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directes non remboursables des ménages, contre seulement 6,9% pour les hôpitaux publics et les CHU. Cette asymétrie reflète la préférence des ménages disposant de ressources pour le privé, mais aussi les limites de capacité du sec- teur public, confronté à un sous- investissement chronique. Plusieurs acteurs dominent aujourd’hui le marché, à commen- cer par Akdital, devenu en moins d’une décennie le groupe le plus structuré et le plus polyvalent du pays. Dans l’oncologie, Oncorad s’est imposé comme un acteur majeur avec sept centres répartis sur quatre villes. L’entreprise vise une expansion agressive financée par des investisseurs institutionnels comme STOA et CDG Invest, avec pour objectif 30 cliniques d’ici 2026 et une potentielle introduc- tion en Bourse dans les prochaines années. ODM, autre spécialiste du cancer, complète le trio de tête avec sept établissements répartis sur cinq villes. À leurs côtés, CIM Santé offre 900 lits à travers plusieurs cli- niques multidisciplinaires, deve- nant un acteur de référence du segment premium.

Pour autant, malgré cette crois- sance soutenue, l’offre ne couvre pas encore les besoins nationaux. Les disparités territoriales restent fortes. De larges pans du territoire, en particulier les provinces éloi- gnées, souffrent d’un déficit d’accès aux soins spécialisés. Les grands groupes ont certes commencé à investir au-delà des métropoles, mais l’effet rattrapage est loin d’être suffisant pour absorber une demande en forte hausse, stimu- lée notamment par la généralisa- tion progressive de la couverture médicale. Dix ans après la loi 131- 13, le Maroc dispose d’un secteur privé de la santé plus profond, plus diversifié et mieux structuré. Mais sa montée en puissance révèle aussi les tensions d’un système où la demande dépasse largement la capacité, et où les inégalités terri- toriales persistent. Le défi des dix prochaines années sera d’ampli- fier l’investissement, encourager l’implantation dans les zones sous- desservies et assurer une articula- tion plus fluide entre le public et le privé. Sans quoi, l’essor observé restera partiellement captif, lais- sant une partie de la population à l’écart d’une offre pourtant en pleine expansion.

L’attractivité du secteur marocain a également ouvert la porte à des groupes internationaux. Le français Elsan, numéro deux de la santé pri- vée dans son pays, a racheté deux cliniques à Bouskoura et Settat et construit actuellement un hôpital de 115 lits à Béni Mellal. Le groupe israélien IMS Ovadia prévoit pour sa part cinq hôpitaux totalisant 1.000 lits, avec une implantation allant jusqu’à Dakhla. Si le secteur lucratif occupe désor- mais le devant de la scène, les struc- tures à but non lucratif demeurent un maillon essentiel. En 2021, elles représentaient 17% des lits privés, avec une taille moyenne de 93 lits, nettement supérieure aux cliniques lucratives. Les polycli- niques de la CNSS, du Croissant Rouge, ainsi que les fondations Cheikh Zaid et Cheikh Khalifa constituent des acteurs structu- rants, souvent mieux implantés dans des zones où le privé lucratif s’aventure peu.

Entre 2017 et 2020, la part du privé dans l’offre

hospitalière est passée de 29% à 34%.

Si le secteur lucratif occupe désormais le devant de la scène, les structures à but non lucratif demeurent un maillon essentiel.

87 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO

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