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S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

mément à sa feuille de route stratégique du tourisme 2023-2026, le Maroc vise à atteindre 17,5 millions de touristes et 120 milliards de dirhams de recettes à l’horizon 2026, en diversifiant notamment l’offre par le tourisme médical et de bien-être. Les coûts des soins médicaux au Maroc demeurent de 60% à 85% inférieurs à ceux pratiqués en Europe, selon les estima- tions du Medical Tourism Index 2024 et de Better Medical Tourism 2024. Ce différen- tiel confère un avantage compétitif majeur, renforcé par la position géographique stra- tégique du Maroc, à seulement trois heures de vol des grandes capitales européennes. Sur le plan des infrastructures, le secteur privé marocain s’est doté de structures hos- pitalières modernes intégrant l’IA, la robo- tique médicale et l’imagerie avancée. Le Groupe Akdital, leader national de la santé privée, gère 3.706 lits en 2024 répartis sur 33 établissements, soit une croissance de plus de 60% en un an (rapport Akdital 2024, AMMC). Par ailleurs, le promoteur émirati Tasweek a investi environ 100 millions de dollars dans «Marrakech Healthcare City», un village médical luxueux de 12.000 m² dédié à la santé et au bien-être. Cependant, malgré ces avancées signifi- catives, plusieurs défis freinent encore l’essor du tourisme médical au Maroc. Notamment, l’absence d’une stratégie nationale intégrée et l’absence d’un office/ bureau de tourisme médical qui peuvent engager la participation des secteurs privé et public pour aplanir les difficultés d’accès aux soins médicaux. Et la faible visibilité numérique des établissements de santé marocains en comparaison avec des destinations concurrentes comme la Turquie ou l’Inde réduisent la compétitivité du Royaume sur la scène internationale. Enfin, la fuite annuelle estimée entre 600 et 700 médecins, selon le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM-2023), accen- tue la pression sur les ressources humaines en santé et constitue un frein structurel au développement durable du secteur. A mon avis, avec la mise en œuvre d’une marque nationale «Maroc Santé», la digi- talisation accélérée de l’offre de soins (télé- médecine, plateformes multilingues, dos- siers médicaux connectés), des partenariats public-privé structurés, notamment avec des acteurs internationaux de renommée, et une politique d’accréditation incitative, le Maroc pourrait augmenter le nombre des touristes médicaux d’ici 2030. Cela permet- trait de générer des emplois qualifiés, des recettes en devises et de renforcer le rayon- nement sanitaire régional.

autant de principes qui garantissent un usage responsable et centré sur le patient.

fois la pérennité des équipements, la qualité du service et la rentabilité maîtrisée.

Le programme na- tional de téléméde- cine vise à couvrir 80% des «déserts médicaux» d’ici 2025.

F. N. H. : L’innovation technologique dans le privé implique des coûts importants. Comment concilier investissement, rentabilité et accessibilité des soins pour assurer une couverture sanitaire équitable ? Dr R. Gh. : Tout à fait. Comme on le dit sou- vent, «la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût». L’innovation technologique dans le secteur privé, qu’il s’agisse de plateformes d’IA, de chirurgie robotisée, d’équipements d’imagerie de pointe ou encore de disposi- tifs médicaux de suivi à distance représente effectivement un investissement lourd. Pour concilier cet engagement financier avec la rentabilité et l’accessibilité des soins, plusieurs leviers complémentaires doivent être activés. D’abord, il est essentiel de mettre en place des modèles de financement innovants. Les établissements privés peuvent développer des partenariats public-privé, bénéficier d’incitations fiscales, ou encore co-investir avec des fondations et des programmes internationaux de santé afin de mutualiser les coûts et d’alléger la charge financière pour les patients. Ensuite, un point que je considère fondamental concerne la rem- boursabilité et le financement des dispo- sitifs médicaux intégrant l’IA. Une révision du référentiel des dispositifs médicaux rem- boursables s’impose, afin de mieux intégrer les nouvelles technologies dans le système de couverture. De plus, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO et AMO-Tadamon) et le développement de mutuelles complémentaires peuvent faci- liter l’accès de toutes les populations aux soins de pointe, même lorsque ces disposi- tifs sont coûteux. A mon sens, une gouvernance et une stra- tégie à long terme sont indispensables. L’innovation ne peut être durable que si elle s’accompagne d’une planification stra- tégique claire, d’une maintenance tech- nologique rigoureuse et d’une formation continue du personnel. Cela garantit à la

F. N. H. : Pour renforcer la couverture sanitaire et réduire les inégalités, quelles synergies entre secteur privé et acteurs publics seraient prioritaires, et quels modèles de coopération ont déjà montré leur efficacité ? Dr R. Gh. : La refonte de notre système de santé, initiée sous la haute vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, place la complémenta- rité public-privé au cœur de la réforme. Les Groupements sanitaires territoriaux (GST) constituent désormais un levier stratégique pour mutualiser les ressources, renforcer la coordination des soins et garantir une couverture sanitaire équitable. Parallèlement, la création de centres de référence au sein des CHU permettra de concentrer l’expertise, d’assurer la forma- tion de haut niveau et de développer des pôles d’innovation médicale ouverts à la coopération avec le privé, notamment dans le domaine des technologies de santé. Cette synergie doit aussi s’étendre à la for- mation des professionnels de santé, à tra- vers des conventions de stage et de trans- fert de compétences entre établissements publics et cliniques privées. C’est ainsi qu’un partenariat équilibré et éthique pourra allier qualité et accessibilité, tout en consolidant les fondements d’un système de santé durable et inclusif. F. N. H. : Le Maroc a-t-il le potentiel de devenir une des- tination compétitive de tourisme médical, notamment grâce aux nouvelles technologies et innovations dans le secteur de la santé ? Quels sont ses principaux atouts et défis ? Dr R. Gh. : Le Maroc dispose aujourd’hui d’un potentiel stratégique majeur pour s’impo- ser comme une destination compétitive de tourisme médical à l’échelle régionale et internationale. Selon le Nouveau modèle de dévelop- pement (NMD-2021) et les rapports du Conseil économique, social et environ- nemental (CESE, 2022-2024), et confor-

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 102

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