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S ECTEUR PRIVÉ DE LA SANTÉ

Une fracture territoriale qui freine l’ambition sanitaire du Maroc Déserts médicaux

Le Maroc déploie un vaste chantier de refonte de son système de santé sous l’impulsion royale, mais la réalité du terrain rappelle l’ampleur du défi : manque de médecins, répartition territoriale inégale, investissements privés concentrés dans les grands centres urbains et exode des compétences. Face à ces déséquilibres persistants, chercheurs et experts appellent à repenser en profondeur les mécanismes incitatifs et la régulation pour garantir un accès équitable aux soins sur tout le territoire.

La chercheuse insiste sur l’un des phénomènes les plus préoccu- pants : il s’agit de l’exode médical. Cette perte progressive de compé- tences rend encore plus difficile l’installation dans les territoires mal desservis. « La fuite des médecins à l’étranger, un phénomène documenté par plu- sieurs enquêtes récentes, réduit méca- niquement le vivier de professionnels susceptibles de s’installer dans les zones sous-dotées. L’implantation privée reste très majoritairement urbaine. Certes, certains groupe- ments privés investissent dans des zones émergentes, mais ces initiatives restent insuffisantes. Les cliniques, cabinets spécialisés et centres d’ima-

A

Hoceima, laissant les zones rurales de l’Oriental, du Centre et du Sud enregistrer un déficit persistant », déplore-t-elle. Cette photographie sanitaire montre à quel point les fondations restent fra- giles. Certes, la réforme avance, mais la répartition territoriale ne suit pas.

lors que le pays accé- lère la modernisation de son système de santé, la pénurie de profession-

nels continue de freiner la marche. Entre ambition de refonte et réalité du terrain, le déséquilibre structurel l’emporte, rendant le rééquilibrage sanitaire plus urgent que jamais. La grande question reste : comment rééquilibrer une carte sanitaire encore profondément inégale ? Rajae Ghanimi, spécialiste en médecine du travail, chercheuse (PhD) en IA appliquée à la méde- cine et présidente fondatrice de l’association Hippocrate DS, livre une lecture structurelle d’un déficit qui perdure. «Malgré les réformes engagées sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, pour refonder le système natio- nal de santé, les déserts médicaux demeurent l’un des défis majeurs du pays», constate-t-elle. Elle rappelle que le Maroc compte un peu plus de 30.000 médecins, soit 8 à 9 médecins pour 10.000 habitants, un niveau inférieur aux standards de l’Organisation mon- diale de la santé (OMS). « Cette pénurie est amplifiée par une répartition inégale des ressources humaines, qui privilégie les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé- Kénitra et Tanger-Tétouan-Al

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°50 94

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