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Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

COOPÉRATION Maroc–UE : Un partenariat clari fi é et une coopération relancée 10 MARCHÉ BOURSIER Bourse de Casablanca : Le retour fulgurant des introductions en Bourse 12 MOYENS DE PAIEMENT Paiements électroniques : Le pari réussi de la transformation du CMI 14 CARBURANTS-LUBRIFIANTS Vivo Energy Maroc : Au service des territoires et de la mobilité 16 TÉLÉCOMS 5G : Le Maroc a réussi le lancement, reste à réussir l’impact économique Transition numérique : Orange Maroc mise sur la 5G pour chan- ger d’échelle 18 20 CONJONCTURE Croissance : Les moteurs de la reprise se rallument 6 BÂTIMENT ET TRAVAUX PUBLICS

Modernisation – Gouvernance - Régulation : Les trois chantiers majeurs du système de santé Entretien avec Abdelmadjid Belaïche : Public- Privé, «Sans régulation forte, il ne peut y avoir de véritable partenariat» Loi 131-13 : Dix ans après, un essor incontestable mais une offre encore loin des besoins Public vs privé : Vers une coconstruction opérationnelle Entretien avec Pr Intissar Haddiya : Mission médicale, «Il est possible de concilier performance économique et éthique» Déserts médicaux : Une fracture territoriale qui freine l’ambi- tion sanitaire du Maroc Ressources humaines : Une pénurie inquiétante Digitalisation, IA, Imagerie… : Les cliniques privées marocaines passent à un nouveau standard Entretien avec Dr Rajae Ghanimi : Intelligence arti fi cielle, «La technologie doit être un levier au service de l’humain» Tourisme médical : Un potentiel stratégique encore à structurer Akdital : Quand la santé devient un pilier de croissance Vicenne : La technologie médicale au service de la croissance nationale Infrastructures sportives : Un levier de relance du secteur Investissements aéroportuaires : Un levier massif pour l’écosys- tème BTP Ports : Une nouvelle carte logistique qui ouvre un cycle inédit de marchés Comment barrages et usines de dessalement stimulent le secteur Transition énergétique : Un gisement de marchés colossal pour les acteurs marocains du BTP Afrique – Moyen-Orient : L’international devient un véritable moteur de croissance Sonasid : Une trajectoire de croissance con fi rmée et des fonda- mentaux renforcés en 2025 Financement des projets : Comment banques, fonds et PPP donnent forme aux méga-chantiers

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SECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

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BTP : Les grues se relèvent Pénurie de main-d’œuvre : Un dé fi stratégique pour la crois- sance du secteur Développement durable : Le BIM pour la transition dans le secteur Construction verte : Une révolution qui se met en place Economie circulaire : Elle s’invite dans les chantiers Entretien avec Mohammed Mahboub : Infrastructures, «Le BTP devient un véritable moteur de transformation nationale» Un secteur en tension : Comment le foncier recompose l’écono- mie du BTP Coûts en hausse, exigences renforcées : L’équation délicate des opérateurs Entretien avec David Toledano : Matériaux de construction, Les grands projets structurants boostent durablement l’activité Infrastructures hospitalières : Comment elles redessinent le pay- sage du BTP au Maroc TGV - RER : Une nouvelle architecture ferroviaire

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3 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO

E DITORIAL

BTP et santé privée

Les miroirs d’un Maroc en pleine transformation

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e BTP et la santé privée ne sont plus de simples sec- teurs économiques. Ils sont devenus des révélateurs de la trajectoire nationale, de ses ambitions comme de ses fragilités.

ses investissements, ne peut à lui seul compen- ser les carences structurelles du public, d’autant plus que la pénurie de ressources humaines touche l’ensemble du système. Un système de santé national qui fait face à un déficit de méde- cins et d’infirmiers et où les investissements matériels, aussi importants soient-ils, ne pro- duiront leurs effets que s’ils sont accompagnés d’une réforme profonde de la gouvernance et de l’attractivité des métiers. La réforme sanitaire engagée par l’Etat, avec des budgets en forte hausse, la création de nouveaux CHU, la modernisation des établissements de soins primaires et la régionalisation de la gou- vernance, va dans le bon sens. Mais elle pose une équation délicate : comment articuler effica- cement l’offre du secteur privé avec un secteur public qui a une mission à forte connotation sociale ? La réponse passe nécessairement par une régulation plus exigeante, une transparence tarifaire accrue, une lutte ferme contre les pra- tiques abusives et une meilleure complémenta- rité entre les deux sphères. Au fond, BTP et santé privée ont ceci de com- mun qu’ils reflètent un Maroc engagé dans une phase d’investissement et de transformation sans précédent, mais confronté à des contraintes humaines, organisationnelles et territoriales qui conditionnent la réussite de cette trajectoire. Il appartient désormais aux acteurs publics et privés de transformer cette dynamique en pro- grès durable, au service de la collectivité. C’est tout l’enjeu des années qui viennent. Bonne lecture et excellente année à toutes et à tous.

Dans le BTP, le temps de l’attentisme est claire- ment révolu. La hausse soutenue des livraisons de ciment, le redressement de la valeur ajoutée du secteur et l’ampleur inédite de la commande publique dessinent un cycle que l’on n’avait plus observé depuis bien longtemps. La recons- truction post-séisme d’Al Haouz, avec ses 120 milliards de dirhams étalés sur cinq ans, agit comme un socle structurel. A cela s’ajoute un agenda sportif international qui, de la CAN 2025 au Mondial 2030, impose des délais, une qualité d’exécution et une intensité rarement atteintes. Cette accumulation de chantiers crée une dyna- mique puissante, mais elle met aussi le secteur face à ses propres limites. Outre les tensions sur les matériaux de construction, la pénurie de compétences, déjà latente, devient un facteur de pression central. Ingénieurs, chefs de chantier, techniciens spécialisés et bureaux de contrôle : toute la chaîne est sous tension. En parallèle, la santé privée est dans une dyna- mique de développement soutenue. Dix ans après la loi 131-13, le paysage hospitalier maro- cain a profondément changé. L’ouverture du capital des cliniques privées aux non-médecins a libéré l’investissement, permis l’émergence de groupes intégrés, modernisé les plateaux tech- niques et repositionné le privé comme un acteur

