières. Face à un choc géopoli- tique dont l’onde de transmission passe d’abord par l’énergie, puis potentiellement par l’inflation et les équilibres extérieurs, la Banque centrale préfère attendre, observer et garder la main. ◆ Sur la situation des banques marocaines en Europe, Abdellatif Jouahri a annoncé que la Commission européenne avait validé l’accord conclu avec la France concernant l’application de la directive CRD VI. Cette avancée permet aux établisse- ments marocains de poursuivre leurs opérations de relais auprès de leurs clients en Europe «sans grosse difficulté». Une task force, pilotée par le ministère des Affaires étrangères, pour- suit par ailleurs les discussions avec d’autres pays, notamment la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie. Jouahri rassure Directive CRD VI

 Face à un choc géopolitique aux contours encore flous, BAM a choisi de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%.

Politique monétaire Bank Al-Maghrib temporise face au choc géopolitique

L La Banque centrale a choisi le statu quo. Réuni le 17 mars, son Conseil a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25%, préférant la prudence dans un environnement international redevenu hautement incertain après l’embrasement au Moyen-Orient. Par Y . Seddik

ors de sa conférence de presse tenue à l’issue du Conseil, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a clairement relié cette décision au nouveau risque géo- politique apparu dans la région. Pour lui, cette guerre vient s’ajou- ter à une incertitude mondiale déjà alimentée par le conflit en Ukraine et par les tensions commerciales internationales. Surtout, ses effets économiques restent, à ce stade, impossibles à figer. Tout dépen- dra, a-t-il insisté, de «la durée, de l’étendue et de l’intensité» du conflit. C’est précisément cette imprévi- sibilité qui a conduit le Conseil à ne pas aller plus loin dans l’assou- plissement monétaire. La Banque centrale considère certes que l’in- flation évolue à des niveaux modé- rés et que l’activité nationale reste bien orientée, mais elle estime que

le choc extérieur potentiel impose de conserver des marges de manœuvre. La décision de main- tien a d’ailleurs été prise à l’unani- mité. Le canal de transmission le plus surveillé reste celui de l’éner- gie. Bank Al-Maghrib a expliqué avoir travaillé sur plusieurs hypo- thèses de prix du pétrole, avec un scénario central tournant autour de 80 dollars le baril, complété par des exercices de stress à 100 dollars, voire au-delà. Abdellatif Jouahri a rappelé que certains scénarios internationaux montent jusqu’à 130 ou 140 dollars avec, dans ce cas, des conséquences beaucoup plus lourdes sur l’éco- nomie mondiale. Pour le Maroc, l’impact resterait contenu dans l’hypothèse d’un conflit de courte durée. Mais ce scénario central pourrait vite deve- nir caduc si les tensions se pro-

longent. Une hausse durable des cours énergétiques alourdirait la facture des importations, pèserait sur les comptes extérieurs et pour- rait finir par raviver les tensions inflationnistes, à travers les carbu- rants puis les coûts de transport et, plus largement, les prix intérieurs. À ce stade, Bank Al-Maghrib conti- nue toutefois de tabler sur une infla- tion modérée. Après le net ralentis- sement observé ces derniers mois, l’inflation devrait ressortir à 0,8% en 2025 puis à 0,8% en 2026, avant de remonter graduellement à 1,4% en 2027. Cette accalmie reste liée à plusieurs facteurs favorables, notamment le recul des prix des carburants sur la période récente, l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et la baisse marquée des prix des huiles. Mais la Banque centrale reconnaît que cet équilibre demeure fragile face

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