rie, à la dermatologie ou à la cardiologie, un médecin généraliste exerçant en milieu rural peut désormais obtenir un avis spécia- lisé en temps réel ou bénéficier d’une aide automatisée au diagnostic. Ces solutions réduisent considérablement les délais d’ac- cès, les coûts de déplacement et améliorent la continuité du suivi, notamment pour les maladies chroniques. Par exemple, le programme national de télémédecine vise à couvrir 80% des «déserts médicaux» d’ici 2025. Par ailleurs, les plateformes numé- riques de télésurveillance et de formation à distance renforcent les compétences locales et facilitent le maintien des patients dans leur région, tout en assurant un lien perma- nent avec les centres de référence, ce qui est particulièrement utile pour les pathologies chroniques. Dans le cadre de la chirurgie de pointe, le Maroc a récemment réalisé sa première chirurgie en téléassistance entre Casablanca et Laâyoune, démontrant que même les zones éloignées peuvent béné- ficier des technologies médicales de haut niveau. Cependant, il faut rester lucide : ces avan- cées ne porteront pleinement leurs fruits que si elles s’accompagnent d’un inves- tissement massif dans les infrastructures numériques (notamment connectivité adaptée), d’une gouvernance rigoureuse des données de santé et d’une formation adaptée des professionnels. Autrement dit, la technologie seule ne suffit pas; c’est l’en- semble de l’écosystème humain, organisa- tionnel et réglementaire qui doit évoluer. À titre d’exemple, les professionnels de santé marocains déplorent encore des conditions facilitantes insuffisantes pour une adoption effective de la télémédecine. F. N. H. : Comment le secteur privé peut-il concilier utilisation croissante des technologies numériques et proximité humaine et éthique médicale, tout en amélio- rant l’expérience du patient ? Dr R. Gh. : Le défi majeur pour le secteur médical privé consiste à faire en sorte que la technologie serve la relation médecin patient, en préservant la dimension empa- thique du soin. L’intelligence artificielle, la télémédecine et les outils numériques peuvent considérablement optimiser le dia- gnostic, le suivi et la coordination des soins, tout en réduisant le temps consacré aux tâches administratives chronophages. Concrètement, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre dès aujourd’hui pour concilier innovation technologique et éthique médicale. Tout d’abord, il faut for- mer les professionnels à l’usage des outils numériques et à l’interprétation critique
structures privées spécialisées en oncolo- gie, permet la réalisation d’interventions complexes avec une précision accrue et une récupération accélérée pour les patients. À l’image du complexe hospitalo-univer- sitaire de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, récemment inau- guré par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, ces initiatives illustrent pleinement cette dynamique d’excellence et d’innovation. F. N. H. : Quels efforts de formation et de montée en compétences sont nécessaires pour permettre aux professionnels de santé du secteur privé d’adopter efficacement ces nouvelles technologies ? Dr R. Gh. : Pour que les professionnels de santé du secteur privé adoptent pleinement et efficacement les nouvelles technologies, il est nécessaire de mettre en place un par- cours de formation complet et progressif. Cela commence dès le cursus initial, en intégrant la littératie numérique, la com- préhension des principes de base de l’IA et des outils numériques, ainsi que des modules favorisant la métacognition, afin que les praticiens sachent analyser et inter- préter de manière critique les informations fournies par ces technologies. L’expérience pratique sur des terrains de stage équipés de dispositifs modernes avec plateformes d’IA, systèmes de téléméde- cine et robotique chirurgicale est également essentielle pour renforcer la confiance et la maîtrise technique. Pour les profession- nels déjà en exercice, la formation continue constitue un levier indispensable, permet- tant de se tenir à jour sur les innovations, de perfectionner l’usage des outils et d’optimi- ser les parcours de soins. Enfin, l’éthique et la déontologie médicale liées au numérique doivent rester au cœur de cette montée en compétences. La protection des données à caractère personnel des patients, le consen- tement éclairé, la transparence sur l’usage des outils et la responsabilité clinique sont
des résultats fournis par l’IA, afin de ren- forcer leurs compétences et leur confiance, garantissant transparence et compréhen- sion du rôle des outils dans le parcours de soin. Pour maintenir le contact humain tout en tirant parti de la rapidité et de l’effica- cité offertes par le numérique, il serait judi- cieux de développer des parcours hybrides, combinant téléconsultation et suivi en pré- sentiel. Il faut aussi mesurer et améliorer l’expérience patient à travers des indica- teurs de satisfaction, de compréhension du traitement et de qualité relationnelle, afin de s’assurer que les innovations renforcent réellement la relation médecin-malade. Et enfin, assurer l’inclusion et la sécurité, en accompagnant les patients peu familiers avec le numérique et en protégeant rigou- reusement leurs données de santé. A mon avis, la technologie doit être un levier au service de l’humain. En effet, correcte- ment intégrée, elle permet au secteur privé d’améliorer l’accès aux soins, l’efficacité et la qualité des parcours, tout en préservant l’empathie et la confiance qui constituent le socle de performance des soins. F. N. H. : Quelles innovations ou projets portés par le secteur privé, notamment en oncologie et imagerie médicale, vous semblent les plus prometteurs pour transformer le paysage sanitaire marocain ? Dr R. Gh. : Le secteur privé marocain, au sens large, incluant les acteurs non lucratifs innovants, déploie des avancées particu- lièrement prometteuses en oncologie et en imagerie médicale. Ces établissements s’équipent de technologies de pointe IRM et PET-scan de dernière génération, scan- ners spectraux, et intègrent l’intelligence artificielle pour des diagnostics plus précis et plus rapides. Ils bénéficient également de dispositifs de radiothérapie assistés par IA, garantissant des traitements ciblés et optimisés. Parallèlement, le développe- ment de plateformes de chirurgie robotisée, notamment avec le robot chirurgical Da Vinci, désormais implanté dans plusieurs
La formation continue aide les professionnels à rester à la pointe de la technologie et à offrir de meilleurs parcours de soins.
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101 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO
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