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S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

les différents acteurs. Ces mesures ne cherchent pas à être contraignantes; elles constituent plutôt un investisse- ment dans la confiance, qui demeure la base de toute relation de soin. F. N. H. : La digitalisation et les nouvelles tech- nologies transforment la pratique médicale. Pensez-vous que le secteur privé marocain soit aujourd’hui un moteur d’innovation au service du patient ? Pr I. H. : Le système de santé maro- cain, dans son ensemble, connaît aujourd’hui une dynamique d’évo- lution importante. Le secteur privé accompagne cette transformation en intégrant progressivement des outils de digitalisation, en adoptant de nou- velles technologies diagnostiques et en modernisant ses plateaux techniques. Cette modernisation est réelle et tra- duit une volonté partagée d’améliorer la qualité des soins. Cependant, pour devenir un moteur d’innovation à l’échelle nationale, il faudra : primo, renforcer la formation continue et stimuler la recherche cli- nique; secundo, encourager les par- tenariats avec les universités; tertio, diffuser l’innovation dans toutes les régions. F. N. H. : Dans la néphrologie, quel regard portez- vous sur la prise en charge des maladies rénales chroniques dans le secteur privé, notamment en matière d’accès à la dialyse et de continuité des soins ? Pr I. H. : La prise en charge des mala- dies rénales chroniques dans le sec- teur privé s’est nettement structurée au cours des dernières années. L’accès à la dialyse s’est amélioré, notamment dans les zones urbaines, et plusieurs centres privés ont investi dans des équipements modernes et dans la for- mation des équipes. Cependant, la continuité du parcours de soins reste perfectible. La mala- die rénale nécessite une coordina- tion étroite entre le néphrologue et d’autres disciplines, en particulier la cardiologie, la chirurgie vasculaire, ainsi que les services hospitaliers pour

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leur situation socioéconomique.

F. N. H. : Dans le contexte de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), comment renforcer la complémentarité entre le public et le privé pour assurer une couverture réellement universelle et équitable ? Pr I. H. : La généralisation de l’AMO offre une opportunité exceptionnelle pour repenser la complémentarité entre les secteurs public et privé. Pour y parve- nir, plusieurs leviers sont possibles : • Harmoniser certains protocoles de prise en charge afin que le patient bénéficie d’une continuité et d’une qualité homogène. • Développer des mécanismes de coordination, notamment pour les maladies chroniques qui nécessitent un suivi longitudinal. • Encourager les partenariats public– privé dans les régions sous-dotées. • Renforcer le partage d’informations sanitaires, dans le respect du secret médical, afin de fluidifier le parcours patient. L’objectif final est de faire de l’AMO un vecteur d’équité, sans opposer les acteurs, mais en les rendant réelle- ment complémentaires. F. N. H. : La question de la transparence des tarifs et de la régulation des pratiques reste sensible. Quelles mesures pourraient, à votre avis, amé- liorer la confiance entre patients, médecins et établissements privés ? Pr I. H. : La confiance des patients est essentielle pour tout système de santé. Pour la renforcer, plusieurs actions peuvent être envisagées. Il s’agit d’abord d’assurer une com- munication plus transparente sur les tarifs, en particulier pour les actes les plus courants, afin de réduire les zones d’ombre et les malentendus. Il est éga- lement nécessaire de mettre en place un cadre de régulation actualisé, éla- boré en concertation avec les profes- sionnels, ce qui permettrait d’harmo- niser les pratiques et de garantir plus d’équité. La promotion de la qualité et des bonnes pratiques joue aussi un rôle central, notamment à travers l’accré- ditation des établissements et la réali- sation d’audits réguliers. Enfin, la digi- talisation des parcours de facturation offre une meilleure lisibilité et limite les incompréhensions, contribuant ainsi à une relation plus apaisée entre

la prise en charge des complications aiguës. La convergence des pratiques, l’har- monisation des protocoles et un meilleur partage d’information entre acteurs publics et privés constituent aujourd’hui des priorités pour garan- tir un suivi réellement intégré, et d’as- surer au patient une prise en charge globale, cohérente et sécurisée. F. N. H. : Quelle importance accorder à la forma- tion initiale et continue dans le domaine médi- cal, notamment pour garantir la qualité des soins et retenir les compétences au Maroc ? Pr I. H. : La qualité des soins repose d’abord sur la qualité de la formation. La formation initiale doit être rigou- reuse, ouverte sur les nouvelles tech- nologies, et ancrée dans une pratique clinique supervisée. La formation continue est tout aussi indispensable, car les connaissances évoluent rapi- dement, dans tous les domaines de la pratique médicale, notamment avec l’avènement, entre autres, des appli- cations de l’intelligence artificielle en santé. Retenir les compétences suppose aussi de valoriser les carrières, entre autres offrir des conditions de travail dignes, des perspectives d’évolution, et un environnement où le médecin

La formation continue aide

les professionnels à rester à la pointe de la technologie et à offrir de meilleurs parcours de soins.

L’ouverture du capital des cliniques à de nouveaux investisseurs a transformé en profondeur le paysage de la santé privée.

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FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 92

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