S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ
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taires, le ministère de la Santé et de la Protection sociale doit créer des centres de santé et des hôpitaux publics dans toutes les régions sous-dotées et encou- rager parallèlement l’implantation de cliniques multidisciplinaires privées pour les spécialités médicales les plus demandées, telles que la chirurgie, la gynécologie ou la pédiatrie. Pour assurer la viabilité et la rentabilité de ces structures privées, des partena- riats public-privé doivent être mis en place, ainsi qu’un partage des tâches entre secteurs public et privé afin de réduire la pression des patients sur les structures publiques et d’orienter plus de patients vers le secteur privé, garantissant ainsi une répartition plus équilibrée des soins entre les différentes structures sanitaires. F. N. H. : À terme, quelles conditions doivent être réunies pour que le secteur privé devienne un véri- table partenaire de santé publique, contribuant à la fois à la qualité et à l’équité dans l’accès aux soins ? A. B. : Pour que le secteur privé devienne un véritable partenaire de santé publique, plusieurs conditions doivent être réunies, notamment la régulation,
la contractualisation, la transparence et la territorialisation. Il est essentiel de mettre en place des partenariats public- privé afin d’aligner les objectifs écono- miques des investisseurs et opérateurs privés avec les impératifs d’équité et de qualité des soins. Il est également nécessaire de travailler sur les coûts des soins dans les deux secteurs pour que l’écart entre public et privé ne soit pas trop important. Des conventions entre les gestionnaires de l’assurance maladie obligatoire, notamment la CNSS, et les acteurs publics et privés doivent être établies pour structurer les parcours de soins coordonnés. Aujourd’hui, de nom- breux patients ignorent à quelle spécia- lité médicale s’adresser, par manque de culture médicale. Par exemple, certains confondent rhumatologues, médecins rééducateurs fonctionnels, ou chirurgiens traumatologues, et d’autres confondent neurologues, neurochirur- giens et psychiatres. Sans un médecin généraliste pour orienter les patients, le parcours devient erratique, coûteux et inefficace, ce qui entraîne un lourd préjudice pour les patients et pour les caisses de l’assurance maladie. Un véritable partenariat entre public et privé doit donc reposer sur une régula- tion stricte, une orientation sans faille des patients, des conventions de prise en charge coordonnées et une répar- tition équilibrée des ressources pour garantir à la fois qualité, équité et effi- cience du système de santé.
Les régions de l’Oriental, du Sud et du Rif sont largement sous- desservies en nombre de cliniques et de lits.
la réforme structurelle du système de santé. Les données actuelles montrent cependant que les politiques passées et présentes ne permettent pas d’atteindre cet objectif. Sans fabrication locale, il est impossible de garantir la souverai- neté pharmaceutique et donc la souve- raineté sanitaire du pays, construite sur près de 70 ans. F. N. H. : Les cliniques et centres privés se concentrent souvent dans les grandes villes. Comment encourager une meilleure répartition territoriale de l’offre de soins et répondre aux besoins des régions moins desservies ? A. B. : Pour éviter l’hyper concentration des cliniques dans certaines régions et les quasi-déserts médicaux dans d’autres, il faut garantir la viabilité éco- nomique des structures privées à travers des incitations fiscales, un accès facilité aux crédits bancaires et des contractua- lisations territoriales pour rendre les régions sous-dotées attractives pour les investisseurs. Aujourd’hui, la carte sanitaire du Maroc montre une concentration urbaine nette et une concentration territoriale avec 58,6% des cliniques privées et 66,6% des lits privés dans trois régions, à savoir Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi. À l’inverse, d’autres régions telles que l’Oriental, le Sud et le Rif sont largement sous-desservies en nombre de cliniques et de lits. Pour déconcentrer les structures sani-
Depuis la généralisation de l’assurance maladie, la place du secteur privé dans le système de santé marocain s’est renforcée, palliant les insuffisances du secteur public.
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 84
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