BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 31 MARS 2026
tif : simplifier les procédures de cession et sécuriser le transfert des garanties, tout en maintenant la protection des débiteurs. En parallèle, le cadre prudentiel a été revu. «Bank Al-Maghrib a introduit de nouvelles catégo- ries de créances et renforcé les règles de classification et de pro- visionnement, dans une logique d’alignement avec les meilleures pratiques internationales. Une évolution qui vise à améliorer la transparence et à renforcer la dis- cipline dans la gestion du risque de crédit» , précise Jouahri. Autre levier activé : les pratiques de recouvrement elles-mêmes. Le secteur s’est doté d’une charte encadrant les démarches amiables, avec une priorité don- née aux solutions négociées avant tout recours judiciaire, dans un cadre plus transparent et encadré. Reste enfin le maillon le plus sen- sible : le judiciaire. Complexité des procédures, délais de traite- ment, difficultés de notification… sont autant de contraintes iden- tifiées par les acteurs. C’est sur ce point que le dialogue engagé avec le ministère de la Justice doit produire des résultats concrets, notamment via la digitalisation des procédures et le déploiement d’outils facilitant le traitement des dossiers. Ainsi, «la plateforme “TABADOUL”, dédiée au paie- ment des frais judiciaires et au suivi des affaires, s’inscrit dans cette logique et devrait être pro- gressivement étendue au secteur bancaire» , souligne A. Jouahri. Au final, Bank Al-Maghrib avance sur plusieurs fronts pour desserrer l’étau des créances en souffrance. Un chantier technique, mais aux implications très concrètes : redonner de l’oxygène au crédit et, par ricochet, à l’investisse- ment. ◆ BAM juge élevée la sinistralité du secteur au regard des standards internationaux, où les ratios oscillent entre 1,5% et 6,8% selon les pays.
Après des années de traitement en circuit fermé, les créances en souffrance s’apprêtent à entrer dans une logique de marché.
Crédits en souffrance BAM active tous les leviers pour fluidifier le recouvrement L Avec plus de 100 Mds de dirhams de créances en difficulté à fin 2025, Bank Al-Maghrib enclenche un chantier global pour désengorger les bilans bancaires et relancer le crédit. Par Y. Seddik des créances en souffrance. Pour le wali, c’est l’effet d’éviction qui inquiète. Ces créances immo- bilisent du capital, pèsent sur les bilans et limitent la capacité des banques à accorder de nouveaux financements. Un point régulière- ment relevé par les agences de notation, qui continuent de sur- veiller de près la qualité des actifs du secteur bancaire marocain. La réponse de la Banque centrale s’organise autour d’un ensemble de réformes complémentaires. Le chantier le plus structurant reste la création d’un marché secondaire des créances en souffrance. L’idée est de permettre aux banques de céder ces actifs, de récupérer de la liquidité et de réallouer leurs ressources vers le financement de l’économie. Un cadre légal est en préparation pour encadrer ces opérations, avec un double objec-
e sujet n’est pas nouveau, mais devient de plus en plus pressant. Face à un stock de crédits en souffrance qui dépasse 100 Mds de dirhams, Bank Al-Maghrib remet le recouvrement au cœur des priorités du secteur finan- cier. Un niveau jugé élevé, surtout comparé à plusieurs économies où les taux restent nettement plus contenus (entre 1,5% et 6,8% selon les pays). «Le taux de ces créances dans le secteur bancaire marocain s’établit à 8,2% à fin 2025, pour un encours dépassant 100 mil- liards de dirhams, un niveau jugé élevé comparativement aux stan- dards internationaux» , a indiqué Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, lors d’un séminaire national organisé conjointement avec le ministère de la Justice sur l’efficience du cadre juridique relatif au recouvrement judiciaire
Jusqu’ici, les créances en souffrance restaient, dans les faits, bloquées au bilan des banques ou traitées dans un cadre peu propice à l’émergence d’un véritable marché. Avec ce projet, leur cession directe reçoit une base juri- dique explicite. Le périmètre est large, puisque la vente peut porter sur tout ou partie d’une ou plusieurs créances, et l’acquisition n’est plus réservée aux seuls acteurs bancaires ou financiers régulés. Autre avancée déterminante : les sûretés et garanties attachées aux créances, y compris les hypothèques, sont transférées de plein droit au cessionnaire, avec maintien du rang hypo- thécaire. Le débiteur, lui, n’a pas à donner son accord, même si la cession ne lui devient opposable qu’après notification. En clair, le texte cherche à lever les principaux verrous juridiques qui freinaient jusqu’ici la naissance d’un marché secondaire opérationnel. Ce que le projet de loi change concrètement
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