Fatima OURIAGHLI

central du système de soins. Dans certaines disciplines, le privé est même devenu le premier recours, parfois par choix, souvent par nécessité. Pour autant, cette expansion met en lumière des déséquilibres persistants. Les disparités territoriales restent criantes, l’accès aux soins spécialisés demeure problématique dans de nombreuses provinces du Royaume et la généra- lisation de la couverture médicale accentue une pression que l’offre, publique comme privée, peine encore à absorber. Le secteur privé, malgré

D ÉPARTEMENT COMMERCIAL Rania BENCHAIB - Samira LAKBIRI

J OURNALISTES Charaf JAIDANI Adil HLIMI

A DRESSE 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca Tél (0522) 98.41.64/66. Fax : (0522) 98.40.22 Site web : www.fnh.ma S.A.R.L. au capital de 5 000 000,00 DH C.N.S.S. 600 50 62 - I.F. 1022303 R.C. 94079 - Patente : 35770001 ICE : 001526693000021

Youssef SEDDIK Khalid AOURMI Ibtissam ZERROUK Désy MBAKOU R ÉVISION Mohamed LABDAOUAT D IRECTEUR TECHNIQUE & MAQUETTISTE Abdelillah CHAMSEDDINE

A SSISTANTE DE DIRECTION Amina KHCHAI

D IRECTEUR G ÉNÉRAL , RESPONSABLE DE LA PUBLICATION Fatima OURIAGHLI

A DMINISTRATIF Fatiha AÏT ALLAH

D IRECTEUR A DMINISTRATIF ET F INANCIER Leïla KINANA

I MPRESSION LES IMPRIMERIES DU MATIN

É DITIONS JMA C ONSEIL Autres publicatins du groupe : Finances News Hebdo, FNH.ma, Laquotidienne et Autonews

D IRECTEUR DES RÉDACTIONS & DÉVELOPPEMENT David WILLIAM

D ISTRIBUTION SOCHEPRESS

M ISE EN PAGE Zakaria BELADAL

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 4

CONJONCTURE

Les moteurs de la reprise se rallument Croissance

elon les dernières esti- mations des institutions internationales, la crois- sance du PIB devrait se S À l’heure où 2025 se referme, la conjoncture marocaine renvoie l’image d’une économie qui accélère sans pour autant dissiper ses fragilités. La croissance est revenue à un rythme plus soutenu, l’inflation a été ramenée à des niveaux exceptionnellement bas et le Dirham reste protégé par un matelas de réserves confortable. Mais le chômage des jeunes demeure à des niveaux élevés, la sécheresse continue de peser sur le monde rural et les comptes publics restent sous tension.

ans, 21,6% des femmes et 19% des diplômés. Parallèlement, l’ «emploi sous-utilisé» progresse, en particu- lier en milieu rural, signe d’un sous- emploi massif et d’une précarisa- tion de la main-d’œuvre. Sur le front budgétaire, l’exécutif poursuit la trajectoire de consoli- dation entamée après le choc du Covid. Le déficit a été ramené à 4,1% du PIB en 2024, soit mieux que prévu dans la Loi de Finances, grâce à des recettes fiscales supé- rieures aux anticipations. Pour 2025, les projections des bail- leurs situent le déficit entre 4,2% et environ 3,6% du PIB, selon le scé- nario de croissance et de baisse des subventions énergétiques. Sur une base de trésorerie, le déficit cumu- lé a atteint entre 50,5 et 55,5 mil- liards de dirhams à fin septembre- octobre, en nette hausse par rap- port à la même période de 2024. Le gouvernement reste sous forte pression de dépenses : généralisa- tion de la protection sociale, sou- tien au pouvoir d’achat, investis- sement public élevé, et désormais réponse aux mouvements sociaux, notamment ceux portés par la jeu- nesse autour de la qualité des ser- vices publics. Le projet de budget 2026 prévoit d’ailleurs une hausse de 16% des crédits alloués à la santé et à l’éducation, pour atteindre 140 milliards de dirhams (près de 10% du PIB). Déficit commercial en hausse, réserves confortables Le premier semestre 2025 a été mar- qué par un creusement du déficit commercial : il atteint 162 milliards de dirhams, en hausse de 18,4% sur un an. Les importations progressent

scénarios de la Banque centrale et du FMI. Cette normalisation a per- mis à Bank Al-Maghrib d’inverser le cycle entamé en 2022 : le taux direc- teur a été ramené à 2,25% en mars 2025, puis maintenu à ce niveau en juin et septembre. Le Maroc se retrouve ainsi dans une situation rare dans la région : une inflation très basse, une politique monétaire redevenue accommo- dante, et des anticipations de prix jugées «bien ancrées» par les insti- tutions internationales. Frémissement sur le chômage, fracture chez les jeunes Le marché du travail, lui, donne des signaux plus nuancés. Après une hausse du taux de chômage à 13,3% en 2024, conséquence directe de la sécheresse qui a détruit près de 140.000 emplois agricoles, la ten- dance s’est légèrement améliorée en 2025. Au premier trimestre 2025, le HCP mesure un taux de chômage de 13,3%, en légère baisse sur un an. Au deuxième trimestre, il recule à 12,8%, avant de remonter margi- nalement à 13,1% au troisième tri- mestre. Derrière ce frémissement, la frac- ture générationnelle reste béante : le chômage touche 38,4% des 15-24

situer en 2025 autour de 4 - 4,5%, après une année 2024 atone (autour de 3 - 3,5%). Le FMI projette 3,9% de progression du PIB en 2025, la Banque mondiale 3,6%, tandis que Bank Al-Maghrib et plusieurs bureaux d’études privés tablent sur une fourchette plus proche de 4,5 - 4,6%. Le rebond est déjà visible dans les chiffres : la BERD souligne une hausse de 4,7% du PIB réel sur le seul premier semestre 2025, portée par l’industrie, les services et une légère reprise de l’agriculture. L’un des faits marquants de l’année tient à la désinflation rapide. Après un pic à plus de 6% en 2023, l’infla- tion est retombée à 0,9% en 2024, grâce à la détente des prix alimen- taires et des importations. En 2025, Bank Al-Maghrib anticipe une inflation moyenne autour de 1%, avant un léger redressement vers 1,8 - 2,4% en 2026, selon les

