S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ
Public- Privé
«Sans régulation forte, il ne peut y avoir de véritable partenariat» À la lumière des réformes de la couverture sanitaire universelle et des défis persistants, le secteur privé de la santé joue un rôle majeur dans l’accès aux soins.
technique y est également permanente, alors que le secteur public souffre de sérieux problèmes d’absentéisme. En termes de qualité des soins, la préfé- rence des patients, y compris les moins nantis va au secteur privé, malgré la cherté relative des prestations et l’exi- gence de chèques de garantie et de paiements au noir dans certaines struc- tures. Depuis la généralisation de l’assurance maladie à l’ensemble des citoyens, la place du secteur privé dans le sys- tème de santé marocain s’est renfor- cée, palliant ainsi les insuffisances du secteur public, notamment en matière d’équipements, de qualité d’accueil, et de disponibilité immédiate des soins. Toutefois, ce secteur privé reste majo- ritairement concentré dans les grandes villes. Les questions qui se posent aujourd’hui sont les suivantes : existe-t-il une réelle intégration entre les deux secteurs, privé et public, dans une logique de complémentarité ? Et pourquoi le sec- teur privé n’a-t-il pas véritablement contribué à la réduction des dispari- tés territoriales et à l’amélioration de l’accès aux soins dans les zones rurales ou montagneuses ? F. N. H. : Dix ans après l’ouverture du capital des cliniques à des investisseurs non-médecins, quel bilan tirez-vous de cette mesure ? A-t-elle amé- lioré l’offre de soins ou renforcé une logique de rentabilité au détriment de l’éthique médicale ? A. B. : Dix ans après l’adoption de la loi 113-13, qui visait à élargir l’accès au capital des cliniques privées à des investisseurs non-médecins afin de sti- muler l’offre de soins, le constat est resté décevant quant à son impact réel. Du coup, le succès réalisé s’avère très limité, puisque seules six opérations de rachat ont été enregistrées en dix ans. Celles-ci sont concentrées essentielle- ment à Casablanca et Rabat. Aucune clinique n’a été créée par des inves-
Il se développe et compense certaines lacunes du public, mais sans régulation stricte et complémentarité réelle, l’accès équitable aux soins reste un défi majeur au Maroc. Entretien avec Abdelmadjid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique, analyste des marchés pharmaceutiques et membre de la Société marocaine de l’économie des produits de santé.
Finances News Hebdo : Comment évaluez-vous aujourd’hui la place du secteur privé dans le sys- tème de santé marocain ? Abdelmadjid Belaïche : Le secteur privé de santé présente une prédominance en termes d’effectifs, avec 17.213 méde- cins (53%) contre 15.452 dans le secteur public (47%). Cette prédominance est très marquée chez les médecins géné- ralistes : 5.978 exercent dans le privé (64%) contre seulement 3.388 dans le secteur public (36%). Au niveau des spécialistes, la répartition est plus équi-
librée, avec 11.235 spécialistes dans le privé et 11.259 dans le public. En revanche, la supériorité du secteur privé se manifeste clairement dans la qualité et la quantité des équipements et des plateaux techniques. Par ail- leurs, la maintenance des équipements est nettement meilleure dans le sec- teur privé, où ces derniers sont utili- sés pratiquement à plein temps, ce qui garantit de meilleurs amortissements et une rentabilité accrue. La présence du personnel médical, paramédical et
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