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B ÂTIMENT ET T RAVAUX P UBLICS

Coûts en hausse, exigences renforcées L’équation délicate des opérateurs

La reprise du BTP ne se traduit pas par un retour automatique de la rentabilité. Le renchérissement durable des matières premières, auquel s’ajoute l’alourdissement des normes techniques, impose aux entreprises un équilibre qualité - coût de plus en plus difficile à maintenir. e BTP évolue dans un environnement où le coût des matériaux et l’exigence de la qualité Au Maroc, cette dynamique intervient alors que la demande repart nettement. La consommation de ciment a atteint près de 12,5 millions de tonnes en 2023, sti- mulée à la fois par la reprise des chantiers et par la reconstruction post-séisme. En 2025, elle accélère encore : 12,37 millions de tonnes livrées à fin octobre, soit une progression de plus de 11% sur un an; le mois de septembre affiche, à lui seul, une hausse de 12,5% à 1,22 million de tonnes. Dans ce contexte de coût matières élevé et de volumes en hausse, les entreprises doivent maintenir la qualité d’exécution. Les normes parasismiques, renforcées après le séisme d’Al Haouz, les obligations de certification des matériaux, la traçabi- lité des approvisionnements et la multi- plication des contrôles géotechniques ont relevé le niveau d’exigence sur les chan- tiers. La qualité d’exécution est désormais intégrée dans le cadre réglementaire, et L progressent simultanément. L’acier, le ciment et l’énergie ont enregistré depuis 2021 des hausses régulières sur les mar- chés internationaux, à la faveur d’une inflation mondiale passée de 4,7% à 8,8% entre 2021 et 2022, alimentée par les per- turbations logistiques et la demande post- pandémie. Les matériaux de construction ont connu la même tendance.

non dans les arbitrages de projet. Les performances récentes de grands opé- rateurs confirment cette évolution. TGCC a franchi en 2024 le cap des 8 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, avec un Ebitda de 1.177 millions de dirhams, en hausse de 44%. La croissance de Jet Contractors suit une trajectoire similaire: un chiffre d’affaires consolidé de 3,159 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 42,5%, avec un excédent brut d’exploi- tation de 352 millions de dirhams. Cette dynamique montre que les entreprises absorbent l’augmentation des volumes tout en intégrant des normes plus strictes et des processus de contrôle renforcés. Un sourcing hybride L’approvisionnement local constitue un levier majeur pour stabiliser une partie des coûts. La production sidérurgique nationale dépasse les deux millions de tonnes, en hausse de 26% en 2022. Les producteurs marocains, à l’image de Sonasid, ont renforcé leur capacité à lisser les fluctuations : en 2024, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 5,49 mil- liards de dirhams, en augmentation de 10%, grâce à un bond de 15% des volumes, malgré une baisse moyenne des prix de 5%. Cette solidité de l’offre locale réduit la dépendance aux importations (notam- ment sur les aciers longs) et sécurise les

délais d’approvisionnement. Pour autant, le recours local ne couvre pas l’ensemble des besoins. Une partie des aciers spéciaux, des additifs, des équipe- ments techniques ou des matériaux com- posites est importée, et donc exposée aux variations de prix mondiaux et aux aléas logistiques. Le défi consiste à combiner un sourcing local renforcé avec une gestion plus fine des intrants importés, souvent utilisés pour les ouvrages les plus tech- niques. Dans ce cadre, les entreprises du BTP mobilisent plusieurs leviers : organisation interne plus industrialisée, optimisation des cadences, rationalisation des consom- mations et développement du préfabri- qué pour réduire l’exposition à la varia- bilité des coûts de chantier. La montée en valeur sur l’ingénierie et les systèmes techniques contribue également à sécu- riser la qualité, tout en limitant la dépen- dance aux segments les plus sensibles du marché des matériaux. L’équilibre qualité - coût repose aujourd’hui sur une double dynamique : une chaîne d’approvisionnement locale qui gagne en robustesse et un niveau d’exigence technique qui s’élève. La maî- trise des intrants ne permet pas d’effacer la hausse mondiale des matériaux, mais elle en limite les effets et sécurise l’exécu- tion.

La qualité d’exécution est désormais intégrée dans le cadre réglementaire, et non dans les arbitrages de projet.

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 50

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