Le secteur automobile demeure le premier exportateur du pays, représentant près de 15 milliards d’euros de ventes annuelles. repré Le le p sentant

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FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 6

CONJONCTURE

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recettes cumulées dépassent déjà 100 milliards de dirhams et le gou- vernement vise 18 millions de tou- ristes et 124 milliards de recettes sur l’année. L’industrie poursuit sa montée en gamme. Dans l’automobile, la pro- duction a bondi de 36% au pre- mier semestre 2025, dépassant les 350.000 véhicules, et la capacité nationale franchit le seuil du mil- lion de véhicules par an. Stellantis a annoncé un nouveau plan d’inves- tissement de 1,2 milliard d’euros pour porter la capacité de son usine de Kénitra à 535.000 véhicules par an et renforcer la production de modèles électriques et hybrides. En valeur, les exportations automo- biles connaissent toutefois un léger repli sur les dix premiers mois de l’année (-2,7% à 112,2 milliards de dirhams), illustrant l’effet prix et le ralentissement de certains marchés européens. Le secteur demeure néanmoins le premier exportateur du pays, représentant près de 15 mil- liards d’euros de ventes annuelles. Au-delà de l’automobile, le Royaume prépare sa prochaine phase industrielle : montée en puis- sance de l’aéronautique, électri- fication des chaînes de valeur, et développement des infrastructures dédiées à l’hydrogène vert, notam- ment autour de Nador West Med et Dakhla Atlantique. L’agriculture reste le maillon le plus vulnérable. Le Maroc sort de sa sep- tième année de sécheresse consécu- tive, avec des pertes d’emplois et de

revenus significatifs dans le monde rural. Pour sécuriser l’accès à l’eau, le pays accélère un programme massif de dessalement : l’objectif est de couvrir 60% des besoins en eau potable par le dessalement d’ici 2030, contre 25% aujourd’hui, via des unités alimentées à 100% en énergies renouvelables. La capacité de résilience de l’éco- nomie marocaine dépendra large- ment du succès de ce basculement hydrique, condition de la pérennité de son modèle agricole. Un agenda de réformes chargé Globalement, 2025 marque pour le Maroc l’entrée dans un cycle plus porteur : croissance supérieure à la moyenne des cinq dernières années, inflation maîtrisée, poli- tique monétaire redevenue favo- rable, comptes extérieurs robustes et regain de confiance des bailleurs. Mais ce tableau flatteur s’accom- pagne d’un agenda de réformes dense : poursuite de la consoli- dation budgétaire sans casser la reprise, montée en puissance de la protection sociale, réponse au chômage des jeunes, décarbona- tion industrielle, sécurisation de la ressource en eau. À la veille de 2026, la question est de savoir dans quelle mesure cette croissance, portée par le tourisme et l’industrie exportatrice, pourra se diffuser au marché du travail, réduire les inégalités territoriales et absorber les chocs climatiques à venir.

Porté par la montée en puissance de ses secteurs exportateurs et par la solidité de la demande interne, le Maroc achève 2025 sur un regain de croissance robuste.

de 8,9%, plus vite que les exporta- tions (+3%). Dans le détail, les achats d’éner- gie reculent (-7,4%), de même que les importations de blé (-9%), mais cette détente est plus que com- pensée par la dynamique d’impor- tations de biens d’équipement et de biens de consommation. Côté exportations, l’automobile demeure le premier poste, malgré un recul de 3,6% sur la période, tandis que les phosphates et dérivés rebondissent de 19%. En dépit de ce déficit, la position extérieure globale reste jugée solide: le déficit courant se maintient autour de 2% du PIB, largement financé par la hausse des inves- tissements directs étrangers et les recettes touristiques. Les réserves de change sont attendues autour de 407 milliards de dirhams en 2025, soit plus de 5,5 mois d’importations. En avril, le Maroc a par ailleurs obtenu une nouvelle ligne de crédit flexible du FMI d’un montant de 4,5 milliards de dollars, utilisée à titre de précaution pour renforcer le pare-feu face aux chocs externes.

Un moteur, une transition et un talon d’Achille

Le tourisme confirme son statut de pilier de la reprise. Les recettes atteignent 54 milliards de dirhams au premier semestre 2025, en hausse de 9,6% sur un an, portées par près de 9 millions de visiteurs étrangers sur la période. Fin septembre, les

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C OOPÉRATION

En rejetant la «motion d’objection» visant l’acte délégué sur les produits agricoles marocains, le Parlement européen a mis un terme à plusieurs années d’incertitudes juridiques et politiques autour de la relation Maroc-UE. La validation de ce texte, combinée à l’effet structurant de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, clarifie désormais la position européenne sur les provinces du Sud, sécurise les échanges commerciaux et ouvre la voie à une coopération plus fluide, plus ambitieuse et mieux alignée sur les intérêts stratégiques partagés. Un partenariat clari fi é et une coopération relancée Maroc–UE

