Et le chantier ne s’arrête pas au recy- clage, il concerne aussi la valorisation énergétique des déchets. Pour preuve, un accord tripartite entre le minis- tère de l’Industrie et du Commerce, le ministère de l’Intérieur et l’Association des entreprises cimentières a été signé avec pour objectif de produire 660.000 tonnes de combustibles alternatifs issus de déchets d’ici 2030, réduisant de 45% les volumes enfouis. Les DCD deviennent ainsi des ressources éner- gétiques pour les cimenteries, rédui- sant leur dépendance aux combus- tibles fossiles. Les trois clés de la généralisation Pour aller plus loin, trois conditions sont nécessaires selon les experts. Primo, il est indispensable de ren- forcer les normes, pour garantir la qualité des matériaux recyclés et la traçabilité. Secundo, inciter financiè- rement, afin d’encourager l’investis-
marché de plus en plus exigeant. Sur le terrain, des entreprises maro- caines mettent déjà en place des plans de gestion des déchets pour chaque chantier, forment les équipes aux gestes responsables et intègrent des indicateurs environnementaux dans leur pilotage. L’économie circulaire ne se niche plus dans un département, elle irrigue la gouvernance, les pro- cessus d’achat, la planification et la culture interne. Par ailleurs, autour de ce mouve- ment se construit un tissu de métiers émergents. L’on assiste notamment à la création des centres de broyage, d’autres compétences s’acquièrent à l’instar des logisticiens spécialisés dans les DCD, des experts en démoli- tion sélective, des ingénieurs en éco- conception, et des laboratoires de certification des matériaux recyclés. Un écosystème qui trouve déjà des débouchés dans les projets urbains, les chantiers publics et les programmes d’aménagement. Le Maroc ambitionne désormais de structurer ces filières sur le modèle des pays européens ou du Golfe, tout en s’appuyant sur ses propres ressources.
sement dans les plateformes et dans la démolition sélective. Et tertio, former massivement, car les techniques de déconstruction, de tri et de réemploi nécessitent de nouvelles compétences. Dans ce pipe, la feuille de route natio- nale en cours de finalisation devra intégrer ces leviers pour éviter que la circulaire reste cantonnée à quelques projets emblématiques. L’économie circulaire n’est plus un supplément écologique, mais la nou- velle grammaire du BTP marocain. Dans un pays qui reconstruit ses villes, modernise ses routes et multiplie les chantiers d’envergure, chaque débris peut devenir matière première. Le Maroc n’attend plus que la loi, car la pratique s’installe déjà sur le terrain, guidée par les contraintes contrac- tuelles, l’innovation locale et une prise de conscience croissante. «Déterminer la capacité du Maroc à bâtir durablement les villes de demain, c’est comprendre que la ressource n’est plus à extraire, mais à réinventer», conclut Boudchiche. Le pays s’y attelle désormais, en trans- formant les déchets du BTP en fonda- tion de son futur urbain.
Près de 14 millions de tonnes de déchets de construction et de démolition sont produits chaque année au Maroc, soit 70% des déchets urbains du pays.
Au Maroc, ce sont désormais les chantiers qui devancent la loi. L’économie circulaire s’installe par la pratique avant d’être inscrite dans les textes. Au M qui de s roc, c vancent installe
39 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO
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