E XPORT S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ
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50%, le laboratoire détenteur doit rever- ser à la fin de chaque année 50% du chiffre d’affaires réalisé sur le médica- ment concerné. Contrairement au prix facial, le prix négocié remisé reste confi- dentiel sauf pour l’organisme gestion- naire de l’AMO et pour le laboratoire détenteur. Ce mécanisme de prix facial/ prix remisé, négocié et non divulgué, est largement utilisé en Europe. Il permet de contourner le refus des multinatio- nales pharmaceutiques de baisser leurs prix, pour éviter que d’autres pays ne baissent les prix des médicaments en question par comparaison avec les prix baissés au Maroc. Par ailleurs, le décret prévoit la possi- bilité pour le Maroc de recourir à des flexibilités prévues dans les trips telles que les licences obligatoires ou les importations parallèles, pour contour- ner les brevets de médicaments coûteux de maladies présentant un danger pour la santé publique. Cela suppose une volonté politique forte, car les situations de monopole dues aux brevets, surtout ceux abusifs, restent à ce jour un tabou malgré leur impact sur l’accès aux soins et sur leurs impacts sur les finances de l’assurance maladie. La réforme introduit également le droit
en infrastructures de santé.
tère de la Santé ainsi que par les autres institutions et autorités concernées.
F. N. H. : La transparence des prix, la régulation du médicament et la maîtrise des coûts sont devenues des priorités. Quelles réformes structu- relles seraient nécessaires pour un système plus équitable ? A. B. : Un nouveau décret sur les prix des médicaments vient d’être publié et propose une approche innovante du système de tarification. Ce décret vise à assurer un accès équitable aux médicaments pour les patients tout en maîtrisant leurs coûts pour l’assurance maladie. La principale nouveauté est la distinction entre le prix facial et le prix remisé négocié, mais confidentiel. Cette tarification concerne uniquement les médicaments les plus coûteux et budgétivores. Une étude de la CNSS a montré que 54% des rembourse- ments portent sur seulement 150 médi- caments sur les 4.000 remboursés et que 17% concernent des médicaments dont le prix dépasse 10.000 dirhams par boîte. Dans ce système, le médicament a un prix affiché et connu, appelé prix facial, mais la CNSS va négocier une remise importante avec le laboratoire détenteur du médicament coûteux. Si la remise négociée est par exemple de
F. N. H. : Comment renforcer la complémentarité entre le public et le privé dans le cadre de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), afin d’assurer une répartition équitable des ressources et des patients ? A. B. : Pour renforcer la complémentarité entre les secteurs public et privé, dans le cadre de l’AMO, il sera nécessaire de diversifier l’offre de santé au profit des patients, tout en limitant les concur- rences inutiles et contre-productives entre ces deux secteurs. Cette complé- mentarité doit être fonctionnelle, avec un secteur privé pouvant prendre en charge les soins spécialisés ou program- més, et un secteur public concentré sur les situations d’urgence, la prévention et les soins courants de proximité. Les projets de l’hôpital Avicenne et de l’Hôpital universitaire international Mohammed VI de Rabat, avec leurs impressionnantes tours, montrent déjà la direction de la future modernisation des structures de santé. Cependant, il est évident que toutes les structures publiques ne pourront pas atteindre un niveau de puissance équivalent à celui des structures privées, mais il sera nécessaire de mettre à niveau certains anciens hôpitaux en termes d’infras- tructures, d’équipements et de dispo- nibilité du personnel. Il faut en finir avec l’idée d’hôpitaux pauvres pour des citoyens pauvres et œuvrer au contraire à faire de nos établissements de santé de véritables pôles d’excellence. Il sera indispensable d’encourager les implantations privées dans les régions sous-dotées par le biais d’incitations fiscales et de contractualisations avec la CNSS, qui gère désormais l’ensemble de l’assurance maladie. Ces contractualisations permettront de garantir un volume suffisant de patients et de soins et actes, assurant ainsi la viabilité et la rentabilité des investis- sements en santé. Ces mesures inci- tatives doivent être ciblées et priori- tairement orientées vers les structures situées dans les zones les moins dotées
Il faut en finir avec l’idée d’hôpitaux pauvres pour des citoyens pauvres, et œuvrer au contraire à faire de nos établissements de santé de véritables pôles d’excellence.
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 82
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