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mateur par un étiquetage men- tionnant les régions de produc- tion au Sud du Royaume, à savoir «Laayoune-Sakiat el Hamra» et «Dakhla-Oued Eddahab». Au-delà de l’aspect commercial, c’est un signal politique envoyé par Bruxelles : les accords conclus avec Rabat doivent être appliqués tels qu’ils ont été négociés, et non réin- terprétés à la lumière de batailles judiciaires qui, ces dernières années, avaient perturbé le dialogue bilatéral. La CGEM n’a pas manqué de saluer ce geste qui consolide la dynamique exportatrice du Maroc. Les chiffres sont éloquents : plus de 200.000 tonnes de produits agricoles du Sud sont exportées vers l’Europe, représentant une valeur de 6,41 milliards de dirhams et mobilisant près de 140.000 emplois. Pour les entreprises marocaines, cet accord amendé n’est pas seulement un texte juridique, mais également un levier d’investissement, de montée en gamme et d’intégration plus pro- fonde dans les chaînes de valeur européennes. Dans ce contexte, la résolution 2797 du Conseil de sécurité joue un rôle structurant. En consacrant l’initia- tive marocaine d’autonomie comme base sérieuse et réaliste pour une

solution durable, elle a stabilisé le cadre diplomatique et réduit l’es- pace de contestation employé par ceux qui cherchaient à remettre en cause la portée des accords Maroc- UE. Cette résolution, désormais inté- grée dans la lecture stratégique de nombreuses capitales européennes, facilite mécaniquement la coopé- ration bilatérale. Elle dissipe les ambiguïtés qui ont longtemps pesé sur les accords sectoriels et clari- fie la position internationale sur le Sahara marocain, permettant à l’Europe d’avancer sans craindre les dérapages juridiques qui, par le passé, ont ralenti sa relation avec le Maroc. Bruxelles insiste d’ailleurs sur «l’amitié profonde» et la «coopéra- tion multidimensionnelle» qui lient les deux partenaires. Une manière de rappeler que, malgré les turbu- lences des dernières années, l’UE et le Maroc demeurent liés par des échanges économiques massifs, soit plus de 640 milliards de dirhams par an, et par une logique d’interdé- pendance désormais enracinée. Et, au regard des derniers développe- ments politiques, cette interdépen- dance est appelée à s’intensifier, car le nouveau cadre onusien ouvre la voie à des partenariats plus ambi-

e vote, mercredi 26 novembre 2025, du Parlement européen rejetant la «motion d’objection» contre

l’acte délégué relatif aux pro- duits agricoles marocains clôt une séquence politique qui, depuis plu- sieurs années, brouillait la relation entre Rabat et Bruxelles. En validant le texte de la Commission, les euro- députés reconnaissent pleinement l’intégration des provinces du Sud dans l’Accord d’association Maroc- UE et sécurisent, d’un point de vue économique, l’accès préférentiel des produits agricoles marocains au marché européen. Cette décision met fin à une ambi- guïté entretenue par certains cou- rants politiques européens et apporte enfin un cadre lisible aux opérateurs économiques. En effet, l’accord agricole amendé introduit des ajustements techniques desti- nés à faciliter l’accès des produits et à les valoriser, notamment en matière d’information du consom-

Malgré les turbulences des dernières années, l’UE et le Maroc demeurent liés par des échanges économiques massifs, soit plus de 640 milliards de dirhams par an.

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tieux et plus alignés sur la dyna- mique internationale. La mise en œuvre provisoire de l’ac- cord renforce cet ancrage. Elle tra- duit la conviction partagée que ce partenariat doit évoluer non pas au gré des soubresauts politiques, mais à travers une approche pragma- tique, stable et juridiquement sécu- risée. Dans un contexte mondial fragmenté, cette stabilité devient un atout stratégique. Le retour du dossier halieutique C’est dans ce climat rééquilibré que la Commission européenne, par la voix du commissaire européen à la Pêche et aux Océans, Costas Kadis, a annoncé la présentation d’un mandat de négociation pour un nouvel accord de pêche. Suspendu depuis juillet 2023, l’ancien proto- cole laissait planer un vide embar- rassant pour les régions littorales européennes comme pour l’image de l’UE. Or, la donne a changé : la résolution 2797 a redéfini le cadre politique et replacé le dossier du Sahara marocain dans son espace naturel, celui des Nations unies. Cette résolution va agir comme un accélérateur, en réduisant notam- ment l’influence des contentieux portés devant la Cour de justice de l’UE et en renforçant la légitimité

des accords sectoriels conclus avec Rabat. La relance du dossier halieu- tique devient alors un prolonge- ment logique de cette nouvelle grille de lecture politique. Pour Bruxelles, l’heure n’est plus à l’hésitation. La compétition éco- nomique internationale s’est inten- sifiée, et le Maroc, lui, a avancé. Non seulement Rabat a consolidé ses positions diplomatiques, mais il a également signé un accord de pêche de quatre ans avec la Russie, illustrant que d’autres acteurs sont prêts à combler les espaces straté- giques laissés vacants par l’Europe. L’annonce de Kadis dépasse donc largement le registre technique. Elle montre que pour rester un parte- naire pertinent, l’UE doit se réali- gner sur la nouvelle réalité diplo- matique et abandonner certaines postures qui, sans le vouloir, fragili- saient sa crédibilité. Rabat, de son côté, reste invariable sur ses positions : aucune négo- ciation, quelle qu’elle soit, ne sau- rait être menée hors du respect explicite de l’intégrité territoriale du Royaume. Ce principe, renforcé par la légitimité internationale que confère la résolution 2797, devient davantage encore la colonne ver- tébrale de toute coopération secto- rielle, notamment dans la pêche.

En cela, si la dimension économique demeure importante, notamment pour les flottes espagnoles et portu- gaises, l’enjeu majeur est ailleurs. Il s’agit, en effet, de maintenir une pré- sence stratégique dans un espace où se recomposent des équilibres méditerranéens, atlantiques et afri- cains. Le Maroc, fort d’une vision de développement portée par le Roi Mohammed VI, devient un acteur pivot dans ces redéploiements. De là découle la volonté exprimée par la Commission de bâtir un «par- tenariat stratégique approfondi» , dépassant l’agriculture et la pêche pour englober la sécurité, les éner- gies renouvelables, le numérique, la connectivité régionale ou encore la mobilité. Avec la résolution de l’ONU comme socle politique, ces domaines de coopération peuvent désormais être envisagés avec une plus grande fluidité, une plus grande sécurité diplomatique et de plus grandes ambitions. C’est dire que dans cette nouvelle phase, l’Europe ne revient pas seu- lement pour négocier des quotas de pêche. Elle revient pour restaurer la cohérence d’une relation qui lui est indispensable et pour s’assurer que le Maroc demeure un allié stratégique dans un monde où les centres de gra- vité se déplacent rapidement.

