Grazia Daily Cannes 2018 J-2

DA I LY CANNES

V E N 11 mai

DOWN En une de nos confrères de Nice-Matin, une enquête sur le commerce des autographes durant le Festival, avec des indices de valeurs, des courbes… On y apprend de la voix d’un chasseur que (on cite): «Godart, c’est au moins 500 euros.» Fâché avec l’orthographe, donc. A quoi ressemble un Cannes post-Weinstein? A un numéro vert «Stop harcèlement», le 0492998009. Une bonne initiative, dont on peut juste regretter qu’il soit indisponible entre 2 heures et 9 heures du matin. Mis en ligne mercredi soir, Vent d’ouest, un court film inédit signé Godard à partir d’images de drones survolant la ZAD de Notre- Dame-des-Landes est un fake, selon son entourage. Le Livre d’image, son dernier film, est projeté cet après- midi en compétition. UP FAKE NEWS TIME’S UP CANNOIS TRACE TA ROUTE

Cannes sans dormir JOUR 2 Par Philippe AZOURY M ais à la fin, c’est quoi toute cette histoire de pas dormir à Cannes ? Personne ne t’en empêche, après tout…» Sophie, visible- ment sous G à la réouverture du Vertigo, cherchait à capter le truc, au point qu’elle en était jusqu’à ignorer le nouveau spectacle d’Estelle Roedrer, la créature aux seins quasi-parfaits essayait pourtant un show aventureux qui valait le coup d’œil, essuyant les plâtres devant une petite foule conquise d’avance, les habitués du 7, rue Rouguière ayant répondu présents comme un seul homme à l’invitation du club le plus off du monde, sexy, malfamé, donc bien. Elle a raison, Sophie, rien ne nous empêche de dormir à Cannes et les raisons de changer cette rubrique en «Cannes sans sortir » seraient toutes aussi potables. A com- mencer par la musique. Un point noir à propos duquel Alexis, à la fête d’ouverture de la Quinzaine, évoquait les grands brûlés à l’acide des années hippie qui, pris dans un cercle infernal et lysergique, avaient l’impression de revivre chaque jour les mêmes évènements dans le même ordre : « Il y a un an, ils ont joué ce tube de 2010 exacte- ment à la même heure. Selon mes estimations, d’ici trois ans, ils incluront Despacito dans leur playlist pourrie et le joueront chaque soir jusqu’à la fin des temps… Ah, bon sang, j’aime pas les chiffres. » En 2018, au prix de la location hebdomadaire, on peut exiger de gigoter sur autre chose que le Gangnam Style. Mais les raisons de nos insomnies ne sont pas (que) musicales, sexuelles, gastronomiques, chimiques, intellectuelles (rayez la mention inutile). Ok, on aime dire tard des trucs débiles avec des gens intelligents ou l’inverse, mais on peut le faire ailleurs et sans avoir dix articles à rendre le lendemain. Non, ne pas dormir à Cannes ne tient qu’à une raison : ici, il y a le ciel et on le voit. Même Romain l’a vu, ce matin alors que l’on prenait un café avant la projection de 8h30 de Leto : «Regarde Philippe, regarde ce ciel : il est RUSSE. »

donc de non-étatique. Il le place sur une chaîne de la beauté dont Viktor est désormais l’héritier slave. Natasha, qui a un enfant de Mike, couve Viktor des yeux, pose sa tête sur son épaule, embrasse ses lèvres. Elle en a le droit car Viktor com- mence à naître en chacun d’eux comme ce dernier héros russe, pre- mier punk, ultime idole, ce Kurt Cobain né dans un empire soviétique qui a tout essayé pour interdire le rock. Mais à Leningrad, un ange s’est posé. Il mourra en 1990, à 28 ans, comme les autres (Jim, Jimi, Brian, Janis…). Que s’est-il exactement passé ce matin, lors de la projection de presse de Leto, filmprésenté sans son réa- lisateur, le cinéaste et homme de théâtre Kirill Serebrennikov, assigné à résidence en Russie ? Quelque chose comme le passage dans le ciel du théâtre Lumière d’une comète. Des images blanches, des êtres d’une beauté surnaturelle, une virtuosité dans les mouvements, et en même temps des prises de risques partout, de la saleté, des manières de clip, de l’anti-sublime, des tags grattés à même la pellicule, du théâtre en désordre, pour que jamais cette histoire, cette légende, ne repose en paix, jamais ne perde l’état de jeu- nesse fragile qui la brûle et la porte. Impression d’un film flottant dans un temps incertain, qui se consume sous nos yeux dans le soleil blanc de son incertitude, de son roman- tisme. Voilà les anges.

Notre film du jour Leto

La compétition vient de se charger d’un bel ovni: Leto, de Kirill Serebrennikov. L’URSS du mitan des années 80, le rock, l’adolescence qui finit… Par Philippe AZOURY et Romain CHARBON

Combien de saisons dure un été? Sur combien de mois, d’années s’étale-t-il? Un pique-nique sur une plage peut-il se faire entendre sur toute une génération ? Dans le Leningrad dumitan des années 80, autour d’un brasero érigé sur une plage blanche, Mike Naumenko, une gloire locale, rocker déjà légen- daire, presque cassé, un déjà vieux de presque trente ans, rencontre Viktor Tsoï, début de vingtaine, élégance d’ange eurasien, yeux en amande et étrangeté noire. Viktor chante àMike des morceaux de folk brut queMike réarrange enmorsure new wave. Mike instruit Viktor de ce que Lou Reed, Marc Bolan, les Talking Heads ou Joy Division portent en eux de révolutionnaire,

LETO de Kirill Serebrennikov (Compétition).

Notre coverstar #2: Julianne Moore, en Saint Laurent par Anthony Vaccarello et bijoux Chopard, le jour d’avant (coucou Adrien).

VENDREDI 11.05.2018 - 1

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