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B ÂTIMENT ET T RAVAUX P UBLICS

Un dé fi stratégique pour la croissance du secteur Pénurie de main-d’œuvre

Le secteur du BTP traverse aujourd’hui une situation paradoxale. L’activité n’a jamais été aussi soutenue, tandis que la pénurie de compétences atteint un niveau particulièrement préoccupant.

turants. Le secteur du BTP connaît aujourd’hui une inflation salariale inédite qui reflète parfaitement la pénurie de compétences», explique- t-il. «Un ouvrier qualifié touche désor- mais autour de 300 DH par jour, soit presque le double d’il y a cinq ans. Même les apprentis et non-quali- fiés atteignent les 200 DH/jour sur les grands chantiers. Un technicien HSE (Hygiène, sécurité, environnement) avec cinq ans d’ex- périence demande un salaire entre 10.000 et 15.000 DH nets, alors qu’il ne gagnait que 6.000 DH auparavant. Quant aux ingénieurs, leurs rémuné- rations ont bondi de près de 50% en moyenne», poursuit-il. Et d’ajouter que «le turnover est devenu énorme. Ainsi, un conducteur d’engins quitte un chantier pour un simple écart de 500 DH par mois. Cette situation renchérit fortement les projets. La pénurie peut augmenter le coût global d’un chantier de 10 à 25%, voire plus encore lorsqu’il s’agit d’ouvrages complexes. Faute de res- sources humaines, certains donneurs d’ordre priorisent les projets urgents et ralentissent ou suspendent les moins critiques. Cela entraîne une augmen- tation des coûts, un risque sur la qua- lité et des délais qui s’allongent».

errière l’effervescence des projets d’infrastruc- tures, de construction de stades, de lignes de transport, de ports ou Au deuxième trimestre 2025, le secteur a généré 74.000 nouveaux emplois, signe d’une accélération exceptionnelle. Les ventes de ciment ont progressé de plus de 8% à fin août, confirmant la vigueur des chantiers en cours. Pourtant, cette dynamique se heurte à un obstacle majeur : celui de l’insuffisance de profils qualifiés, qu’il s’agisse d’artisans, de techni- ciens ou d’ingénieurs. D encore d’aménagements urbains, tout un écosystème se retrouve fra- gilisé par un manque criant de main- d’œuvre qualifiée.

Une tension «inquiétante» Les professionnels du BTP tirent la sonnette d’alarme. En effet, la rareté de profils qualifiés ralentit la cadence des chantiers et oblige les entreprises à faire des compromis. Certaines recrutent à des salaires exceptionnellement élevés des can- didats ne répondant pas totalement aux exigences techniques. D’autres cherchent à compenser en investis- sant dans la mécanisation et dans de nouvelles technologies. Samir Bouchrit, ingénieur et expert en génie civil, ne dit pas autre chose. « Le secteur est engagé dans une dyna- mique intense et exceptionnelle, mais les professionnels continuent de souf- frir d’un manque flagrant en compé- tences pour réali s er les projets struc-

Le bâtiment, moteur d’une transition économique Made in Morocco

Jamal Boudchiche souligne que le bâtiment demeure l’un des baromètres majeurs de la santé écono- mique du Maroc. «Il s’agit d’un secteur stratégique par excellence; comme le rappelle l’adage, ‘quand le bâtiment va, tout va’. Aujourd’hui, l’élan positif observé dans ce secteur confirme une dynamique nationale ascendante, portée par une croissance soutenue et des besoins urgents en compétences. Le pays fait face à un déficit de milliers de techniciens, véritable frein au saut qualitatif attendu. Pour combler cet écart, plusieurs leviers s’imposent : • une formation renforcée et requalifiée, adaptée aux professionnels en activité; • une bonne gouvernance, potentiellement via un observatoire capable de coordonner les acteurs; • la recherche et l’innovation, avec des centres d’essais tels que le LPEE; • la certification, la qualité et la digitalisation; • des mécanismes d’incitation économique et une politique d’inclusion sociale. De nombreux organismes marocains tels que la CGEM, la FNBTP, les fédérations spécialisées, clusters, ainsi que des partenaires comme la GIZ ou la Banque mondiale, disposent déjà de données et d’études structurantes pour accompagner cette transformation. L’ambition est de faire du Maroc de 2030 un modèle de transition durable, capitalisant sur ses atouts environnementaux et évitant les écueils des modèles classiques. Le défi consiste désormais à inventer un modèle Made in Morocco, à l’image des autres secteurs nationaux ayant réussi leur mutation».

L’avertissement de Bank Al-Maghrib

Cette pression sur les compétences s’inscrit dans un contexte marqué par deux décennies de cycles contrastés, comme le rappelle Bank Al-Maghrib dans son rapport annuel 2024. Après une période d’expansion exceptionnelle entre 2000 et 2007, portée par les grands programmes nationaux, le BTP a connu un long

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FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 26

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