Plus de 200.000 tonnes de produits agricoles du Sud sont exportées chaque année vers l’Europe, représentant une valeur de 6,41 milliards de dirhams.

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M ARCHÉ BOURSIER

Bourse de Casablanca Le retour fulgurant des introductions en Bourse Entre 2020 et 2025, huit entreprises marocaines ont fait le choix de s’introduire en Bourse. Ce mouvement, amorcé timidement avec Aradei Capital fin 2020 en pleine pandémie, a pris de l’ampleur au fil des années avec TGCC, Disty Technologies, Akdital, CFG Bank, CMGP Group, Vicenne et tout récemment Cash Plus et SGTM. En cinq ans, ce sont près de 5 milliards de dirhams qui ont été levés sur le marché primaire.

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haitant que ce cercle vertueux s’ac- célère. Selon lui, une cadence plus soutenue permettrait de refléter la diversité de l’économie marocaine, encore peu représentée dans certains secteurs comme l’automobile ou le textile. «Nous avons ouvert de nou- veaux compartiments, mais il reste de grandes industries absentes de la cote», a-t-il rappelé. La période 2010- 2019 avait été particulièrement calme : à peine quatre IPO en dix ans, une absence quasi totale d’opérations majeures et une liquidité stagnante. Le redémarrage constaté à partir de 2020 tient autant à la volonté des autorités de relancer la place casa- blancaise qu’à la maturité d’une nou- velle génération de dirigeants. Ceux- ci perçoivent désormais la cotation non comme une contrainte admi- nistrative, mais comme un levier de financement structurant et un vec- teur de gouvernance. Une participation record du public Si le montant global souscrit de ces opérations a atteint 114,4 milliards de dirhams, les quatre dernières introductions ont toutefois révélé un phénomène inédit : l’arrivée mas- sive d’investisseurs particuliers. Cash Plus a attiré plus de 37.000 souscrip- teurs, tandis que SGTM a réalisé un record absolu pour le marché maro- cain à 171.377 souscripteurs. Par ailleurs, les taux de couverture ont atteint des niveaux rarement obser-

vés (64x pour Vicenne et Cash Plus), soit une demande bien plus supé- rieure à l’offre proposée. Ces chiffres traduisent une appé- tence renouvelée du grand public pour les actifs boursiers, nourrie par la digitalisation de l’accès au marché et par la médiatisation des opérations récentes. Les intermédiaires finan- ciers confirment une forte hausse des ouvertures de comptes-titres depuis fin 2023, particulièrement chez les jeunes actifs urbains. «Les IPO sont redevenues des moments d’éducation financière collective. Elles contribuent à réconcilier les ménages marocains avec l’investissement en actions», nous explique un directeur de société de Bourse.

ette nouvelle séquence d’IPO marque le retour d’une Bourse qui retrouve progressive-

ment sa fonction première de finan- cement de l’économie. Les introduc- tions ne concernent plus seulement les grands groupes, mais touchent désormais des entreprises de taille intermédiaire, issues de secteurs variés et souvent soutenues par des investisseurs en capital développe- ment. Lors de la conférence de présenta- tion de l’IPO de Vicenne, Younes Benjelloun, cofondateur et Directeur général de CFG Bank, a replacé cette dynamique dans une perspective plus large. Pour lui, le regain d’acti- vité sur le marché primaire traduit la montée en puissance d’un « écosys- tème » où les entreprises grandissent, s’ouvrent au capital-investissement, puis sollicitent la Bourse pour finan- cer la prochaine étape de leur déve- loppement. «Nous étions sur un rythme d’une introduction par an; je pense que nous passerons bientôt à trois. L’objectif ultime serait d’atteindre une opéra- tion par mois» , a-t-il indiqué, sou-

Une économie réelle mieux représentée

Cette nouvelle vague d’introductions offre une photographie fidèle du tissu productif marocain. Les socié- tés issues du BTP, de la santé, de l’agriculture et des services financiers dominent le mouvement, et reflètent également les grands chantiers de la décennie : urbanisation, souveraine- té alimentaire et développement du capital humain. Cette diversification tranche avec les années précédentes, où la cote marocaine restait concen- trée sur les banques, l’immobilier et les télécoms. La Bourse de Casablanca attire désor- mais des entreprises de croissance,

Cash Plus a attiré plus de 37.000 souscripteurs, tandis que SGTM a réalisé un record absolu pour le marché marocain à 171.377 souscripteurs.

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tives, tant sur le plan opérationnel que boursier. Introduite fin 2020, Aradei Capital poursuit une croissance maîtri- sée. Au S1 2025, le chiffre d’affaires atteint 308 MDH (+4%), le FFO 155 MDH (+2%) et la valeur du patri- moine 8 Mds de DH. Avec un LTV de 40% et de nouveaux projets à Casablanca, la foncière conserve un profil défensif. Le titre gagne 13,25% depuis l’IPO. TGCC, cotée en 2021, a changé d’échelle avec l’intégration de STAM VIAS. À fin juin 2025, le produit d’ex- ploitation progresse de 43,6% à 5,6 Mds DH et le carnet de commandes atteint 19,1 Mds de DH. Le titre affiche une performance spectacu- laire de +553%. Disty Technologies confirme la per- tinence du marché alternatif. Son chiffre d’affaires progresse de 13% au S1 2025, avec une amélioration des marges. Le titre avance de 29,9% depuis son introduction. Akdital reste la vedette du cycle IPO. Son chiffre d’affaires cumulé sur neuf mois bondit de 55%, porté par une expansion nationale et un premier déploiement en Arabie Saoudite. En Bourse, le titre s’appré- cie de plus de 340%.

