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leures conditions de travail et par une valorisation personnelle et profession- nelle des médecins, plus forte dans le privé. Cette migration fragilise les hôpitaux publics en les privant de leurs ressources professionnelles. Les rému- nérations dans le secteur privé sont en moyenne deux à trois fois supérieures à celles du public et sont souvent accom- pagnées de primes substantielles. Pour les médecins spécialistes, les écarts de rémunération sont encore plus impor- tants. À l’inverse, les salaires dans le secteur public sont beaucoup plus faibles et les conditions de travail défa- vorables, avec des équipements insuffi- sants ou mal entretenus, une surcharge des patients et un manque de personnel infirmier. Un autre facteur est le déficit de recon- naissance professionnelle et le manque de respect par les patients, qui peut par- fois aller jusqu’à des agressions verbales ou physiques. Les affectations dans cer- taines villes ou régions peu attractives accentuent la frustration et démotivent le personnel médical et infirmier. Pour limiter cette migration, il sera nécessaire de valoriser les profession- nels du secteur public à travers une amélioration salariale, mais cela ne suf- fira pas. Il faudra également moderni- ser les conditions de travail, mettre en place des plateaux techniques perfor- mants avec une maintenance rigou- reuse et renforcer la relation médecin- patient pour instaurer un climat de confiance au sein des hôpitaux publics. Ces mesures contribueront à rendre le secteur public plus attractif et à rete- nir les talents médicaux essentiels pour assurer un système de santé équilibré. F. N. H. : Le secteur pharmaceutique est un acteur clé de la couverture sanitaire universelle. Comment encourager la production locale pour assurer un accès équitable aux médicaments tout en préservant la compétitivité des entreprises marocaines ? A. B. : Pour renforcer la production locale tout en préservant la compétitivité des entreprises, le Maroc doit mettre en place un système d’incitations indus- trielles garantissant la performance économique du secteur pharmaceu- tique tout en assurant un accès équi- table des citoyens aux médicaments et en limitant la pression des prix sur l’assurance maladie. En 2024, la production locale ne cou- vrait que 74,6% du marché national en

de substitution pour les pharmaciens, pratique courante en Europe, permet- tant de remplacer un princeps par son générique, identique en efficacité et sécurité mais moins coûteux. Le phar- macien est rémunéré pour son acte de substitution via un transfert de marge du princeps vers le générique délivré. Cette substitution est encadrée, et le médecin peut s’y opposer uniquement dans trois situations : si le médicament prescrit a une marge thérapeutique étroite, si la forme galénique prescrite est spécifique et indispensable, ou s’il existe une contre-indication formelle à un excipient du générique. Ces mesures devraient permettre de garantir un accès équitable aux médi- caments et renforcer la maîtrise budgé- taire pour l’assurance maladie, tout en encourageant la production locale. F. N. H. : Quels sont les principaux facteurs expli- quant la migration des médecins du public vers le privé ? Et comment éviter que cette dynamique ne fragilise davantage les établissements publics de santé ? A. B. : La migration des médecins du secteur public vers le privé s’explique principalement par des écarts impor- tants de rémunération, par de meil-

volume et seulement 51,7% en valeur contre 85% au début des années 1980. Cette érosion progressive de la part de la fabrication locale est paradoxale, puisque le tissu industriel pharmaceu- tique marocain, avec ses 50 établisse- ments pharmaceutiques industriels (EPI), a une capacité de production d’un milliard de boîtes par an, soit le double de la consommation annuelle nationale. Le tissu industriel n’est donc utilisé qu’à 50% de son potentiel. Cette situation s’explique par l’octroi massif d’autorisations de mise sur le marché (AMM) à l’importation plutôt qu’à la fabrication locale, ainsi que par l’abus des autorisations temporaires d’utilisation (ATU). Ces autorisations, destinées à un usage limité, sont par- fois utilisées pendant plusieurs années pour des médicaments innovants, ce qui génère un coût élevé pour le patient et pour l’assurance maladie. Le déficit de la balance commerciale pharmaceutique ne cesse de se creuser. En 2024, les exportations ont atteint 1.570,6 millions de dirhams et les importations 10.183,8 millions, portant le déficit à 8.613,2 MDH. Les projections pour fin 2025 montrent une aggravation du déficit à 9.777,3 MDH. Le problème n’est pas l’importation de médicaments innovants ou complexes et donc non actuellement fabricables au Maroc, mais de médicaments simples, et donc facilement fabricables localement, et dont certains ont déjà des équivalents fabriqués localement. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a placé la souveraineté sanitaire au cœur de ses préoccupa- tions, en insistant sur la fabrication locale des médicaments, notamment des génériques, dès le 20 août 2020. De même, il a évoqué ce sujet à l’occasion du 67 ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple. Lors de l’inaugu- ration de l’hôpital universitaire inter- national Mohammed VI de Rabat et du CHU d’Agadir le 3 novembre 2025, il a affirmé que la souveraineté sani- taire constitue un pilier de la réforme structurelle du système de santé. Le 18 novembre 2025, à l’occasion du 70 ème anniversaire de l’Indépendance, il a élargi cette vision en soulignant que la souveraineté du Maroc dépasse le territoire pour inclure désormais les dimensions économiques, énergé- tiques, sanitaires et numériques. Cette souveraineté sanitaire est un pilier de

Les médecins du privé représentent désormais 53% des effectifs nationaux, un basculement inédit.

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83 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO

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