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S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

Dix ans après l’ouverture du capital des cliniques privées aux non-médecins, la santé privée s’est imposée comme un pilier majeur du système de soins marocain. Le secteur a connu une expansion rapide, une montée en gamme et l’arrivée de nouveaux acteurs, nationaux comme internationaux. Dix ans après, un essor incontestable mais une offre encore loin des besoins Loi 131-13

ix ans après l’entrée en vigueur de la loi 131-13, l’offre s’est développée mais reste insuffisante Le paysage de la santé privée au Maroc a radicalement changé pen- dant cette période. En permettant l’ouverture du capital des cliniques privées au personnel non méde- cin, le texte a enclenché un mou- vement d’investissement inédit et D pour répondre à une demande de soins en hausse, notamment dans les zones éloignées, où l’accès demeure problématique malgré les efforts de groupes structurés comme Akdital.

une transformation profonde de l’offre. Les chiffres racontent une décennie d’essor continu, mais aussi les limites d’un secteur en pleine mutation face à des besoins qui progressent plus vite que les capacités installées. Entre 2017 et 2020, la part du privé dans l’offre hospitalière est passée de 29% à 34%. Sur le long terme, l’évolution est encore plus specta- culaire : de 100 cliniques en 1990 à 389 en 2020, date du dernier poin- tage disponible, soit un taux de croissance annuel moyen de 4,63%. Sur la même période, la capaci- té litière privée a progressé à un rythme encore supérieur (+5,41%),

bondissant de 2.803 à 13.603 lits. La dynamique se poursuit, portée par l’essor des groupes structurés qui redéfinissent progressivement les standards du secteur. La libéralisation a en effet accé- léré la transition d’un modèle «cli- nique-villa», fragmenté et à petite capacité, vers des structures plus grandes, spécialisées et intégrées. En 2020, la capacité moyenne des cliniques privées atteignait 35 lits, mais seules 18 dépassaient le seuil des 100 lits, signe d’un sec- teur encore en consolidation, mais résolument engagé dans un mou- vement de montée en puissance. Cette montée en gamme se reflète aussi dans les domaines d’activité. Le privé s’impose désormais sur certaines spécialités: il concentre 62% des centres d’hémodialyse, 74% des centres d’oncologie et 88% des structures de soins de première ligne. Plus encore, il est devenu le premier recours pour les patients atteints d’affections de longue durée, qui nécessitent un suivi spé- cialisé et continu. Bien que détenant 33,6% des lits hospitaliers du pays, les cliniques privées captent une part dispro- portionnée des dépenses de santé. Elles absorbent 18% des dépenses

Une demande en soins privés appelée à se renforcer

L’inversion à venir de la pyramide des âges combinée à une hygiène de vie à risque de la population marocaine sont les malheureux propulseurs d’une forte demande de soins à venir. Cette demande de soins se caractérise par une prépondérance des maladies chro- niques, notamment les maladies cardiovasculaires et les cancers. Selon les experts, cette demande de soins s’étendrait davantage grâce à la mise en place par l’Etat de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) gérée par la CNSS, et dont l’objectif est d’assurer la couverture de santé de l’ensemble de la population marocaine, qui jusqu’à récemment peinait à se faire soigner. La généralisation de l’AMO fait partie d’un chantier global de protection sociale, qui inclut également les allocations familiales et les indemni- tés d’arrêt d’emplois, entre autres. Des éléments appelés, à leur tour, à renforcer la pres- sion sur l’offre de soins privés au Maroc.

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 86

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