en phase avec les transformations économiques du pays. Au-delà des volumes levés, la structure des opé- rations a évolué. Les augmentations de capital dominent les simples ces- sions d’actions, signe que les sociétés cherchent à financer leur expansion plutôt qu’à offrir de la liquidité à leurs actionnaires historiques. La qua- lité de la préparation (gouvernance, audit, communication financière) s’améliore visiblement, sous l’impul- sion de l’AMMC et de la Bourse de Casablanca. En parallèle, l’introduction d’un mar- ché alternatif commence à porter ses fruits : Disty Technologies a ouvert la voie à un modèle de cotation simpli- fié, mieux adapté aux PME à poten- tiel. Malgré ces avancées, le marché primaire reste étroit par rapport au potentiel économique du pays. La capitalisation flottante ne représente qu’un très petit pourcentage du PIB, et la liquidité sur certaines nouvelles valeurs retombe rapidement après la période de cotation initiale. Les analystes soulignent également le faible nombre d’acteurs étrangers actifs sur le marché marocain, limi- tant la profondeur des échanges. L’enjeu, à moyen terme, sera de transformer l’intérêt ponctuel en participation durable. Cela passe par une offre d’information adaptée aux particuliers, une politique de divi- dendes cohérente et un renforce- ment du rôle des sociétés de Bourse

dans l’accompagnement post-intro- duction.

Depuis 2020, la Bourse de Casablanca connaît une dynamique

Trois ans après, que deviennent les sociétés introduites en Bourse? Entre 2020 et 2022, Aradei Capital, TGCC, Disty Technologies et Akdital ont marqué le retour des introduc- tions en Bourse à Casablanca. Trois ans plus tard, leurs trajectoires sont contrastées mais globalement posi-

d’introductions en Bourse jamais observée.

La Bourse de Casablanca vit un nouvel âge d’or des introductions. Avec lui, une géné- ration de primo-investisseurs découvre la réalité du marché : il ne monte pas toujours, il respire et baisse aussi. Comprendre les cycles et les émotions qui les accompagnent est la première leçon de longévité. Depuis quelques années, les vagues d’introductions en Bourse ont attiré des milliers de nouveaux investisseurs particuliers. Pour beaucoup, la première expérience boursière s’est faite dans un contexte euphorique : des opérations sursouscrites, des montées en flèche dès les premiers jours de cotation, et un sentiment général d’opportunité. Mais comme tout marché, la Bourse évolue par phases. Après la montée, vient la conso- lidation. Et c’est souvent là que se joue la différence entre un épargnant opportuniste et un investisseur averti. «L’expérience boursière ne se mesure pas à la taille des plus- values, mais à la capacité à traverser les corrections sans perdre sa discipline», résume un gérant d’OPCVM. La première correction boursière est toujours un moment révé- lateur. Les investisseurs découvrent que les marchés n’évoluent pas en ligne droite. Un repli de 5 à 10%, après plusieurs mois de hausse, ne traduit pas un retournement mais une phase de réajustement naturel, où les prix se réalignent sur les fondamentaux. Ce phénomène est sain. Il marque la transition d’un marché d’émotion à un marché de conviction. Il apprend la patience, la discipline et la gestion du risque…les vraies fondations d’un investisseur durable. Premiers pas en Bourse : Comment traverser ses premiers cycles sans paniquer

13 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO

M OYENS DE PAIEMENT

Paiements électroniques Le pari réussi de la transformation du CMI

Le Centre Monétique Interbancaire (CMI) traverse l’une des mutations les plus structurantes de son histoire.

tecture du marché monétique. Dans ce cadre, le CMI a fait évoluer son rôle, passant d’un acqué- reur commercial à une plateforme technique neutre et un processeur multi-acquéreurs. Sept établissements de paiement partenaires sont déjà opérationnels depuis le 1 er mai 2025, propo- sant leurs propres offres aux commerçants. Le CMI, de son côté, assure le traitement technique des transactions, la sécurité, la supervision en temps réel et l’accompagnement des nouveaux acteurs, tout en continuant à opérer et commer- cialiser Fatourati. Cette transformation vise à sti- muler l’innovation, enrichir les services proposés aux commerçants et renforcer la concurrence, sans compromettre la stabilité du système. La cession des contrats monétiques des commer- çants affiliés au CMI s’inscrit dans ce nouveau cadre. Encadrée par les autorités, elle se dérou- lera en deux étapes : au plus tard le 1 er janvier 2026 pour les commerçants ayant une activité commerciale, et le 30 avril 2026 pour les admi- nistrations publiques. Les premières notifications ont été envoyées à partir du 1 er décembre 2025. Tout au long du processus, le CMI continuera d’assurer l’ensemble des services techniques : fonctionnement des TPE, assistance, supervision, sécurité et traitement des transactions. Rien ne change pour le commerçant dans l’en- caissement de ses transactions. Même terminal, mêmes parcours de paiement et mêmes stan- dards de sécurité seront maintenus. La seule dif- férence visible résidera dans l’apparition du logo du nouvel acquéreur sur le ticket de paiement. Cap sur 2026 Pour 2026, le CMI fixe plusieurs priorités straté- giques. La première concerne la fiabilité abso- lue des paiements, à travers une disponibilité renforcée des services, une supervision amélio- rée et des dispositifs de sécurité consolidés. La seconde porte sur l’achèvement de la transforma- tion monétique, avec une interopérabilité totale, des intégrations fluides et un support technique accru pour les acquéreurs. Le Centre poursuivra également ses chantiers d’innovation : développement de nouveaux services autour de Fatourati, élargissement du SoftPOS, modernisation des parcours de paie- ment et déploiement de TPE plus intelligents et connectés. L’ensemble de ces actions s’inscrit dans la contribution du CMI aux priorités natio- nales, notamment la stratégie Digital Morocco 2030, l’inclusion financière et la compétitivité économique.

