la télémédecine haute définition et le diagnostic à distance. Dans l’éducation, elle facilite l’accès aux contenus interactifs. Mais toutes ces opportunités reposent sur une réa- lité simple: le réseau doit exister par- tout où se trouvent les utilisateurs et les entreprises. Pour Ziani, le débat dépasse même la 5G. Il concerne la place d’Internet dans la société marocaine. «L’accès à Internet doit devenir un droit consti- tutionnel», affirme-t-il, en rappelant que les conventions internationales consacrent déjà l’accès à l’eau, à l’électricité ou à l’assainissement. Sans connexion, un citoyen devient «comme un handicapé», privé d’ac- cès au savoir, aux services publics, à la santé et au marché du travail. Si cette orientation était adoptée, l’État aurait l’obligation budgétaire d’abonder massivement le Fonds du service universel, garantissant l’éga- lité d’accès et forçant les opérateurs à repenser leur modèle. Transformer l’essai L’autre révolution, déjà en embus- cade, est celle du direct-to-cell, la connexion directe des smartphones aux satellites. Une évolution que Ziani voit comme inéluctable. «Dès que les téléphones compatibles deviendront courants, l’accès à Internet pourra se faire sans passer par une antenne terrestre. Cela bou- leversera la relation entre les opéra- teurs, l’État et les consommateurs» , précise-t-il. Il met en garde : si le Maroc n’anticipe pas cette muta- tion, ce sont des opérateurs mon- diaux comme Starlink qui capteront la valeur, au détriment du secteur télécoms local. La solution, dit-il, serait d’obtenir dès maintenant une station terrestre Starlink au Maroc, afin d’intégrer l’infrastructure satel- litaire au modèle national. La 5G est donc moins une ligne d’arrivée qu’un point de départ. Le Maroc a réussi son lancement, a impressionné par la vitesse d’exécu- tion et a envoyé un signal positif à ses partenaires technologiques. Mais la première phase était la plus simple. La seconde, celle qui consiste à transformer une avancée technique en progrès économique, social et territorial, commence seulement maintenant. Et elle exigera non pas de nouvelles antennes, mais de nou- velles décisions politiques.
augmentation est insuffisante. Les volumes auraient dû être doublés». Ce débat sur les coûts en cache un autre, beaucoup plus stratégique : celui de la mutualisation des infras- tructures. Le Maroc a fait un premier pas avec la joint-venture entre inwi et Maroc Telecom, mais l’expert estime qu’il ne s’agit que d’une phase tran- sitoire, très éloignée du modèle des opérateurs d’infrastructures neutres qui transforme aujourd’hui les mar- chés les plus avancés. «Nous n’avons pas encore un véritable opérateur d’infrastructures indépendant. Tant que ce modèle ne sera pas pleine- ment opérationnel, les coûts resteront trop élevés et la couverture progres- sera trop lentement» , explique-t-il. Pour lui, la fibre optique doit deve- nir la colonne vertébrale unique du réseau, et sa mutualisation totale est une condition indispensable à la montée en charge de la 5G. Pression sur la cybersécurité Au-delà des aspects techniques et économiques, un autre sujet gagne en importance : la cybersécurité. L’arrivée de la 5G augmente méca- niquement les surfaces d’attaque,
les flux, les objets connectés et la complexité des réseaux. Ziani confirme que «le Maroc dispose d’in- génieurs compétents», mais il sou- ligne un retard réglementaire : «les cadres légaux ne sont pas assez pré- cis. Ils doivent être renforcés, notam- ment pour les systèmes d’information destinés au public». La sécurisation des backbones des opérateurs, qui servent d’ossature au réseau natio- nal, devient un enjeu de souverai- neté digitale. L’impact sectoriel, lui, dépendra de la capacité du pays à dépasser ses contraintes. Dans l’industrie, la 5G permet l’automatisation intel- ligente, la robotisation, les chaînes de production connectées en temps réel. Dans l’agriculture, elle ouvre la voie à l’irrigation automatisée, aux capteurs de suivi hydrique, aux drones de surveillance des cultures. Dans la santé, elle rend possible
La 5G progresse dans les grandes villes marocaines. La question de son extension aux zones rurales reste entière.
«Plus de cent villes ont été couvertes dès les premières heures; les tests montrent des pointes dépassant parfois les deux gigabits par seconde».
19 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO
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