B ÂTIMENT ET T RAVAUX P UBLICS
à concentrer les ressources humaines là où l’impact est le plus fort. Le BTP peut absorber des compétences issues d’autres secteurs, à condi- tion de proposer des certifications reconnues, des VAE (Validation des acquis de l’expérience) et des modules courts adaptés aux besoins du marché. Il faut absolument intégrer le BIM (Modélisation des informations du bâtiment), le numérique, le guidage d’engins, la préfabrication ou encore le smart
chantier. Il faut également renforcer les partenariats entre entreprises et centres de formation», conclut-il. Le BTP marocain ne doit pas seu- lement répondre à la demande croissante, mais s’adapter égale- ment aux exigences de durabili- té et d’efficacité énergétique. Ces évolutions exigent une montée en compétences globale. Le Maroc se trouve à un moment décisif : celui de repenser son BTP pour le rendre plus efficace et attractif.
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construire des programmes avec la Fédération nationale des BTP et les professionnels». La gouvernance et l’inclusion sociale apparaissent également comme des leviers essentiels pour maximiser l’impact. «Les politiques publiques doivent encourager la formation et l’emploi local à travers des sub- ventions, des crédits, des primes et des incitations éco no miques. L’intégration des femmes et des jeunes doit rester une priorité afin d’élargir la base de talents et consolider l’inclu- sion sociale. Il est également essentiel de rendre ces métiers plus attractifs pour freiner la migration des com- pétences vers l’Europe ou le Golfe. Ce phénomène prive le pays d’une part précieuse de sa force vive» , insiste Boudchiche. Une opportunité pour moderniser le BTP marocain Si elle est bien gérée, la pénurie actuelle peut devenir un moteur de transformation. Les fondamentaux du secteur restent solides, puisque sa valeur ajoutée a progressé de plus de 46% en dix ans et qu’il génère aujourd’hui près de 10% de l’emploi national. Samir Bouchrit estime que la pénu- rie des compétences peut être un catalyseur de modernisation. «Elle pousse à automatiser les tâches à faible valeur ajoutée, à valoriser les métiers, à digitaliser les chantiers et
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée entraîne
une inflation salariale : un
technicien HSE gagne jusqu’à 15.000 DH nets contre 6.000 DH il y a cinq ans.
Anticiper les besoins pour éviter la crise des talents
Selon Samir Bouchrit, «la pénurie de compétences est aujourd’hui le premier facteur de surcoût dans le BTP. Ce ne sont plus les matériaux qui coûtent le plus cher, mais les compétences qui manquent. Pour que le Maroc atteigne un niveau international, nos ingénieurs et techniciens doivent pouvoir obtenir des certi- fications reconnues mondialement, ouvrant la porte à des chantiers plus complexes et à une meilleure employabilité à l’étranger. Au-delà du BIM et des drones, l’intelligence artificielle doit être intégrée à la planification et à la supervision, et les outils de suivi en temps réel généralisés pour compenser la pénurie de main-d’œuvre tout en optimisant coûts et sécurité. Les artisans et ouvriers qualifiés doivent être reconnus et rémunérés à leur juste valeur, avec des parcours de carrière pour fidéliser ces talents.
Les chantiers de demain doivent intégrer les éco-matériaux, le bilan carbone, la gestion des déchets et l’efficacité énergétique, ce qui nécessite des formations continues pour permettre à chaque acteur du BTP de construire de manière responsable et durable. Enfin, il est crucial de planifier les besoins à 5, 10 ou 15 ans afin d’éviter une crise récurrente de com- pétences, en combinant projections de la demande en infrastructures et anticipation stratégique des métiers».
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 30
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