E

ngagée depuis le 1 er novembre 2024, la transformation profonde de l’écosystème monétique natio- nal, marquée par l’ouverture du marché à un modèle multi-acqué- reurs, s’est opérée sans rupture

comme le tourisme, la santé, l’éducation, le trans- port, le commerce et l’e-gouvernement.

Des performances solides en 2025 L’année 2025 s’annonce comme une année charnière, tant sur le plan réglementaire qu’opé- rationnel. Ainsi, près de 240 millions de tran- sactions monétiques devraient être traitées sur l’ensemble de l’année, en progression d’environ 15%. Environ 85% de ces opérations seront réali- sées par des cartes marocaines. Le volume des encaissements pour les commer- çants affiliés au CMI atteindrait ainsi près de 100 milliards de dirhams, en hausse de 13% par rapport à 2024. Les paiements par cartes étran- gères devraient représenter près de 32 milliards de dirhams, constituant un apport significatif en devises pour l’économie nationale. Parallèlement, la plateforme Fatourati poursuit sa dynamique de croissance. En 2025, elle pour- rait dépasser les 250 millions de transactions pour un montant global d’environ 220 milliards de dirhams recouvrés, dont près de 200 milliards pour le seul secteur public. Au total, le volume de transactions traitées atteindrait 500 millions, toutes activités confondues, soit une moyenne de 1,4 million d’opérations par jour.

de service. Au cœur de cette transition, le CMI a assuré la continuité des services de paiement 24h/24 et 7j/7, tout en accompagnant l’entrée de nouveaux acteurs et en sécurisant l’ensemble des opérations. Cette capacité à conjuguer transfor- mation et stabilité s’inscrit dans une trajectoire de long terme, forgée par plus de deux décennies d’engagement au service du paiement électro- nique national. En effet, depuis le démarrage effectif de ses services en 2004, le CMI s’est impo- sé comme un pilier du paiement électronique au Maroc et a contribué à bâtir une infrastructure moderne, sécurisée et interopérable. Cette interopérabilité a constitué un tournant majeur, permettant aux porteurs de cartes d’uti- liser indifféremment les guichets automatiques bancaires et aux commerçants d’accepter toutes les cartes, locales comme internationales. Au fil des années, le CMI a accompagné l’évolution technologique des TPE, déployé le paiement sans contact, aujourd’hui majoritaire, développé le SoftPOS, élargi l’acceptation des wallets et lancé Fatourati, devenue une référence nationale du paiement multicanal des factures et créances. Ces innovations ont contribué à renforcer la digi- talisation, l’inclusion financière et la modernisa- tion des services publics dans des secteurs clés

Un nouveau positionnement dans un marché multi-acquéreurs

Les évolutions réglementaires introduites par les autorités, notamment Bank Al-Maghrib et le Conseil de la concurrence, ont redéfini l’archi-

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 14

C ARBURANTS -L UBRIFIANTS

Vivo Energy Maroc Au service des territoires et de la mobilité

Avec plus de 470 stations-service Shell réparties sur l’ensemble du Royaume, Vivo Energy Maroc s’inscrit pleinement dans la dynamique de développement du Royaume.

services complète : bornes de recharge rapide Shell Recharge (une première sous l’enseigne Shell du réseau Vivo Energy en Afrique), offre AdBlue, espaces de vidange et de lavage modernisés, aires de jeux pour enfants, lounge avec ter- rasse et une offre de restauration diversi- fiée, accessible 24h/24 et 7j/7. Avec plus de 1.000 m² de bâtiment et 250 places assises, Shell Al Jazira transforme l’axe autoroutier en véritable lieu de détente. Dans cette même logique, Vivo Energy Maroc a lancé «La Pause», un concept de restauration inédit conçu en colla- boration avec la cheffe Meryem Tahiri. Cette offre revisite la cuisine marocaine dans un esprit contemporain, adapté au rythme des voyageurs. Plus qu’un ser- vice, «La Pause» incarne une nouvelle philosophie : celle de stations-service devenues des espaces chaleureux, convi- viaux et modernes, où l’on s’arrête par choix autant que par nécessité. Cette transformation s’inscrit dans une démarche globale de durabilité. L’ensemble des investissements de Vivo Energy Maroc répond à des engagements ESG concrets : éclairage LED, panneaux photovoltaïques, gestion rigoureuse des déchets, recyclage et réutilisation de l’eau. L’objectif est de préparer des sites capables d’accueillir les nouveaux usages de la mobilité, tout en réduisant durable- ment leur impact environnemental. En conjuguant expansion territoriale, innovation technologique et responsa- bilité environnementale, Vivo Energy Maroc confirme son positionnement d’acteur majeur de la transition éner- gétique du Royaume. Une trajectoire cohérente, tournée vers l’avenir, au ser- vice d’une mobilité plus moderne, plus durable et plus proche des attentes des citoyens.

D

istributeur des carbu- rants et lubrifiants Shell, ainsi que du gaz de pétrole liquéfié Butagaz,

vision de long terme, en phase avec les orientations nationales.

