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S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

Public vs privé

Vers une coconstruction opérationnelle Face à une dichotomie entre un secteur public garant de l’intérêt général et un secteur privé désormais incontournable dans l’offre de soins, articuler ces deux mondes devient la condition sine qua non pour garantir l’équité, la qualité et la soutenabilité financière du système de santé dans un contexte d’élargissement de la couverture santé au Maroc.

L

harmonisés et contrôlés. Mais la réussite de l’AMO se joue d’abord sur le terrain de l’offre. Or, la relation public-privé est mar- quée par une asymétrie croissante. Le professeur en médecine Yasser Sefiani, dans son intervention sur le bilan de 2 ans de l’implémenta- tion de l ’AMO, observait une réali- té difficilement contestable encore aujourd’hui : «92 à 93% des patients préfèrent se tourner vers le privé pour sa réactivité et la qualité de ses prestations. Ce phénomène risque d’accroître les disparités d’accès». Cette défaillance du secteur public est prouvée dans le rapport de la Cour des comptes qui montre que 74% des dépenses des pres- tations de soins relatifs au régime AMO Tadamon sont orientés vers le secteur privé, soit 11,47 Mds de DH pour la période allant de décembre 2022 à fin septembre 2024. L’attractivité du privé, dopée par des investissements massifs, interroge la capacité du public à rester le socle du système. Le risque est de voir émerger un sys- tème à deux vitesses qui minerait l’ambition d’universalité. Pourtant, les acteurs du privé revendiquent un rôle complémen- taire, non substitutif. Dans une déclaration lors d’une conférence sur le sujet, Rochdi Talib, PDG d’Akdital, expliquait comment le discours royal du 30 juillet 2020 a été un «déclic», l’incitant à déployer

a généralisation de l’As- surance maladie obliga- toire (AMO) transforme en profondeur le paysage

sanitaire marocain. Après un bond de couverture de 60% en 2020 à près de 88% en 2025, l’enjeu n’est plus seulement d’assurer les droits sur le papier, mais d’organiser une offre de soins capable d’y répondre. Cette mutation impose de sortir de la juxtaposition public/ privé pour entrer dans une logique de complémentarité gouvernée et contractuelle. Le virage assurantiel a modifié des repères établis depuis des décen- nies. «Passer de 11 millions de béné- ficiaires avant 2021 aux 36,8 mil- lions visés représente un véritable défi en matière de financement des soins et des médicaments», rappe- lait dans nos colonnes Abdelmajid Belaïche, expert en industrie phar- maceutique. Face à la hausse des maladies chroniques et au vieillis- sement de la population, le Maroc ne peut plus s’appuyer sur le finan- cement direct par les ménages, longtemps majoritaire. Comme l’explique Saad Bougarn, profes- sionnel de santé et chercheur en droit des systèmes de santé, «la généralisation de l’AMO change la logique : on passe d’un financement direct à un système d’achat de ser- vices» . Le pays entre ainsi dans une économie de la régulation, où les flux financiers doivent être pilotés,

son groupe au-delà des grandes villes et à intégrer les nouveaux bénéficiaires de l’AMO Tadamon. «Nous avons pris conscience de l’importance de notre rôle, en tant qu’acteurs du secteur privé, pour compléter et renforcer l’effort de l’État. Il était important de répondre aux besoins spécifiques des patients, en particulier dans des spécialités coûteuses nécessitant une logistique complexe. Notre mission est de nous impliquer dans les régions reculées, là où l’offre de soins est insuffisante, et d’offrir une réponse adaptée, en complément de l’action de l’État. Ce dernier a œuvré pendant des années pour poser les bases, il est désormais de notre responsabilité de prendre le relais et de garantir un accès équitable aux soins pour tous », insistait-il. De son côté, le ministère de la Santé et de la Protection sociale pousse à l’intégration systémique. Abdelkrim Meziane Belfkih, secré- taire général du ministère, expri- mait un satisfécit du fait que le Maroc a connu une bascule d’un «régime assistantiel» vers un «régime assurantiel» , permet-

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 88

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