tant désormais aux bénéficiaires d’ «accéder au même panier de services que dans le secteur privé» et d’utiliser indistinctement les plateaux techniques des deux secteurs. L’enjeu n’est donc plus l’existence séparée de deux piliers, mais leur cohérence, leur articula- tion et leur gouvernance. Un emboitement encore difficile Cependant, cette articulation passe par des mécanismes de régulation encore insuffisamment opération- nels. Bougarn insiste sur la néces- sité d’un «cadre robuste, avec en première ligne une révision de la tarification des actes, ensuite une accréditation généralisée, puis une transparence financière des établis- sements privés, et enfin une régu- lation territoriale de l’offre». Et pour ce faire, il assure que la future Haute autorité de la santé devra en être l’architecte. Sans cela, l’équité restera une promesse lointaine. La répartition du personnel de santé constitue un autre chantier critique. Le système souffre d’une concentration des spécialistes dans le privé urbain, aggravée par l’aug-
mentation de la demande induite par l’AMO. «Il est primordial de repenser le modèle de gouvernance des ressources humaines» , explique Bougarn. Entre contrats d’engage- ments publics, incitations finan- cières pour les zones éloignées, formation régionale et recours accru à la télémédecine, le Maroc doit inventer un modèle hybride capable de fluidifier les mobilités et de garantir la permanence des soins. Reste la question centrale du com- ment piloter un système aussi vaste, en mutation rapide, sans perdre le contrôle des coûts ni sacrifier la qualité ? Les indicateurs prioritaires sont connus : mortalité évitable, délais d’attente, densité médicale, distance d’accès, ratio dépenses-recettes. Mais leur effica- cité dépendra de la mise en place
de systèmes d’information intégrés, avec un dossier médical partagé (DPM) pleinement opérationnel et des tableaux de bord actualisés. La généralisation de l’AMO est une avancée sociale majeure, mais elle impose une révolution minutieuse de la gouvernance. Pour devenir un véritable État social, selon l’ambi- tion affichée, le Maroc doit désor- mais faire travailler ensemble les deux piliers longtemps juxtaposés. La complémentarité entre le public et le privé n’est plus un choix poli- tique, c’est une nécessité structu- relle. Des cas d’école qui donnent espoir Sur le terrain, des initiatives concrètes montrent la voie. D’abord, la mise en place de conventions et de conventionne- ments entre organismes gestion- naires (CNSS, CNOPS) et établisse- ments privés ou publics se renforce. En effet, la Tarification nationale de référence (TNR) et les conventions nationales constituent désormais l’armature formelle des relations
92 à 93% des patients préfèrent se tourner vers le privé pour sa réactivité et la qualité de ses prestations.
L’annonce récente d’une relance du dossier PPP traduit la volonté de massifier les investissements sans transiger sur la gouvernance.
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89 HORS-SÉRIE N°50 / FINANCES NEWS HEBDO
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