Stations nouvelle génération Cette ambition se matérialise avec force à travers le déploiement de stations de nouvelle génération, à l’image de Shell Al Jazira, située sur l’autoroute Rabat– Casablanca, à El Mansouria. Récemment modernisée, cette station incarne une nouvelle approche de la station-service, pensée comme un véritable espace de vie. Son architecture lumineuse, ses espaces fluides et son design contempo- rain traduisent la volonté de transformer l’arrêt en expérience. Shell Al Jazira est la première station-ser- vice en Afrique à obtenir la certification Haute Qualité Environnementale (HQE) au niveau «Excellent». Cette distinction consacre une conception rigoureuse, fondée sur quatre piliers : l’optimisation énergétique, la réduction de l’impact environnemental, la santé et le confort des usagers. Le site intègre des panneaux solaires bifaciaux d’une puissance de 122 kWc, directement intégrés à l’architec- ture, permettant d’alimenter la station et la piste carburant tout en réduisant son empreinte carbone. La gestion de l’eau repose sur une station de traite- ment capable de recycler jusqu’à 70 à 80% des eaux usées, réutilisées pour les sanitaires et l’arrosage, tandis que les matériaux issus de la déconstruction ont été valorisés dans une logique d’écono- mie circulaire. L’expérience client a été entièrement repensée. La station propose une offre de

l’entreprise a construit au fil des années un maillage territorial dense, pensé pour accompagner l’extension des infrastruc- tures routières et répondre aux besoins croissants des automobilistes. Cette pré- sence nationale traduit une stratégie de proximité assumée, qui fait de chaque station un point d’ancrage économique et social. Cette logique d’expansion est particu- lièrement visible dans les Provinces du Sud. Entre 2024 et 2025, le réseau Shell y est passé de 13 à 42 stations, une progression significative qui illustre l’engagement de Vivo Energy Maroc en faveur d’un développement équilibré et inclusif. Ces investissements ont permis la création de près de 700 emplois, posi- tionnant la filiale régionale comme le deuxième employeur de la zone. Au-delà des chiffres, cette dynamique participe à la structuration des territoires, à la stimulation de l’économie locale et à l’amélioration de l’accès aux services de mobilité. Alors que le Maroc célèbre le cinquante- naire de la Marche Verte, cette évolution du réseau prolonge une histoire parta- gée et témoigne d’une ambition claire: accompagner, sur la durée, la trans- formation du pays et insuffler l’éner- gie d’un Maroc qui avance, dans toutes ses régions. Vivo Energy Maroc ne se contente pas d’étendre son réseau; elle le modernise, l’adapte et l’inscrit dans une

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T ÉLÉCOMS

5G Le Maroc a réussi le lancement, reste à réussir l’impact économique

Plus d’un mois après le déploiement de la 5G, le Maroc aborde l’étape la plus déterminante : transformer cette prouesse en gains économiques tangibles, réduire les disparités territoriales et définir un modèle durable pour les opérateurs comme pour les consommateurs.

P

financier et territorial capable de la rendre réellement accessible. Le premier défi, souvent passé sous silence, concerne la couverture. Les opérateurs évoquent une ambition de 70 à 85% de population couverte d’ici 2030, un objectif qui paraît atteignable sur le papier, mais qui porte en lui un biais majeur. «Une couverture 5G de la population ne signifie pas une couverture du ter- ritoire, et c’est là que tout se joue», rappelle Ziani. Le pays vit un exode rural massif; concentrer les antennes dans les villes, même moyennes, permet mécaniquement d’atteindre ces 70%. Le problème, ajoute-t-il, surgit lorsqu’on regarde la carte plutôt que les statistiques : «nous n’atteindrons pas 70 à 85% de cou- verture territoriale avec les moyens actuels et l’organisation actuelle du secteur» . Autrement dit, la 5G risque de reproduire, voire d’accentuer, les fractures numériques déjà visibles en 4G. Fracture territoriale À cela s’ajoute un second enjeu, moins visible pour le grand public: les zones blanches et grises, qui représentent plus de 40% du terri- toire national. Ziani rappelle que le plan national haut débit, pour- tant essentiel pour hiérarchiser les priorités de couverture, n’est tou- jours pas public. Une anomalie à ses yeux. «Dans tous les autres pays, ce plan est public. Il définit préci- sément quelles zones doivent être couvertes en priorité. Nous n’avons

lus d’un mois après l’acti- vation simultanée de la 5G par les trois opérateurs marocains, l’euphorie

des premiers jours laisse place à un débat plus concret : que change réellement cette nouvelle infrastruc- ture pour l’économie, pour les opé- rateurs et pour les consommateurs? Derrière les débits élevés aperçus à Casablanca ou Rabat, derrière l’apparition du logo 5G sur des mil- lions de téléphones compatibles, une autre réalité se dessine déjà. Celle d’un pays qui doit transformer un lancement technologique spec- taculaire en véritable accélérateur économique, sous peine de voir la 5G rester une prouesse technique concentrée dans les grands centres urbains. Enjeux structurels Le Maroc a procédé à l’un des déploiements les plus rapides du continent. Plus de cent villes ont été couvertes dès les premières heures, les tests montrent des pointes dépassant parfois les deux gigabits par seconde, et les opérateurs se targuent d’une migration «sans sur- coût» depuis la 4G. Pourtant, der- rière cette dynamique apparente, les enjeux structurels ressurgissent déjà, comme le souligne l’expert télécoms Khalid Ziani. Pour lui, l’équation est claire : la question n’est plus de savoir si le Maroc avait la capacité technique de lancer la 5G - c’est désormais fait -, mais s’il dispose du modèle institutionnel,

pas cette transparence», note-t-il. Dans ces régions, les habitants uti- lisent encore des réseaux 2G, parfois une 3G trop faible pour lancer la moindre application moderne. Le contraste avec les expérimentations de 5G à Casablanca illustre un pays où les vitesses se mesurent parfois en gigabits, parfois en kilobits. Cette fracture territoriale croise un autre défi, celui du modèle écono- mique. Les opérateurs affirment que la 5G ne coûte rien au consomma- teur. Techniquement, c’est exact aucun changement de SIM, aucun nouveau forfait obligatoire. Dans les faits, la perception grand public est tout autre. « Les utilisateurs auront l’impression que la 5G leur coûte plus cher, non pas parce que les prix ont augmenté, mais parce que la technologie consomme plus de data, plus vite» , explique Ziani. Les appli- cations tournant en arrière-plan téléchargent davantage en quelques secondes qu’en plusieurs dizaines de secondes sur la 4G. Résultat : les recharges se vident plus vite. Les opérateurs ont augmenté légère- ment les dotations data sur les offres prépayées, mais selon Ziani, «cette

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